vraisemblance


Antiquité

Le terme « vraisemblance » (grec : eikos ; latin : verisimilitudo) désigne ce qui a l’apparence du vrai, ce qui semble vrai, sans garantir la vérité absolue. Chez Aristote, la vraisemblance est centrale en rhétorique et en poétique : le discours ou le récit doit être crédible, conforme à ce que l’on juge possible ou habituel, même si ce n’est pas strictement vrai.

  • Aristote : Distingue le vrai, le probable et le vraisemblable. En art, la vraisemblance prime parfois sur la stricte vĂ©ritĂ©.
    "Il faut préférer le vraisemblable à l’impossible, même si le vraisemblable n’est pas vrai."
Usages et débats : Débats sur la différence entre vraisemblance et vérité, sur la fonction de la vraisemblance en poésie, histoire, rhétorique.
Changements de signification : La vraisemblance devient un critère esthétique et discursif, non de vérité objective.
Liens avec d'autres notions :
  • VĂ©ritĂ© : La vraisemblance n’est pas la vĂ©ritĂ©, mais ce qui paraĂ®t vrai.
  • Probable : La vraisemblance se rapproche du probable, mais vise surtout l’apparence de vĂ©ritĂ©.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

La vraisemblance devient une règle fondamentale du théâtre classique (Boileau, Racine, Corneille) : l’action doit paraître possible et cohérente, même si elle est inventée. En philosophie et en science, la vraisemblance s’oppose à la certitude, mais demeure un critère de crédibilité.

  • Nicolas Boileau : Érige la vraisemblance en règle du théâtre et de la poĂ©sie classique.
    "Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable ; il faut que le récit en soit rendu croyable."
  • Pierre Bayle : Analyse le rĂ´le du probable et du vraisemblable dans la croyance et le jugement.
    "Le vraisemblable dispose l’esprit à la persuasion."
Usages et débats : Débats sur la supériorité de la vraisemblance sur le vrai au théâtre, sur la frontière entre fiction et réalité, sur la place du probable et du possible.
Changements de signification : La vraisemblance devient critère de cohérence, d’acceptabilité, de persuasion.
Liens avec d'autres notions :
  • Fiction : La vraisemblance rend la fiction crĂ©dible et acceptable.
  • Certitude : La vraisemblance s’oppose Ă  la certitude : elle ne garantit pas la vĂ©ritĂ©.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

La vraisemblance (français : vraisemblance ; anglais : likelihood, plausibility ; allemand : Wahrscheinlichkeit) est utilisée en littérature (crédibilité des récits), en philosophie (plausibilité des hypothèses), en science (vraisemblance statistique, probabilité). Elle désigne ce qui, sans être certain, apparaît possible, cohérent ou crédible selon le contexte.

  • Karl Popper : Fait de la vraisemblance (verisimilitude) un critère de progrès scientifique : une thĂ©orie plus vraisemblable s’approche mieux de la vĂ©ritĂ©.
    "La science progresse par accroissement de la vraisemblance, non par découverte de la vérité absolue."
Usages et débats : Débats sur la distinction entre vraisemblance, vérité et probabilité ; sur la place de la vraisemblance dans la science, la fiction, le jugement commun.
Changements de signification : La vraisemblance devient un critère relatif, pluraliste, contextuel.
Liens avec d'autres notions :
  • ProbabilitĂ© : La vraisemblance est parfois mesurĂ©e en termes de probabilitĂ©.
  • PlausibilitĂ© : La vraisemblance rejoint l’idĂ©e de plausibilitĂ© dans l’argumentation.