présent


Antiquité

Le présent (grec : to nyn ; latin : praesens) désigne ce qui est, l’instant actuel, par opposition au passé (ce qui n’est plus) et au futur (ce qui n’est pas encore). La réflexion antique porte sur la nature du temps et la réalité du présent, parfois conçu comme insaisissable ou comme seule réalité véritable.

  • Aristote : Analyse le temps comme ce qui est comptĂ© selon l’avant et l’après, mais le prĂ©sent n’est qu’un point de passage entre passĂ© et futur.
    "Le temps est le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur."
  • Saint Augustin : Se demande si le prĂ©sent existe vraiment, ou s’il n’est qu’un instant qui fuit. Pour lui, seul le prĂ©sent de l’esprit (prĂ©sent du passĂ©, du prĂ©sent, du futur) a une rĂ©alitĂ©.
    "Il n’y a que trois temps : le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur."
Usages et débats : Débats sur la réalité du présent : est-il un point, une durée, une illusion ? Sur le rapport entre présent, mémoire et anticipation.
Changements de signification : Le présent passe d’un instant mathématique à une expérience psychologique vécue.
Liens avec d'autres notions :
  • Temps : Le prĂ©sent est une des dimensions du temps.
  • Conscience : Le prĂ©sent est ce qui est vĂ©cu par la conscience.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

Le présent est analysé comme ce qui est donné immédiatement à la conscience. Il devient le lieu de la certitude (Descartes), de l’évidence, de l’expérience immédiate. Les débats portent sur la durée réelle du présent et sur sa portée dans la connaissance.

  • RenĂ© Descartes : Le prĂ©sent de la pensĂ©e est le seul donnĂ© indubitable : « Je pense maintenant, donc je suis ».
    "Je pense, donc je suis."
  • Blaise Pascal : Analyse la difficultĂ© Ă  vivre le prĂ©sent, les hommes Ă©tant tournĂ©s vers le passĂ© ou le futur.
    "Nous ne tenons jamais au temps présent ; nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop prompt."
Usages et débats : Débats sur la durée du présent, sur la capacité à saisir l’instant, sur la différence entre présence à soi et distraction.
Changements de signification : Le présent prend une dimension existentielle et subjective, non seulement physique.
Liens avec d'autres notions :
  • Évidence : Le prĂ©sent de la conscience est source d’évidence.
  • ExpĂ©rience : Le prĂ©sent est le temps de l’expĂ©rience immĂ©diate.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le présent (français : présent ; anglais : present ; allemand : Gegenwart) est interrogé en phénoménologie, psychologie, littérature. Il est vu comme le temps vécu par la conscience (Bergson), comme l’horizon de l’action (Heidegger), ou comme construction sociale et politique. La question se pose de la fragmentation ou de l’accélération du présent dans la modernité.

  • Henri Bergson : DĂ©finit le prĂ©sent comme durĂ©e vĂ©cue, non comme instant mathĂ©matique. Le prĂ©sent est Ă©paisseur, conscience en acte.
    "Notre durée s’évanouit dans la mesure où nous essayons de la fixer."
  • Martin Heidegger : Le prĂ©sent (ou plutĂ´t la prĂ©sence) est l’horizon de la comprĂ©hension de l’être et du temps, mais il n’existe qu’en rapport avec le passĂ© (ce qui a Ă©tĂ©) et le futur (ce qui vient).
    "L’être-là est toujours déjà jeté dans un monde, tendu entre passé et avenir."
Usages et débats : Débats sur l’accélération du temps présent, sur la perte du sens de la durée, sur le rapport à l’instantanéité, sur la possibilité d’être vraiment présent à soi-même et au monde.
Changements de signification : Le présent devient une dimension existentielle, parfois problématique, liée à la subjectivité, à la société, à la technique.
Liens avec d'autres notions :
  • DurĂ©e : Le prĂ©sent n’est pas un point, mais une durĂ©e vĂ©cue.
  • Action : Le prĂ©sent est le temps de l’action, du choix.