unité


Antiquité

Le terme « unité » (latin : unitas ; grec : henotes) désigne le caractère de ce qui est un, indivisible, ou ce qui fait qu’une chose est une. En philosophie grecque, l’unité est principe d’ordre, de cohésion, opposée à la multiplicité et à la dispersion. Chez Platon, l’unité caractérise l’Idée ; chez Aristote, elle est la propriété fondamentale de l’être.

  • Platon : L’unitĂ© est le propre de l’IdĂ©e, principe d’intelligibilitĂ© et de cohĂ©sion.
    "Ce qui est un est connaissable, ce qui est multiple est confus."
  • Aristote : DĂ©finit l’unitĂ© comme la première des catĂ©gories de l’être ; l’unitĂ© est condition de toute connaissance et de toute existence.
    "L’unité, c’est ce qui fait qu’une chose est une et non plusieurs."
Usages et débats : Débats sur le rapport unité/multiplicité, sur l'unité du cosmos, de l’être ou de la connaissance.
Changements de signification : L’unité passe d’un principe métaphysique à une catégorie logique et ontologique.
Liens avec d'autres notions :
  • MultiplicitĂ© : L’unitĂ© s’oppose Ă  la multiplicitĂ©, mais la suppose pour se manifester.
  • IdentitĂ© : L’unitĂ© fonde l’identitĂ© d’une chose Ă  elle-mĂŞme.

Moyen Âge

L’unité devient attribut divin (Dieu est Unité absolue), mais aussi principe d’universalité et de totalité dans la pensée scolastique. L’unité fonde la possibilité de la science, de la morale, de l’Église.

  • Saint Thomas d’Aquin : DĂ©finit Dieu comme l’UnitĂ© parfaite, sans division ni composition. L’unitĂ© est la condition de toute perfection.
    "Dieu est Un, et son unité est la source de toute unité dans les créatures."
Usages et débats : Débats sur l’unité de Dieu, de la nature, de l’Église ; sur la participation des êtres à l’unité divine.
Changements de signification : L’unité devient principe théologique et universel d’explication.
Liens avec d'autres notions :
  • SimplicitĂ© : L’unitĂ© divine implique l’absence de toute composition.
  • UniversalitĂ© : L’unitĂ© est condition de l’universalitĂ© du vrai, du bien, du beau.

Époque moderne et contemporaine

L’unité (français : unité ; anglais : unity ; allemand : Einheit) désigne le principe de cohésion, d’organisation (science, politique, art), ou encore l’unité du moi, de la conscience, de l’histoire. En mathématiques, l’unité est le principe du nombre (le « un » comme base de toute numération). En philosophie, l’unité est parfois critiquée comme fiction totalisante (Levinas), ou, chez Hegel, comme résultat dynamique de la synthèse des contraires.

  • Immanuel Kant : L’unitĂ© est une condition transcendantale de la connaissance : l’unitĂ© synthĂ©tique de l’aperception rend possible toute expĂ©rience.
    "L’unité de la conscience est la condition de l’unité de l’expérience."
  • Georg Wilhelm Friedrich Hegel : Voit l’unitĂ© comme rĂ©sultat dialectique du dĂ©passement des contradictions : l’unitĂ© est toujours dynamique, jamais donnĂ©e immĂ©diatement.
    "L’unité véritable est celle qui se réalise par la réconciliation des opposés."
  • Emmanuel Levinas : Critique l’unitĂ© totalisante qui nie l’altĂ©rité : il dĂ©fend la pluralitĂ© irrĂ©ductible de l’autre.
    "L’unité menace la pluralité lorsqu’elle prétend tout ramener à soi."
Usages et débats : Débats sur l’unité et la pluralité (science, politique, éthique), sur le danger d’une unité totalisante, sur l’unité du sujet, de la société, de l’histoire.
Changements de signification : L’unité devient catégorie critique : principe de cohésion, mais aussi de domination ou de réduction.
Liens avec d'autres notions :
  • TotalitĂ© : L’unitĂ© est parfois confondue avec la totalitĂ©, mais la totalitĂ© suppose la diversitĂ© rassemblĂ©e.
  • PluralitĂ© : L’unitĂ© se construit ou se pense souvent par rapport Ă  la pluralitĂ©.