sublime


Antiquité

Le sublime (latin : sublimis) désigne ce qui est élevé, grand, hors du commun, capable de susciter admiration ou respect. Dans la rhétorique antique, notamment chez Longin (Pseudo-Longin), le sublime est la qualité d’un discours ou d’une œuvre qui élève l’âme, provoque l’enthousiasme, la stupeur, voire l’effroi.

  • Pseudo-Longin : Auteur du traitĂ© 'Du Sublime', il dĂ©finit le sublime comme ce qui transporte, Ă©meut, Ă©lève l’âme au-dessus du commun par la puissance du style et des idĂ©es.
    "Le sublime produit non une persuasion, mais une extase."
Usages et débats : Débats sur la nature du sublime, sur sa différence avec la beauté, sur son rôle dans l’art et la rhétorique.
Changements de signification : Le sublime est d’abord lié à l’art oratoire puis à la grandeur morale ou naturelle.
Liens avec d'autres notions :
  • BeautĂ© : Le sublime se distingue de la beautĂ© par son intensitĂ© et sa capacitĂ© Ă  dĂ©passer le plaisir esthĂ©tique ordinaire.
  • ÉlĂ©vation : Le sublime consiste en une Ă©lĂ©vation de l’âme vers ce qui la dĂ©passe.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

Le sublime devient un concept central en esthétique et en philosophie. Il désigne ce qui, dans la nature ou l’art, excède la mesure humaine, provoque admiration, effroi, trouble. Il s’oppose à la beauté, qui est harmonie et proportion. Le sublime est théorisé par Burke (sublime et beau) et Kant (sublime mathématique et dynamique).

  • Edmund Burke : Distingue le sublime (liĂ© Ă  la terreur, Ă  la grandeur, Ă  la puissance), de la beautĂ© (liĂ© Ă  l’harmonie et Ă  la douceur).
    "Tout ce qui est propre à exciter des idées de douleur et de danger… est une source du sublime."
  • Immanuel Kant : Distingue le sublime mathĂ©matique (grandeur sans bornes) et le sublime dynamique (puissance redoutable de la nature). Le sublime confronte l’esprit Ă  ses limites puis l’élève au-dessus du sensible.
    "Le sublime n’est pas dans la nature, mais dans notre esprit."
Usages et débats : Débats sur la différence entre sublime et beau, sur la nature de l’expérience du sublime (plaisir mêlé de crainte, de respect, de trouble), sur la portée morale ou spirituelle du sublime.
Changements de signification : Le sublime passe de l’art oratoire à la nature, à l’art, à la philosophie de l’esprit.
Liens avec d'autres notions :
  • Terreur : Le sublime peut naĂ®tre de la peur, de la grandeur redoutable (Burke).
  • Limite : Le sublime confronte l’esprit humain Ă  sa propre finitude (Kant).

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le sublime (français : sublime ; anglais : sublime ; allemand : das Erhabene) est étudié en philosophie, littérature, esthétique, psychanalyse. Il désigne ce qui provoque un sentiment d’élévation, de dépassement, d’admiration mêlée d’effroi ou de vertige, face à ce qui excède l’humain (nature, art, technologie, etc.). Il est parfois associé à la crise du beau, à l’expérience de l’infini ou de l’incompréhensible.

  • Jean-François Lyotard : DĂ©crit le sublime comme une expĂ©rience du « diffĂ©rend », du dĂ©chirement entre ce qui peut ĂŞtre dit et ce qui ne peut l’être.
    "Le sublime est ce qui ne se laisse pas présenter, mais seulement évoquer."
Usages et débats : Débats sur l’actualité du sublime à l’ère moderne (sublime technologique, numérique), sur la différence entre sublime et spectaculaire, sur la place du sublime dans l’art contemporain.
Changements de signification : Le sublime devient une catégorie de l’expérience extrême, du dépassement, parfois une critique du rationalisme.
Liens avec d'autres notions :
  • Incommensurable : Le sublime met en jeu ce qui excède toute mesure ou reprĂ©sentation.
  • ExpĂ©rience-limite : Le sublime renvoie Ă  des expĂ©riences aux frontières du dicible et du pensable.