Antiquité
Le mystère (grec : mustêrion ; latin : mysterium) désigne ce qui est caché, réservé aux initiés (mystères d’Éleusis, orphisme). Il désigne des rites ou des savoirs secrets, d’accès limité, souvent à dimension religieuse. Le mystère n’est pas l’ignorance pure, mais ce qui ne se livre qu’à travers une initiation.
Usages et débats :
Débats sur la nature du caché, sur la transmission du savoir, sur la différence entre mystère, secret et ignorance.
Changements de signification :
Le mystère passe de rite ou savoir initiatique à une catégorie du caché.
Liens avec d'autres notions :
-
Initiation :
Le mystère suppose un accès progressif par des rites ou un apprentissage.
-
Secret :
Le mystère n’est pas toujours secret absolu, il est parfois dévoilable.
Moyen Âge
Le mystère désigne le dogme religieux caché, au-delà de la raison humaine (mystères de la Trinité, Incarnation, etc.). Il est objet de foi, non de savoir rationnel. Le mystère devient central dans la théologie chrétienne.
Usages et débats :
Débats sur la distinction entre mystère de foi et vérité rationnelle, sur l’intelligibilité du dogme.
Changements de signification :
Le mystère devient ce qui doit être cru sans être compris entièrement.
Liens avec d'autres notions :
-
Foi :
Le mystère est objet de foi et non de démonstration.
-
Révélation :
Le mystère est rendu accessible par la révélation divine.
Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)
Le mystère est vu parfois comme obstacle à la raison, parfois comme horizon de la pensée. Les Lumières cherchent à dissiper les mystères par la raison, mais le romantisme valorise l’irréductible mystère du monde.
-
Voltaire :
Critique les mystères religieux comme sources d’obscurantisme.
"Ce que vous appelez mystère n’est souvent que l’ignorance."
-
Emmanuel Kant :
Reconnaît que la raison rencontre des limites : le mystère devient ce qui excède la pensée humaine.
"Deux choses remplissent le cœur d’admiration : le ciel étoilé au-dessus de moi, la loi morale en moi."
Usages et débats :
Débats sur l’opposition raison/mystère, sur la légitimité de la croyance en des mystères.
Changements de signification :
Le mystère passe d’objet de foi à limite de la raison, voire à expression poétique.
Liens avec d'autres notions :
-
Raison :
La raison cherche à dissiper le mystère, mais rencontre parfois ses propres limites.
-
Obscurantisme :
Le mystère peut être vu comme obstacle à la connaissance.
Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)
Le mystère (français : mystère ; anglais : mystery ; allemand : Mysterium) désigne ce qui échappe à l’explication totale, ce qui demeure inépuisable, que ce soit dans la science, l’art, l’existence. Il est aussi valorisé dans la littérature (roman policier, fantastique) et en phénoménologie.
Usages et débats :
Débats sur le mystère en science, en art, dans la vie : doit-on chercher à toujours tout expliquer ?
Changements de signification :
Le mystère devient ressource existentielle, esthétique, voire scientifique (mystère de la conscience, de la vie, etc.).
Liens avec d'autres notions :
-
Problème :
Le mystère s’oppose au problème, qui admet une solution.
-
Existence :
Le mystère est vécu, non seulement pensé.