substance


Antiquité

Le terme « substance » (grec : ousia ; latin : substantia) désigne ce qui existe par soi, ce qui est le support permanent des qualités et des changements. Chez Aristote, la substance est l’être par excellence, ce qui subsiste à travers les modifications. Elle s’oppose aux accidents (qualités, états, relations) qui n’existent que dans une substance.

  • Aristote : Distingue la substance première (l’individu concret, ex. Socrate) et la substance seconde (le genre ou l’espèce, ex. l’homme). La substance est ce qui est sujet ultime de la prédication.
    "La substance, c’est ce qui existe en soi et non dans un autre."
  • Plotin : Réinterprète la substance comme principe supérieur, l’Un, source de toute réalité.
Usages et débats : Débats sur la nature de la substance (matérielle ou immatérielle), sur le rapport entre substance et accidents, sur la multiplicité des substances.
Changements de signification : La substance passe de support matériel à principe ontologique général.
Liens avec d'autres notions :
  • Accident : L’accident est ce qui arrive à la substance sans la constituer essentiellement.
  • Essence : L’essence est ce que la substance est fondamentalement.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

La substance devient un concept central en métaphysique. Descartes considère la substance comme ce qui existe de façon indépendante (Dieu, l’âme, la matière). Spinoza définit la substance comme ce qui est en soi et est conçu par soi (une seule substance, Dieu ou la Nature). Locke critique la notion de substance comme un « je ne sais quoi » qui sert de support aux qualités.

  • René Descartes : Distingue la substance pensante (res cogitans) et la substance étendue (res extensa). Dieu est la substance absolue.
    "Par le nom de substance, on ne peut entendre autre chose que la chose qui existe en telle façon qu'elle n’a besoin que d’elle-même pour exister."
  • Spinoza : Affirme qu’il n’y a qu’une seule substance, cause d’elle-même, ayant une infinité d’attributs : Dieu ou la Nature.
    "Par substance, j’entends ce qui est en soi et est conçu par soi."
  • John Locke : Critique la notion de substance comme obscure : la substance n’est qu’un support supposé des qualités.
    "Nous n’avons aucune idée claire de la substance en général, mais seulement du support des qualités."
Usages et débats : Débats sur le nombre de substances (monisme, dualisme, pluralisme), sur la possibilité de connaître la substance, sur la distinction entre substance et attribut.
Changements de signification : La substance devient plus abstraite, parfois critiquée comme notion inutile ou obscure.
Liens avec d'autres notions :
  • Attribut : Chez Spinoza, l’attribut exprime une essence de la substance.
  • Support : La substance est le support des qualités ou des modifications.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le concept de substance (français : substance ; anglais : substance ; allemand : Substanz) est remis en question par la science (physique, chimie) et la philosophie (Nietzsche, phénoménologie). On privilégie l’analyse des processus, des relations, des structures. La notion de substance subsiste néanmoins en chimie (matière) et en philosophie comme catégorie historique.

  • Friedrich Nietzsche : Critique la croyance en des substances permanentes : il n’y a que des devenirs, des relations de forces.
    "Il n’y a pas de ‘chose’, il n’y a que des actions, des effets, des devenirs."
  • Edmund Husserl : La phénoménologie s’intéresse à l’apparaître, non à une substance cachée derrière les phénomènes.
Usages et débats : Débats sur la pertinence du concept de substance, sur la primauté du processus, sur l’abandon du substantialisme.
Changements de signification : La substance devient une notion critiquée, parfois remplacée par celles de structure, d’événement, de processus.
Liens avec d'autres notions :
  • Processus : Le réel est pensé comme processus et non comme substance fixe (Nietzsche).
  • Phénomène : La phénoménologie analyse les phénomènes, pas une substance sous-jacente.