sacré


Antiquité

Le terme « sacré » (latin : sacer) désigne ce qui appartient au domaine des dieux, séparé du profane, et objet de crainte, de respect ou d’interdits. Le sacré se manifeste dans les rites, les sacrifices, les temples. Il est au cœur de la religion antique, opposé au profane (ce qui est ordinaire, quotidien).

  • Émile Durkheim (rĂ©fĂ©rence anachronique mais centrale) : Montre que la distinction sacrĂ©/profane structure toute religion : le sacrĂ© est ce qui fait l’objet d’interdits, de rituels, de croyances collectives.
    "Le sacré, c’est ce qui est mis à part et interdit."
Usages et débats : Débats sur la nature du sacré (pouvoir des dieux ? force mystérieuse ?), sur son rôle social (cohésion, identité).
Changements de signification : Le sacré est d’abord religieux puis prend aussi une valeur sociale et symbolique.
Liens avec d'autres notions :
  • Profane : Le sacrĂ© s’oppose au profane, ce qui est ordinaire ou sĂ©culier.
  • Tabou : Le sacrĂ© s’accompagne souvent d’interdits (tabous).

Moyen Âge et époque moderne

Le sacré est associé à Dieu, à la Révélation, à ce qui est digne d’adoration ou d’un respect absolu (Saint, Parole sacrée, etc.). Le sacré investit les objets (reliques), les lieux (églises), les personnes (prêtres, souverains).

  • Saint Thomas d’Aquin : Distingue le sacrĂ© (rĂ©servĂ© Ă  Dieu) du profane. Le sacrĂ© sanctifie, Ă©lève le profane.
    "Est dit sacré ce qui est consacré à Dieu."
Usages et débats : Débats sur la hiérarchie du sacré (lieux, objets, personnes), sur la possibilité de profaner le sacré.
Changements de signification : Le sacré devient plus institutionnalisé, lié au pouvoir religieux.
Liens avec d'autres notions :
  • Saint : Le sacrĂ© est ce qui est saint ou sanctifiĂ©.
  • ConsĂ©cration : Le sacrĂ© rĂ©sulte d’un acte de consĂ©cration.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le sacré (français : sacré ; anglais : sacred ; allemand : das Heilige) devient objet d’étude anthropologique, sociologique, philosophique (Durkheim, Eliade, Bataille). Il désigne une catégorie de l’expérience humaine, marquée par l’altérité, la puissance, l’ambivalence (sacré/maudit). Le sacré n’est plus seulement religieux : il existe des formes profanes du sacré (la patrie, la vie, etc.).

  • Mircea Eliade : Le sacrĂ© fonde l’expĂ©rience religieuse, il est ce qui se manifeste (hiĂ©rophanie) et structure le monde humain.
    "Le sacré se manifeste toujours comme une réalité d’un tout autre ordre que les réalités naturelles."
  • Georges Bataille : Met l’accent sur l’ambivalence du sacrĂ© (sacrĂ©/maudit), sa dimension transgressive, et non seulement institutionnelle.
    "Le sacré est ce qui attire et repousse, ce qui fascine et terrifie."
Usages et débats : Débats sur la sécularisation, sur la survivance du sacré dans les sociétés modernes, sur la violence et le sacré.
Changements de signification : Le sacré devient une catégorie anthropologique, non exclusivement religieuse.
Liens avec d'autres notions :
  • HiĂ©rophanie : Manifestation du sacrĂ© dans le monde (Eliade).
  • Ambivalence : Le sacrĂ© attire et repousse Ă  la fois (Bataille).