La Séance 5 : "Le poète dit-il la vérité ?" a exploré l'autorité spirituelle du poète inspiré, qui tire sa légitimité de sa relation privilégiée avec la transcendance divine. Nous questionnons maintenant une autorité d'un tout autre ordre : celle qui naît de la maîtrise technique de l'éloquence dans l'espace public. L'orateur citoyen peut-il prétendre à une autorité légitime sans se réclamer d'aucune inspiration supérieure, par la seule vertu de sa compétence démocratique ?
Pourquoi ceux qui maîtrisent la parole publique exercent-ils souvent le pouvoir dans les démocraties ?
Un excellent orateur peut-il être moralement corrompu tout en servant efficacement la cité ?
Le silence des citoyens est-il compatible avec une démocratie authentique ?
La propagande moderne est-elle l'héritière dévoyée de l'éloquence antique ?
Recréation d'une séance de l'Ecclésia où les élèves doivent voter une décision qui créera une vraie injustice, avec la règle : seuls ceux qui parlent publiquement obtiennent le droit de vote.
"La classe doit décider si les notes de ce trimestre seront radicalement modifiées : les élèves ayant une moyenne supérieure à 14/20 devront céder 4 points chacun pour créer une "cagnotte de points" qui sera attribuée par tirage au sort à seulement 3 élèves parmi ceux ayant une moyenne inférieure à la moyenne de classe". Chaque élève connaît secrètement sa position dans le classement et ses enjeux (orientation, pression familiale, etc.).
Discussions pour rallier des soutiens, négociations secrètes entre les élèves.
Seuls ceux qui osent affronter le regard des autres obtiennent le droit de vote. Les timides restent spectateurs de leur propre sort.
Vote des seuls "orateurs". Décompte public du résultat qui s'appliquerait réellement.
Aristote (384-322 av. J.-C.), après vingt ans passés à l'Académie de Platon, fonde à Athènes sa propre école, le Lycée. La Politique est un traité en huit livres où Aristote analyse les différentes formes de régimes politiques (monarchie, aristocratie, « politie », et leurs déviations : tyrannie, oligarchie, démocratie) et cherche à déterminer la meilleure constitution possible. Le livre III est consacré à une question fondamentale : qu'est-ce qu'un citoyen ? Aristote écrit dans le contexte de la cité-État grecque (polis), où la citoyenneté est un privilège réservé aux hommes libres, adultes, nés de parents citoyens. Sont exclus les femmes, les esclaves, les métèques (étrangers résidents) et les enfants. Le citoyen n'est pas simplement celui qui habite la cité, mais celui qui participe activement à son gouvernement. Cette définition fait de la participation politique l'essence même de la citoyenneté, et lie intimement la parole délibérative à l'exercice du pouvoir. Aristote s'oppose ici implicitement aux conceptions qui fondent la citoyenneté sur la naissance, la richesse ou la résidence.
"Quand on examine le régime politique, quand on veut savoir ce qu'est chaque régime et quels sont ses caractères, la première question à poser concerne à peu près nécessairement la cité : qu'est-ce que la cité ? Car ce qui fait l'objet de la controverse, c'est la cité : les uns disent que c'est la cité qui a accompli tel acte, les autres que ce n'est pas la cité mais l'oligarchie ou le tyran.
Or la cité est une certaine communauté, et c'est une communauté de citoyens dans un régime politique. Il faut donc nécessairement examiner qui doit être appelé citoyen et ce qu'est le citoyen. Car le citoyen lui aussi fait l'objet d'une controverse : tout le monde ne s'accorde pas pour reconnaître la même qualité de citoyen ; tel qui est citoyen dans une démocratie ne l'est souvent pas dans une oligarchie.
Laissons de côté ceux qui reçoivent le titre de citoyens d'une autre manière, par exemple les citoyens naturalisés. Le citoyen ne l'est pas non plus par le fait d'habiter quelque part, car les métèques et les esclaves partagent aussi cette résidence. Ni non plus par le fait de participer aux droits juridiques au point de pouvoir être défendeur ou demandeur en justice, car ce droit appartient aussi à ceux qui le possèdent en vertu de traités.
Ce qui caractérise surtout le citoyen au sens propre, c'est la participation au pouvoir de juger et de commander. [...] Est citoyen au sens plein celui qui a part au pouvoir de délibérer et de juger. Et nous appelons cité la collectivité de tels citoyens, quand elle est suffisante pour se suffire à elle-même.
