technique


Antiquité

Le terme « technique » (grec : technè) désigne tout savoir-faire pratique, toute activité humaine visant à produire, fabriquer ou transformer la nature selon une fin déterminée. La technique est associée à l’artisanat, à l’art (au sens ancien), à l’habileté pratique, à la ruse (mètis), opposée au savoir théorique (épistémè).

  • Platon : Distingue la technè (savoir-faire pratique, production) de l’épistémè (connaissance théorique). La technique vise l’utile, pas la vérité.
    "Chaque technè poursuit un certain bien propre à son objet."
  • Aristote : Classe la technè parmi les différentes formes de savoir (avec la phronesis et l’épistémè). La technique imite la nature (phusis) mais s’en distingue par l’intentionnalité humaine.
    "La technè accomplit ce que la nature est impuissante à réaliser."
Usages et débats : Débats sur la valeur de la technique par rapport à la nature et à la théorie, sur son rôle dans la civilisation.
Changements de signification : La technique est d’abord savoir-faire concret puis devient méthode rationnelle.
Liens avec d'autres notions :
  • Art : Dans l’Antiquité, technique et art sont proches (technè/art).
  • Nature : La technique transforme la nature, ou l’imite avec intention.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

La technique devient progressivement synonyme de méthode, d’application des connaissances scientifiques à la production et à la transformation du monde. Elle prend une importance croissante avec la Révolution industrielle. Les philosophes réfléchissent à la puissance et aux limites de la technique, à son rapport à la science et à la nature.

  • René Descartes : Fonde la philosophie moderne sur l’idée de maîtriser et posséder la nature par la technique, grâce à la science.
    "Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature."
  • Francis Bacon : Voit la technique comme l’application des connaissances à l’amélioration de la condition humaine.
    "La connaissance est puissance."
Usages et débats : Débats sur la légitimité de la maîtrise technique, sur l’éthique de l’innovation, sur la distinction entre science et technique.
Changements de signification : La technique devient instrument de progrès et d’émancipation, mais aussi de domination.
Liens avec d'autres notions :
  • Science : La technique applique la science à la pratique.
  • Progrès : La technique est moteur du progrès matériel.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

La technique (français : technique ; anglais : technique, technology ; allemand : Technik) désigne l’ensemble des procédés, méthodes et outils développés par l’humanité pour transformer la nature et l’environnement. Elle devient un système autonome (industrialisation, technologies numériques). Les philosophes (Heidegger, Simondon, Ellul) interrogent la place de la technique, ses enjeux anthropologiques, sociaux, éthiques.

  • Martin Heidegger : Voit dans la technique moderne une 'mise en demeure' de la nature, une façon de l’arraisonner, de la réduire à un stock disponible.
    "L’essence de la technique n’est rien de technique."
  • Gilbert Simondon : Pense la technique comme processus d’individuation, d’évolution des objets techniques, et non simple outil au service de l’homme.
    "L’objet technique a une genèse propre, une histoire autonome."
  • Jacques Ellul : Analyse la technique comme système global, autonome, qui transforme la société et les valeurs humaines.
    "La technique est devenue un milieu, et non plus un simple moyen."
Usages et débats : Débats sur la neutralité ou la non-neutralité de la technique, sur la technique comme moyen ou comme fin, sur l’éthique de l’innovation, sur les risques et potentiels de la technologie.
Changements de signification : La technique devient une réalité autonome, problématique, qui pose la question de son sens et de sa maîtrise.
Liens avec d'autres notions :
  • Technologie : La technologie est le développement moderne, industriel, scientifique de la technique.
  • Aliénation : La technique peut devenir source d’aliénation, en échappant à la maîtrise humaine.