Antiquité (Philosophie grecque et néoplatonisme)
Le terme « Un » (grec : hen ; latin : unum) désigne le principe suprême d’unité, ce qui est absolument un, premier, indivisible. Chez Parménide, l’Un est l’être unique, sans division ni devenir. Chez Platon, l’Un est lié à l’Idée du Bien. Le néoplatonisme (notamment Plotin) place l’Un au sommet de la hiérarchie de l’être, au-dessus de l’intellect (Noûs) et de l’âme (Psychè). L’Un est ineffable, transcendant, cause de tout mais lui-même sans cause.
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Parménide :
Affirme que l’Être est Un, immobile, éternel, indivisible.
"L’être est, le non-être n’est pas."
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Plotin :
Développe la doctrine de l’Un comme principe absolu, source de toute réalité, transcendant toute détermination.
"L’Un est au-delà de l’être, de la pensée, de toute multiplicité."
Usages et débats :
Débats sur la possibilité de connaître l’Un, sur le rapport entre unité et multiplicité, sur la médiation entre l’Un et le monde.
Changements de signification :
L’Un passe d’un principe cosmologique (Parménide) à un principe mystique et métaphysique (Plotin).
Liens avec d'autres notions :
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Multiplicité :
L’Un s’oppose à la multiplicité, il est principe d’unification.
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Bien :
Chez Platon, le Bien est assimilé à l’Un, principe suprême.
Moyen Âge
L’Un devient un attribut divin central : Dieu est l’Un absolu (unicité, simplicité divine). Les philosophes et théologiens (Augustin, Thomas d’Aquin) insistent sur la transcendance et l’indivisibilité de Dieu. L’Un devient aussi synonyme d’universalité, de totalité.
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Saint Augustin :
Identifie Dieu à l’Un, source de toute multiplicité, principe d’unité des créatures.
"Dieu est Un, principe et cause de tout ce qui existe."
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Thomas d’Aquin :
Affirme que Dieu est Un par essence, absolument simple, sans composition.
"Dieu est Un, et il ne peut y avoir qu’un seul Dieu."
Usages et débats :
Débats sur l’unicité divine, sur la Trinité (unité et pluralité en Dieu), sur la participation des créatures à l’Un divin.
Changements de signification :
L’Un prend une dimension théologique, devient attribut de Dieu.
Liens avec d'autres notions :
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Simplicité :
L’Un est sans composition, absolument simple.
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Trinité :
Débat sur l’unité et la pluralité en Dieu (mystère trinitaire).
Époque moderne et contemporaine
L’Un (français : Un ; anglais : One ; allemand : Eins) désigne ce qui fait l’unité, le principe de cohérence ou de totalité dans la pensée, la science, la philosophie. Il est question de l’Un dans la philosophie de l’histoire (unité du sens), en mathématiques (l’unité comme principe du nombre), en métaphysique (unité de la conscience, de l’être). Chez Hegel, l’Un est dialectisé : il se réalise dans la synthèse des opposés.
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Georg Wilhelm Friedrich Hegel :
L’Un n’est pas statique, il se réalise par le mouvement dialectique de la pensée qui surmonte la multiplicité des opposés.
"L’Un est la négation de la négation, la réconciliation des contraires."
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Emmanuel Levinas :
Critique la tentation de réduire l’autre à l’Un, insiste sur l’altérité irréductible face à la totalité.
"L’Un est tentation totalisante qui menace la pluralité de l’Autre."
Usages et débats :
Débats sur l’unité et la pluralité (totalisation, diversité irréductible), sur le danger de l’Un dans la pensée totalisante.
Changements de signification :
L’Un devient un concept problématique : unité vs pluralité, totalité vs altérité.
Liens avec d'autres notions :
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Totalité :
L’Un peut renvoyer à la totalité, mais risque d’effacer la diversité.
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Altérité :
Débat moderne sur l’Un et l’Autre, la reconnaissance de l’altérité.