[...] Dans les régimes déviés, il n'est pas juste que le bon citoyen soit aussi un homme de bien, mais dans le régime le meilleur, c'est nécessaire. Car si le régime le meilleur est celui où la cité est gouvernée par les meilleurs, et si nul ne peut être parmi les meilleurs sans être un homme de bien, il est nécessaire que dans le régime le meilleur le bon citoyen soit aussi un homme de bien.
Or une chose admirable dans les régimes bien constitués, c'est que les citoyens doivent savoir et pouvoir tour à tour commander et obéir. Et l'on dit que la vertu du bon citoyen consiste à savoir commander et obéir aux hommes libres. [...] C'est en obéissant qu'on apprend à commander. On apprend à commander la cavalerie en servant sous un chef de cavalerie, on apprend à commander l'armée en servant sous un général. D'où ce mot bien dit : « On ne commande pas bien si l'on n'a pas bien obéi. »"
Marcus Tullius Cicéron (106-43 av. J.-C.) est le plus célèbre orateur romain. Avocat, philosophe et homme politique, il fut consul en 63 av. J.-C. et sauva la République en déjouant la conjuration de Catilina. Le De oratore (« De l'orateur »), composé en 55 av. J.-C. sous forme de dialogue, met en scène les plus grands orateurs de la génération précédente — Crassus, Antoine, Scaevola — discutant de la formation idéale de l'orateur. Cicéron écrit à un moment critique de l'histoire romaine : la République agonise, les guerres civiles menacent, et bientôt César franchira le Rubicon (49 av. J.-C.). Dans ce contexte, Cicéron défend l'idée que l'éloquence est le fondement de la liberté politique : seule la parole persuasive permet de résoudre les conflits sans violence, de délibérer collectivement, de faire triompher la justice dans les tribunaux. Mais il s'oppose aux rhéteurs qui réduisent l'éloquence à une technique formelle : pour lui, le véritable orateur doit posséder une culture encyclopédique (philosophie, droit, histoire) et une vertu morale. C'est l'idéal de l'orator perfectus, l'orateur accompli, homme d'État et homme de bien.
"Crassus : J'ai toujours pensé, pour ma part, qu'il n'y a rien de plus admirable que de pouvoir, par la parole, tenir les assemblées d'hommes, captiver les esprits, pousser les volontés où l'on veut et les détourner d'où l'on veut. C'est cela seul qui, chez tous les peuples libres et surtout dans les cités pacifiées et tranquilles, a toujours fleuri et toujours dominé.
Car quoi de plus admirable que de voir, au milieu d'une immense multitude d'hommes, se lever un seul homme qui soit seul, ou presque seul, à pouvoir faire ce que la nature a donné à tous ? Quoi de plus agréable à connaître et à entendre qu'un discours orné de pensées sages et de mots choisis ? Quoi de plus puissant et de plus magnifique que de voir les mouvements du peuple, les scrupules des juges, la gravité du sénat, fléchir sous la parole d'un seul homme ?
Quoi de plus royal, de plus généreux, de plus libéral que de porter secours aux suppliants, de relever les affligés, de donner le salut, de délivrer des périls, de maintenir les hommes dans leur cité ? Quoi de plus nécessaire que d'avoir toujours en main des armes avec lesquelles on peut se protéger soi-même, défier les méchants, se défendre quand on est attaqué ?
Et pour ne pas toujours considérer le forum, les tribunaux, la tribune aux harangues et le sénat : quoi de plus agréable dans le loisir, quoi de plus conforme à la nature humaine que la conversation élégante et sans rudesse ? Car c'est en cela surtout que nous l'emportons sur les bêtes : nous pouvons converser entre nous et exprimer nos pensées par la parole.
Aussi n'est-ce pas à tort que l'on doit admirer cet art et mettre tout son soin à y exceller, afin de surpasser par là même les autres hommes en ce par quoi les hommes l'emportent sur les bêtes.
Mais pour en venir à l'essentiel : quelle est la force qui a pu rassembler en un seul lieu des hommes dispersés, les faire passer de la vie sauvage et brutale à notre état présent de civilisation, ou bien, une fois les cités constituées, établir les lois, les tribunaux, les droits ? [...] Assurément il a fallu une éloquence à la fois sage et mesurée pour amener des hommes forts, mais encore brutaux, à accepter sans violence ce qu'ils auraient été contraints de subir par la force.
