virtuel


Antiquité et Moyen Âge

Le terme « virtuel » vient du latin virtualis, dérivé de virtus (« force », « puissance »). Dans la philosophie médiévale, le virtuel désigne ce qui existe en puissance, en potentiel, mais non en acte. C’est ce qui pourrait être, ce qui est contenu implicitement, mais qui n’est pas (encore) réalisé.

  • Aristote : Distingue l’acte (energeia) et la puissance (dynamis) : le virtuel relève de la puissance, de ce qui peut exister sans ĂŞtre encore actualisĂ©.
    "La puissance est ce qui peut être, sans l’être encore en acte."
  • Saint Thomas d’Aquin : Distingue l’être en acte (actu) et en puissance (potentia) : le virtuel est donc ce qui a la capacitĂ© d’être effectif, sans l’être encore.
    "Ce qui est en puissance n’est pas encore en acte, mais il peut le devenir."
Usages et débats : Débats sur la distinction entre puissance et acte, sur la réalité du virtuel comparée à l’actuel.
Changements de signification : Le virtuel est d’abord une modalité de l’être (puissance), opposée à l’actuel (acte).
Liens avec d'autres notions :
  • Puissance : Le virtuel relève de la puissance, du possible non rĂ©alisĂ©.
  • Acte : Le virtuel devient actuel lorsqu’il se rĂ©alise.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

Le virtuel désigne ce qui possède la force ou la capacité d’agir, sans être en action manifeste. En physique et en philosophie, le virtuel renvoie à des causes ou des effets qui ne se manifestent pas nécessairement dans la réalité, mais qui peuvent l’influencer.

  • Gottfried Wilhelm Leibniz : DĂ©finit les « virtualitĂ©s » comme des possibilitĂ©s inscrites dans l’essence des choses, en attente d’actualisation.
    "Tout ce qui est possible tend à exister dans la mesure où il est compatible avec l’ensemble du réel."
Usages et débats : Débats sur la réalité du virtuel, sur la différence entre virtuel, possible et imaginaire.
Changements de signification : Le virtuel devient lié à la notion de possibilité causale, à la potentialité d’agir.
Liens avec d'autres notions :
  • Possible : Le virtuel est une forme de possible, mais pas tout possible n’est virtuel.
  • RĂ©el : Le virtuel s’oppose Ă  l’actuel, mais peut devenir rĂ©el par actualisation.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le virtuel (français : virtuel ; anglais : virtual ; allemand : virtuell) désigne ce qui existe en puissance, qui a la structure du réel sans en avoir l’actualité. Avec les technologies numériques, le virtuel devient ce qui est simulé, généré artificiellement, mais qui peut produire des effets réels (réalité virtuelle, mondes virtuels, réseaux). Chez Bergson et Deleuze, le virtuel est une dimension de la réalité, aussi réelle que l’actuel, mais non manifestée.

  • Henri Bergson : Le virtuel est une manière d’exister, aussi rĂ©elle que l’actuel, mais diffĂ©rente de lui : le virtuel n’est pas irrĂ©el, il est ce qui attend d’être actualisĂ©.
    "Le virtuel est aussi réel que l’actuel."
  • Gilles Deleuze : Le virtuel est une dimension de la rĂ©alité : c’est le champ des potentialitĂ©s, distinct du possible, qui s’actualise sans ĂŞtre jamais simplement rĂ©alisĂ©.
    "Le virtuel possède une pleine réalité, qui n’est pas celle de l’actuel."
Usages et débats : Débats sur la réalité du virtuel (philosophie, science, technologie), sur la différence entre virtuel, possible, imaginaire et actuel. Discussions sur la réalité virtuelle, les mondes numériques, l’impact du virtuel sur l’existence.
Changements de signification : Le virtuel passe de la puissance métaphysique à la simulation techno-scientifique, tout en gardant une dimension philosophique.
Liens avec d'autres notions :
  • RĂ©alitĂ© virtuelle : Le virtuel devient un espace simulĂ© technologiquement, interactif.
  • Simulacre : Le virtuel peut ĂŞtre simulacre, copie sans original.