synthèse


Antiquité

Le terme « synthèse » (grec : synthesis, « composition, réunion ») désigne l’action de rassembler, de composer en un tout cohérent des éléments distincts. Chez Platon et Aristote, la synthèse apparaît dans la méthode dialectique : elle désigne le mouvement qui, après l’analyse (division), recompose les éléments pour saisir l’unité d’un concept ou d’une réalité.

  • Platon : Dans les dialogues, la synthèse est un moment de la dialectique : elle permet de dĂ©passer les oppositions, de rassembler les idĂ©es Ă©parses.
    "La dialectique procède par division et par synthèse."
  • Aristote : Utilise la synthèse comme opĂ©ration logique : unir des propositions ou des concepts pour former une connaissance plus complète.
    "La connaissance procède de l’analyse à la synthèse."
Usages et débats : Débats sur la valeur de la synthèse face à l’analyse, sur la capacité à rassembler la multiplicité du réel en une unité intelligible.
Changements de signification : La synthèse est d’abord une opération logique et dialectique, puis devient une méthode générale de connaissance.
Liens avec d'autres notions :
  • Analyse : L’analyse dĂ©compose, la synthèse recompose.
  • Dialectique : La synthèse est un moment essentiel de la dialectique.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

La synthèse devient une méthode philosophique centrale, notamment chez Descartes (méthode synthétique) et Kant. Elle désigne la capacité de l’esprit à unir des éléments dispersés en une connaissance unifiée et systématique.

  • RenĂ© Descartes : Distingue la mĂ©thode analytique (dĂ©monstration par dĂ©composition) et la mĂ©thode synthĂ©tique (composition, reconstruction du savoir Ă  partir de principes clairs).
    "On doit conduire par ordre ses pensées, en commençant par les objets les plus simples... et composant peu à peu des connaissances plus complexes."
  • Immanuel Kant : Fait de la synthèse l’opĂ©ration fondamentale de l’esprit : la connaissance rĂ©sulte de la synthèse des intuitions sensibles par les catĂ©gories de l’entendement.
    "La synthèse est l’acte d’unir divers éléments dans une conscience."
Usages et débats : Débats sur la supériorité de la synthèse ou de l’analyse, sur la possibilité d’une synthèse totale du savoir (encyclopédisme, système), sur la synthèse dans la connaissance scientifique.
Changements de signification : La synthèse devient une opération mentale centrale, liée à la raison et à la science.
Liens avec d'autres notions :
  • CatĂ©gorie : Chez Kant, la synthèse s’opère par les catĂ©gories de l’entendement.
  • Système : La synthèse vise l’unification du savoir en un système cohĂ©rent.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

La synthèse (français : synthèse ; anglais : synthesis ; allemand : Synthese) désigne l’opération d’unification, de totalisation ou de recomposition, aussi bien en philosophie (Hegel : synthèse dialectique), qu’en sciences (synthèse chimique, biologique), ou en méthode (synthèse documentaire, intellectuelle, créative). Elle s’oppose à la simple addition : la synthèse crée du nouveau à partir de l’union des éléments.

  • Georg Wilhelm Friedrich Hegel : Introduit la synthèse dialectique : dĂ©passement des contradictions par une unification supĂ©rieure (thèse, antithèse, synthèse).
    "La synthèse est le résultat du dépassement des opposés."
Usages et débats : Débats sur la possibilité d’une synthèse totale (philosophie de l’histoire, sciences humaines), sur les limites de la synthèse face à la complexité et à la pluralité du réel.
Changements de signification : La synthèse devient une catégorie de la pensée créatrice, scientifique, critique.
Liens avec d'autres notions :
  • TotalitĂ© : La synthèse vise Ă  construire une totalitĂ© Ă  partir de la diversitĂ©.
  • CrĂ©ation : La synthèse ne fait pas que rĂ©unir, elle crĂ©e du nouveau.