possible


Antiquité

Le possible (grec : dunaton ; latin : possibile) désigne ce qui peut être, ce qui n’est pas mais pourrait être. Aristote distingue le possible du nécessaire et de l’impossible : le possible est ce qui n’est ni nécessairement, ni nécessairement pas. Il introduit la notion de puissance (dunamis), capacité d’être ou de devenir autre chose.

  • Aristote : Distingue l’acte (energeia) de la puissance (dunamis) : le possible est ce qui peut passer à l’acte.
    "Le possible, c’est ce qui peut être, sans être encore dans l’acte."
Usages et débats : Débats sur la nature du possible : est-il une simple absence d’impossibilité, ou une réalité en puissance ? Sur la différence entre possible logique, physique, moral.
Changements de signification : Le possible est lié à la notion de puissance, de potentialité, opposée à l’acte (réalité actuelle).
Liens avec d'autres notions :
  • Puissance : Le possible est la puissance d’être autrement.
  • Nécessaire : Le possible s’oppose au nécessaire (ce qui ne peut pas ne pas être).

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

Le possible prend une dimension logique et métaphysique : il désigne ce qui ne contient pas de contradiction (possible logique), ou ce que Dieu peut réaliser (possible métaphysique). Leibniz développe la théorie des mondes possibles : il existe une infinité de possibles, mais un seul est actualisé.

  • René Descartes : Fonde le possible sur la puissance de Dieu : ce qui est possible est ce que Dieu peut créer.
    "Dieu rend possible tout ce qui n’implique pas contradiction."
  • Gottfried Wilhelm Leibniz : Élabore la théorie des mondes possibles : tout ce qui ne contient pas contradiction est possible, mais seul le meilleur des mondes possibles est réalisé.
    "Dieu a choisi d’actualiser le meilleur des mondes possibles."
Usages et débats : Débats sur le statut ontologique des possibles : existent-ils vraiment ? Sur la distinction possible réel/possible logique.
Changements de signification : Le possible devient un concept logique, lié à la cohérence, ou métaphysique, lié à la puissance divine.
Liens avec d'autres notions :
  • Monde possible : Ensemble d’états de choses compatibles avec la logique.
  • Contradiction : Le possible ne doit pas impliquer contradiction.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le possible (français : possible ; anglais : possible ; allemand : möglich) est analysé en logique, en philosophie, en science : il désigne ce qui peut être pensé sans contradiction, ce qui peut advenir selon certaines conditions. En phénoménologie et en existentialisme, le possible est lié à l’ouverture du sujet à l’avenir, à l’existence comme projet.

  • Jean-Paul Sartre : Fait de la liberté humaine la capacité d’ouvrir des possibles, de choisir et de se projeter.
    "L’homme est condamné à être libre, à inventer ses possibles."
  • Saul Kripke : Développe la logique des mondes possibles en sémantique modale.
    "Le possible est ce qui existe dans au moins un monde possible."
Usages et débats : Débats sur les modalités (possible, nécessaire, contingent), sur l’existence des possibles, sur leur rôle en science et en morale.
Changements de signification : Le possible devient une catégorie logique, existentielle, modale, voire une ouverture vers l’avenir.
Liens avec d'autres notions :
  • Modalité : Le possible est une modalité de l’être, avec le nécessaire et le contingent.
  • Projet : Chez Sartre, le possible est lié à la capacité à se projeter.