représentation


Antiquité et Moyen Âge

Le terme « représentation » (latin : repraesentatio) n’est pas encore un concept philosophique central. Les philosophes antiques (Platon, Aristote) parlent plutôt d’« image », « imitation » (mimêsis), « idée », ou « phantasma » pour désigner ce qui se présente à l’esprit à la place de la chose elle-même. La notion de représentation commence à émerger dans la scolastique médiévale, en lien avec la théologie (représentation du divin, du monde).

  • Platon : La reprĂ©sentation (mimĂŞsis) est une imitation, une copie du rĂ©el ou des idĂ©es. Elle s’éloigne de la vĂ©ritĂ©.
    "L’art est imitation de la nature."
  • Aristote : La reprĂ©sentation artistique est une imitation, mais elle a une fonction cathartique et cognitive.
    "La poésie est plus philosophique et plus noble que l’histoire."
Usages et débats : Débats sur la valeur de l’imitation et de l’image, sur la capacité de l’art à représenter le réel ou la vérité.
Changements de signification : La représentation passe de l’imitation artistique à une notion cognitive à l’époque moderne.
Liens avec d'autres notions :
  • Image : L’image est l’un des premiers modes de reprĂ©sentation.
  • Imitation : La reprĂ©sentation est d’abord pensĂ©e comme imitation.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

La représentation devient un concept central en philosophie, notamment chez Descartes, Locke, Leibniz, Kant. Elle désigne le contenu de l’esprit qui se présente à la place de la chose, la manière dont l’esprit se rapporte au monde. On distingue représentation (représentation mentale) et perception immédiate.

  • RenĂ© Descartes : La reprĂ©sentation est l’idĂ©e par laquelle l’esprit connaĂ®t une chose, mais cette idĂ©e n’est pas la chose elle-mĂŞme.
    "Je n’ai dans l’esprit rien d’autre que des idées qui me représentent les choses."
  • Immanuel Kant : Fait de la reprĂ©sentation (Vorstellung) le point de dĂ©part de la connaissance : toute connaissance commence par une reprĂ©sentation.
    "La pensée doit se rapporter à des objets par des représentations."
Usages et débats : Débats sur le réalisme ou l’idéalisme : la représentation est-elle fidèle au réel ? Est-elle construction du sujet ? Sur la différence entre représentation sensible et conceptuelle.
Changements de signification : La représentation devient une notion épistémologique : elle concerne le rapport entre sujet et objet, entre esprit et monde.
Liens avec d'autres notions :
  • IdĂ©e : L’idĂ©e est une forme de reprĂ©sentation mentale.
  • Sujet/objet : La reprĂ©sentation articule le rapport entre sujet connaissant et objet connu.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

La représentation (français : représentation ; anglais : representation ; allemand : Vorstellung, Darstellung) prend une dimension multiple : cognitive (psychologie, phénoménologie), politique (représentation démocratique), artistique (représentation du monde, abstraction). On s’interroge sur la nature des représentations mentales, leur caractère symbolique, linguistique, social.

  • Friedrich Nietzsche : Critique la reprĂ©sentation comme illusion, masque : nous n’avons jamais accès au rĂ©el, seulement Ă  des interprĂ©tations.
    "Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations."
  • Maurice Merleau-Ponty : Met en question la primautĂ© de la reprĂ©sentation : la perception est d’abord contact avec le monde, pas simple image mentale.
    "La perception n’est pas une représentation, mais une présence au monde."
Usages et débats : Débats sur la nature des représentations (images, symboles, concepts), sur leur rôle dans la connaissance, la communication, le politique. Critique de la représentation comme médiation, comme construction sociale.
Changements de signification : La représentation devient une notion transversale : cognitive, politique, artistique, sociale.
Liens avec d'autres notions :
  • InterprĂ©tation : La reprĂ©sentation peut ĂŞtre vue comme interprĂ©tation du rĂ©el.
  • Langage : Le langage est un système de reprĂ©sentation symbolique.