Mais pour être véritablement orateur, il ne suffit pas de parler avec art : il faut avoir embrassé par l'étude tout ce qui concerne la vie des citoyens et l'administration de l'État. Car comment parler des lois sans les connaître ? Comment délibérer sur la guerre et la paix sans avoir étudié l'histoire ? Comment défendre un client sans savoir ce qu'est le droit ? Ainsi l'orateur doit avoir traversé toutes les disciplines et s'être nourri de toute culture : alors seulement sa parole sera pleine et abondante, et il méritera vraiment le nom d'orateur."
Marcus Fabius Quintilianus (vers 35-100 ap. J.-C.) est le plus grand pédagogue de l'Antiquité romaine. Originaire d'Hispanie (l'actuelle Espagne), il fut le premier professeur de rhétorique rémunéré par l'État romain, sous l'empereur Vespasien. Il enseigna pendant vingt ans à Rome et compta parmi ses élèves les futurs empereurs Domitien et Hadrien, ainsi que Pline le Jeune. L'Institutio oratoria (« L'institution oratoire » ou « La formation de l'orateur »), publiée vers 95 ap. J.-C., est un traité en douze livres qui expose le programme complet de formation du futur orateur, depuis l'enfance jusqu'à la maîtrise accomplie. Le livre XII, dont est tiré cet extrait, couronne l'œuvre par une réflexion sur les qualités morales de l'orateur. Quintilien y reprend la célèbre formule de Caton l'Ancien : vir bonus dicendi peritus, « un homme de bien habile à parler ». Cette définition place la vertu (vir bonus) avant la compétence technique (dicendi peritus). Quintilien écrit sous le principat, à une époque où la liberté politique républicaine a disparu : l'éloquence délibérative des assemblées a cédé la place à l'éloquence judiciaire et épidictique. Pourtant, il maintient que l'orateur doit être un homme vertueux, capable de mettre sa parole au service du bien public.
"Que l'orateur que nous formons soit donc tel que nous puissions le définir en vérité un homme de bien habile à parler (vir bonus dicendi peritus). Cette définition, que Caton a donnée le premier, je la reprends parce qu'elle me semble la meilleure et la plus juste.
Et nous mettons en premier la qualité d'homme de bien (vir bonus), non seulement parce que si cette force de la parole venait à servir la méchanceté, rien ne serait plus funeste à la vie publique et à la vie privée que l'éloquence, et nous-mêmes, qui nous sommes efforcés de contribuer autant que nous le pouvions à l'art de la parole, nous aurions rendu le plus mauvais service au genre humain en fournissant des armes à des brigands plutôt qu'à des soldats ; mais aussi parce que, de fait, un méchant ne peut pas être un orateur.
Car qu'est-ce qu'un orateur ? C'est celui qui persuade. Or comment persuader si l'on n'inspire pas confiance ? Et comment inspirer confiance si l'on n'est pas soi-même digne de foi ? L'auditeur qui soupçonne que celui qui parle est un homme vicieux refusera de le croire, même s'il parle juste. C'est pourquoi l'orateur doit avant tout être un homme de bien : non seulement parce que la méchanceté est haïssable en elle-même, mais parce que l'éloquence elle-même l'exige.
Et s'il est vrai que cette même force de l'esprit qui permet d'exceller dans le discours peut être tournée vers le mal, il faut dire que ce n'est plus vraiment de l'éloquence, pas plus que la science de préparer les poisons n'est de la médecine. Car les choses se définissent par leur fin : la fin de la médecine est la santé ; la fin de l'éloquence est le bien dire, et le bien dire est dire le bien.
Quant à l'habileté à parler (dicendi peritus), elle comprend toutes les qualités de l'orateur ; et il serait absurde de douter qu'un homme de bien, s'il a les dons naturels et la formation nécessaires, ne parle pas mieux qu'un méchant sur les mêmes sujets. Car le méchant sera sans cesse détourné de ce qu'il dit par sa conscience même, et sa mauvaise foi se trahira. L'homme de bien, au contraire, parlera avec l'assurance que donne une conscience pure.
Il serait donc monstrueux de séparer l'éloquence de la vertu, comme si la parole la plus puissante pouvait être confiée sans danger à des âmes corrompues. Que serait-ce, en effet, si les tribunaux, les assemblées, les conseils des princes venaient à retentir de la voix des méchants ? Autant vaudrait mettre le fer aux mains des furieux. Les anciens ont donc bien vu que les principes de la morale doivent être mis à la base de l'éducation de l'orateur."
