phénomène


Antiquité

Le terme « phénomène » (grec : phainomenon, « ce qui apparaît ») désigne ce qui se manifeste à nous par l’expérience sensible, ce qui est perceptible par les sens. Chez les philosophes grecs, il s’oppose souvent à la réalité cachée, à l’essence ou à la vérité (Platon distingue le monde des phénomènes du monde des Idées).

  • Platon : Distingue le monde sensible des phĂ©nomènes (apparences) et le monde intelligible des IdĂ©es (rĂ©alitĂ©s vĂ©ritables).
    "Le phénomène n’est qu’une ombre de la réalité."
  • Aristote : Considère les phĂ©nomènes comme points de dĂ©part de l’enquĂŞte scientifique, mais cherche Ă  en dĂ©couvrir les causes et les principes.
    "Il faut sauver les phénomènes, c’est-à-dire expliquer ce qui apparaît."
Usages et débats : Débats sur la fiabilité des phénomènes, la différence entre apparence et réalité, la possibilité de remonter des phénomènes à l’essence.
Changements de signification : Le phénomène passe d’apparence trompeuse à objet légitime de l’enquête philosophique et scientifique.
Liens avec d'autres notions :
  • Apparence : Le phĂ©nomène comme apparence, par opposition Ă  l’essence.
  • ExpĂ©rience : Le phĂ©nomène est ce qui se donne Ă  l’expĂ©rience.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

Le phénomène devient le point de départ de la connaissance scientifique (expérimentation, observation). Il désigne ce qui se manifeste à un sujet, ce qui est accessible à l’expérience, par opposition à la réalité en soi (chose en soi chez Kant).

  • RenĂ© Descartes : Distingue les phĂ©nomènes, qui sont les effets sensibles, des causes rĂ©elles Ă  dĂ©couvrir par la raison.
    "Ce que nous nommons phénomène n’est qu’une modification de notre perception."
  • Immanuel Kant : Distingue le phĂ©nomène (ce qui apparaĂ®t Ă  nous selon nos formes de sensibilitĂ© et de comprĂ©hension) du noumène (la chose en soi, inaccessible).
    "Nous ne connaissons des choses que les phénomènes, non les choses en soi."
Usages et débats : Débats sur la possibilité de connaître autre chose que des phénomènes, sur l’opposition phénomène/noumène, sur la valeur de l’expérience.
Changements de signification : Le phénomène devient ce qui est accessible à la connaissance, mais limité aux conditions du sujet connaissant.
Liens avec d'autres notions :
  • Noumène : Chez Kant, le noumène est la chose en soi, inaccessible, par opposition au phĂ©nomène.
  • Perception : Le phĂ©nomène dĂ©pend des conditions de la perception.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le phénomène (français : phénomène ; anglais : phenomenon ; allemand : Phänomen) devient central en phénoménologie (Husserl, Heidegger) : il désigne ce qui se manifeste à la conscience, ce qui est donné, avant toute interprétation ou explication. Le phénomène n’est plus seulement apparence, mais ce qui est tel qu’il se montre. Les sciences s’intéressent aux phénomènes observables, mesurables.

  • Edmund Husserl : Fonde la phĂ©nomĂ©nologie comme Ă©tude des phĂ©nomènes tels qu’ils apparaissent Ă  la conscience, sans prĂ©supposer une rĂ©alitĂ© sous-jacente.
    "Aller aux choses mêmes, c’est aller aux phénomènes."
  • Martin Heidegger : RedĂ©finit le phĂ©nomène comme « ce qui se montre en soi », ce qui vient Ă  la lumière de l’apparaĂ®tre.
    "Le phénomène, c’est ce qui se montre, ce qui apparaît en se manifestant."
Usages et débats : Débats sur l’accès à la réalité à travers les phénomènes, sur la réduction phénoménologique, sur la distinction fait/interprétation.
Changements de signification : Le phénomène devient ce qui est donné à la conscience, non plus simple apparence, mais champ d’investigation privilégié.
Liens avec d'autres notions :
  • PhĂ©nomĂ©nologie : La science des phĂ©nomènes tels qu’ils se donnent Ă  la conscience.
  • Conscience : Le phĂ©nomène est ce qui apparaĂ®t Ă  la conscience.