Antiquité
Le terme « question » (latin : quaestio ; grec : zètèma) désigne une enquête, une recherche, une interrogation sur quelque chose d’inconnu ou de douteux. Chez Socrate et Platon, la question est l’outil central du dialogue philosophique : elle permet de mettre en mouvement la pensée, de débusquer l’ignorance et de progresser vers la vérité.
-
Socrate :
Utilise la question (maïeutique) pour aider l’interlocuteur à accoucher de ses propres idées.
"Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien."
-
Aristote :
Distingue la question (zètèma) de l’aporie (difficulté), et du problème (problèma). La question ouvre la recherche.
"La question est le point de départ de toute investigation."
Usages et débats :
Débats sur la différence entre question, problème, aporie ; sur l’art de questionner (dialectique, logique) ; sur le rôle de la question dans la connaissance.
Changements de signification :
La question passe d’une simple demande d’information à un instrument de la pensée philosophique.
Liens avec d'autres notions :
-
Problème :
Le problème est une question qui appelle résolution.
-
Réponse :
La question suppose une réponse, mais peut ouvrir de nouvelles interrogations.
Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)
La question devient centrale dans la méthode scientifique et philosophique : il s’agit de formuler clairement ce qu’on cherche à savoir pour orienter la recherche. Descartes, Kant et d’autres insistent sur l’importance de poser les bonnes questions.
-
René Descartes :
Fonde la méthode sur la formulation de questions claires et distinctes.
"Pour avancer dans la connaissance, il faut savoir interroger la nature."
-
Immanuel Kant :
Distingue les questions de la raison (Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ?).
"La raison humaine a ce destin particulier : être accablée de questions qu’elle ne peut éviter et auxquelles elle ne peut répondre."
Usages et débats :
Débats sur la formulation des questions scientifiques et philosophiques, sur les limites de la question, sur la différence entre question empirique, logique, morale, métaphysique.
Changements de signification :
La question devient un outil méthodique, structurée et hiérarchisée.
Liens avec d'autres notions :
-
Méthode :
La question oriente la méthode.
-
Limite :
Certaines questions dépassent les limites de la raison ou de la science.
Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)
La question (français : question ; anglais : question ; allemand : Frage) prend une dimension existentielle, herméneutique et linguistique. Heidegger parle de « question de l’être », Gadamer de la question comme ouverture du sens. La question devient aussi une structure fondamentale du dialogue, de la pédagogie, de la science.
-
Martin Heidegger :
Fait de la question de l’être le point de départ de la philosophie.
"Ce qui est remarquable dans la question, c’est qu’elle ouvre la possibilité du questionnement."
-
Hans-Georg Gadamer :
En herméneutique, la question est ce qui ouvre à la compréhension, au dialogue.
"Être questionné, c’est s’ouvrir à l’autre et à de nouveaux horizons."
Usages et débats :
Débats sur la portée et la limite des questions, sur la différence entre question fermée et ouverte, sur la structure du questionnement en science, en philosophie, en éducation.
Changements de signification :
La question devient un mode d’existence, d’ouverture, de dialogue, et non seulement un outil.
Liens avec d'autres notions :
-
Dialogue :
La question est le moteur du dialogue.
-
Sens :
La question ouvre la possibilité de nouveaux sens.