Hannah Arendt (1906-1975) est une philosophe allemande d'origine juive, naturalisée américaine après avoir fui le nazisme. Élève de Heidegger et de Jaspers, elle consacre une grande partie de son œuvre à penser les catastrophes politiques du XXe siècle : le totalitarisme, la violence, la révolution. The Human Condition (1958), traduit en français sous le titre Condition de l'homme moderne, est son œuvre théorique majeure. Elle y distingue trois activités fondamentales de la vita activa : le travail (qui assure la survie biologique), l'œuvre (qui fabrique le monde durable des objets) et l'action (qui fonde la vie politique). Le chapitre V, dont est tiré cet extrait, analyse l'action comme la capacité proprement humaine de commencer quelque chose de nouveau, d'apparaître aux autres comme personne singulière, et de créer un espace public de liberté. Arendt renoue explicitement avec l'expérience de la polis grecque, où la parole (lexis) et l'action (praxis) étaient inséparables. Elle écrit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et des régimes totalitaires, qui ont précisément détruit l'espace public en remplaçant la parole libre par la propagande et le mensonge. Sa réflexion sur la parole politique est donc aussi une méditation sur sa destruction possible.
"L'action et la parole sont les modes par excellence par lesquels les êtres humains apparaissent les uns aux autres, non pas certes comme de simples objets physiques, mais en tant qu'hommes. Cette apparition, distincte de la simple existence corporelle, repose sur l'initiative, sur un commencement qu'aucun être humain ne peut s'abstenir de faire du seul fait qu'il est né.
C'est par les paroles et les actes que nous nous insérons dans le monde humain, et cette insertion est comme une seconde naissance, dans laquelle nous confirmons et assumons le fait brut de notre apparition physique originelle. Cette insertion n'est pas imposée comme le travail par la nécessité, ni provoquée comme l'œuvre par l'utilité ; elle peut être stimulée par la présence des autres dont nous pouvons désirer la compagnie, mais elle n'en est jamais conditionnée : son impulsion naît du commencement qui est venu au monde quand nous sommes nés et auquel nous répondons en commençant nous-mêmes quelque chose de neuf de notre propre initiative.
Agir, au sens le plus général du terme, signifie prendre une initiative, commencer, mettre en mouvement. C'est parce qu'il est un commencement que l'homme peut commencer ; être humain et être libre sont une seule et même chose. Dieu a créé l'homme afin d'introduire dans le monde la faculté de commencer : la liberté.
Il est dans la nature du commencement que quelque chose de neuf commence, quelque chose à quoi on ne peut pas s'attendre d'après ce qui s'est passé auparavant. Le caractère inattendu de l'événement est inhérent à tout commencement. [...] Le fait que l'homme est capable d'action signifie que l'on peut attendre de lui l'inattendu, qu'il est en mesure d'accomplir ce qui est infiniment improbable.
Dans l'action et la parole, les hommes font voir qui ils sont, révèlent activement leurs identités personnelles uniques, et apparaissent ainsi dans le monde humain. [...] Cette révélation du « qui », par opposition au « ce que » — les qualités, les dons, les talents et les défauts que l'on peut exposer ou dissimuler —, est implicite dans tout ce que l'on dit et tout ce que l'on fait.
Sans la parole, l'action perdrait son caractère révélateur, et, sans l'action, la parole ne serait que vain bavardage ou simple information. L'action sans la parole ne serait plus action, car il n'y aurait plus d'acteur ; et l'acteur, l'auteur d'actes, n'est possible que s'il est en même temps diseur de paroles.
Cette parole et cette action ne peuvent avoir lieu que dans un espace d'apparition, un espace public où les hommes peuvent se manifester les uns aux autres. Là où la parole est réduite au mensonge ou à la propagande, là où le langage ne sert plus à révéler mais à dissimuler, l'espace public cesse d'être un lieu de liberté pour devenir un simple théâtre de domination. Car ce qui fait la réalité du domaine public, c'est la présence simultanée d'innombrables perspectives : la parole politique authentique suppose cette pluralité irréductible des points de vue."
Comparez les conceptions d'Aristote, Cicéron et Quintilien sur le rapport entre éloquence et politique.
