tragédie


Antiquité

La tragédie (grec : tragôidia) est un genre théâtral né en Grèce au Ve siècle av. J.-C. Elle met en scène des personnages illustres, confrontés à un destin funeste, souvent inéluctable, et suscite chez le spectateur la crainte et la pitié. Aristote analyse la tragédie dans sa Poétique comme une imitation (mimésis) d’actions graves, qui provoque la catharsis (purification des passions).

  • Aristote : DĂ©finit la tragĂ©die comme « l’imitation d’une action noble » qui, par la crainte et la pitiĂ©, opère la purification des passions.
    "La tragédie est l’imitation d’une action noble, menée jusqu’à sa fin [...] et qui, suscitant crainte et pitié, opère la purgation de ce genre d’émotions."
Usages et débats : Débats sur la fonction morale et politique de la tragédie, sur la catharsis, sur le rôle du destin, des dieux, de la faute (hamartia).
Changements de signification : La tragédie passe de rite religieux à forme esthétique et morale.
Liens avec d'autres notions :
  • Destin : La tragĂ©die met en scène la lutte contre un destin inĂ©vitable.
  • Catharsis : La tragĂ©die purifie les passions par l’émotion vĂ©cue au théâtre.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

La tragédie devient un genre majeur du théâtre français (Corneille, Racine) et européen, soumise à des règles strictes (bienséances, unités de temps, lieu, action). Elle met en scène la grandeur et la chute des héros, la lutte entre passions et devoir, liberté et nécessité.

  • Pierre Corneille : Exalte la grandeur morale et la libertĂ© du hĂ©ros tragique.
    "À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire."
  • Jean Racine : Explore la fatalitĂ© des passions, la faiblesse humaine face Ă  un destin implacable.
    "Je vois de mon malheur la cause et les effets."
Usages et débats : Débats sur la liberté du héros, la moralité de la tragédie, le respect des règles classiques.
Changements de signification : La tragédie s’intellectualise, devient un modèle d’analyse des passions et des conflits moraux.
Liens avec d'autres notions :
  • HĂ©ros : La tragĂ©die met en scène des hĂ©ros confrontĂ©s Ă  des choix impossibles.
  • Passion : La tragĂ©die explore la puissance destructrice des passions.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

La tragédie (français : tragédie ; anglais : tragedy ; allemand : Tragödie) se renouvelle : elle n’est plus seulement un genre littéraire, mais une catégorie de l’expérience humaine (tragique). Philosophes et dramaturges (Nietzsche, Camus, Sartre) voient dans la tragédie l’expression de l’absurdité, du conflit existentiel, du mal irréductible.

  • Friedrich Nietzsche : Analyse la naissance de la tragĂ©die comme union du dionysiaque (souffrance, chaos, joie) et de l’apollinien (forme, mesure).
    "Ce n’est qu’en tant que phénomène esthétique que l’existence et le monde nous semblent justifiés."
  • Albert Camus : Voit dans la tragĂ©die moderne l’expression du sentiment de l’absurde et de la rĂ©volte de l’homme face Ă  l’irrationnel.
    "Il n’y a pas de destin qui ne se surmonte par le mépris."
Usages et débats : Débats sur la survie de la tragédie à l’époque moderne, sur l’existence du tragique hors du théâtre, sur la portée philosophique du tragique.
Changements de signification : La tragédie devient expérience existentielle, réflexion sur la condition humaine.
Liens avec d'autres notions :
  • Tragique : Le tragique dĂ©signe la dimension existentielle et universelle de la tragĂ©die.
  • Absurde : La tragĂ©die contemporaine explore l’absurditĂ© et la rĂ©volte.