vertu


Antiquité

Le terme « vertu » (latin : virtus ; grec : aretè) désigne l’excellence, la qualité qui permet à un être ou à une chose de remplir parfaitement sa fonction. Chez les Grecs, la vertu est liée à l’épanouissement (eudaimonia) : pour Platon et Aristote, la vertu est la disposition stable à bien agir, le juste milieu entre deux excès. Chez les stoïciens, la vertu est le seul bien, fondée sur la raison.

  • Socrate : Identifie la vertu Ă  la connaissance du bien : nul n’est mĂ©chant volontairement.
    "Nul n’est méchant volontairement."
  • Platon : DĂ©finit les vertus cardinales : sagesse, courage, tempĂ©rance, justice, nĂ©cessaires Ă  l’harmonie de l’âme et de la citĂ©.
    "La justice consiste Ă  ce que chacun fasse ce qui lui est propre."
  • Aristote : La vertu est une disposition acquise, le juste milieu entre deux vices (par exemple, le courage entre lâchetĂ© et tĂ©mĂ©ritĂ©).
    "La vertu est le juste milieu relatif à nous, déterminé par la raison."
  • StoĂŻciens : La vertu est l’accord parfait de la volontĂ© avec la raison universelle ; elle est le seul bien vĂ©ritable.
    "La vertu suffit au bonheur."
Usages et débats : Débats sur l’unité ou la pluralité des vertus, sur l’origine de la vertu (innée ou acquise), sur sa relation au bonheur.
Changements de signification : La vertu est d’abord excellence et perfection, puis devient disposition morale.
Liens avec d'autres notions :
  • Bien : La vertu permet d’atteindre le bien suprĂŞme (eudaimonia).
  • Justice : La justice est la vertu centrale chez Platon et Aristote.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

La vertu est pensée comme disposition morale, force intérieure permettant de résister aux passions et de respecter la loi morale. Chez Kant, la vertu est la force de volonté à accomplir le devoir. Dans la philosophie politique, la vertu est aussi qualité civique (Rousseau, Montesquieu).

  • Montesquieu : La vertu est le principe fondateur de la rĂ©publique : amour des lois et de la patrie.
    "La vertu politique est l’amour des lois et de la patrie."
  • Jean-Jacques Rousseau : La vertu est l’expression de la volontĂ© gĂ©nĂ©rale, le fondement de la libertĂ© politique.
    "La vertu, c’est la force d’âme qui fait aimer la loi et la patrie."
  • Immanuel Kant : La vertu est la force morale de vouloir le bien par devoir, indĂ©pendamment des inclinations.
    "La vertu est la force morale de l’homme dans l’accomplissement de son devoir."
Usages et débats : Débats sur la vertu comme habitude ou comme effort, sur la vertu individuelle et la vertu civique.
Changements de signification : La vertu devient force morale, liée à la volonté et à la loi.
Liens avec d'autres notions :
  • Devoir : La vertu kantienne consiste Ă  accomplir son devoir.
  • Loi : La vertu politique suppose le respect de la loi.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

La vertu (français : vertu ; anglais : virtue ; allemand : Tugend) est interrogée face à la crise des valeurs, à la pluralité morale, à l’individualisme. Les philosophies de l’existence et les éthiques de la vertu (Anscombe, MacIntyre) réhabilitent l’idée de vertu comme pratique incarnée, orientée vers le bien commun.

  • Friedrich Nietzsche : Critique la vertu traditionnelle comme soumission, promeut l’invention de nouvelles vertus crĂ©atrices.
    "Nous avons besoin de nouvelles vertus."
  • Alasdair MacIntyre : RĂ©habilite l’éthique des vertus comme pratique sociale, au-delĂ  du formalisme moral.
    "La vertu est ce qui permet l’accomplissement des pratiques humaines excellentes."
Usages et débats : Débats sur le retour de l’éthique des vertus, sur la possibilité de vertus universelles, sur l’éducation morale.
Changements de signification : La vertu devient pratique incarnée, située, parfois contestée dans un monde pluraliste.
Liens avec d'autres notions :
  • Valeur : La vertu est une valeur morale incarnĂ©e dans l’action.
  • Pratique : La vertu s’acquiert et se manifeste dans la pratique concrète.