Complétez le tableau suivant pour distinguer l'éloquence démocratique de la propagande totalitaire.
| Critère | Éloquence antique (Athènes/Rome) | Propagande moderne (XXe s.) |
|---|---|---|
| Finalité | Délibération collective / recherche du bien commun | Manipulation des masses / obéissance au pouvoir |
| Régime politique | Démocratie / République | Totalitarisme / Autoritarisme |
| Rapport à la vérité | Recherche argumentée (même avec rhétorique) | Mensonge systématique / Désinformation |
| Statut de l'auditoire | Citoyens actifs qui jugent et votent | Masse passive qui reçoit et obéit |
| Pluralité des voix | Débat contradictoire, plusieurs orateurs | Voix unique du Parti/du Chef |
| Compétence de l'orateur | Culture générale + vertu civique | Technique de manipulation psychologique |
Sujet : "L'éloquence est-elle nécessairement au service de la démocratie ?"
flowchart TD
A["🏛️ ÉLOQUENCE ANTIQUE"]
A -->|"suppose"| B["🗳️ ESPACE PUBLIC
DÉMOCRATIQUE"]
B -->|"produit"| C["👥 CITOYENS ACTIFS
qui délibèrent"]
C -->|"exercent"| D["⚖️ POUVOIR
POLITIQUE"]
D -.->|"nécessite"| A
A -->|"requiert"| E["📚 CULTURE
GÉNÉRALE"]
A -->|"exige"| F["✨ VERTU
MORALE"]
E --> G["🎯 ORATEUR
COMPLET
vir bonus
dicendi peritus"]
F --> G
G -->|"devient"| H["👔 HOMME D'ÉTAT"]
A -.->|"⚠️ risque
de dégradation"| I["📢 PROPAGANDE"]
I -->|"détruit"| B
I -->|"transforme en"| J["😶 MASSE PASSIVE"]
style A fill:#e3f2fd,stroke:#1565c0,stroke-width:3px
style B fill:#e8f5e8,stroke:#2e7d32,stroke-width:2px
style G fill:#fff3e0,stroke:#ef6c00,stroke-width:2px
style I fill:#ffebee,stroke:#c62828,stroke-width:2px
style H fill:#f3e5f5,stroke:#7b1fa2,stroke-width:2px
Schéma conceptuel : Éloquence, citoyenneté et pouvoir politique
Éloquence : Art de persuader par la parole publique, fondé sur la maîtrise technique (rhétorique) et la culture générale.
Citoyenneté active : Participation effective à la délibération et au vote dans l'espace public démocratique (Aristote).
Orateur-homme d'État : Idéal cicéronien de l'orateur qui unit compétence rhétorique, culture politique et vertu morale au service de la res publica.
L'orateur accompli est-il nécessairement destiné à devenir un homme de pouvoir ? La compétence rhétorique technique implique-t-elle automatiquement la vertu civique ? Démocratie authentique et éloquence traditionnelle sont-elles historiquement et logiquement indissociables ?
L'éloquence authentique ne peut être séparée de la vertu morale et de la culture politique. L'orateur complet (vir bonus dicendi peritus) est nécessairement un homme d'État au service du bien commun. Séparer technique rhétorique et vertu civique serait "monstrueux" car dangereux pour la cité.
La parole et l'action constituent l'espace public où les individus apparaissent comme personnes libres. Lorsque la parole dégénère en propagande ou mensonge systématique, l'espace public se transforme en théâtre de domination totalitaire. L'éloquence démocratique suppose la pluralité des voix et la possibilité du débat contradictoire.
Cette séance révèle l'enracinement de l'éloquence antique dans la praxis politique démocratique. Chez les Grecs et les Romains, l'art oratoire est indissociable de l'exercice effectif de la citoyenneté active. Cette liaison explique pourquoi l'éloquence décline sous les régimes autoritaires : elle suppose nécessairement la liberté de parole et la délibération collective. La figure cicéronienne de l'orateur-citoyen pose un idéal politique qui ressurgit dans les révolutions démocratiques modernes. Cette conception politique de l'autorité oratoire contraste avec l'autorité spirituelle étudiée précédemment (le poète inspiré). Dans la prochaine séance, nous explorerons les dérives potentielles de cette éloquence : comment les sophistes et les démagogues ont-ils instrumentalisé la parole publique à des fins de manipulation et de domination ?