mystère


Antiquité

Le mystère (grec : mustêrion ; latin : mysterium) désigne ce qui est caché, réservé aux initiés (mystères d’Éleusis, orphisme). Il désigne des rites ou des savoirs secrets, d’accès limité, souvent à dimension religieuse. Le mystère n’est pas l’ignorance pure, mais ce qui ne se livre qu’à travers une initiation.

  • Platon : Utilise l’idĂ©e de mystères pour dĂ©signer la connaissance supĂ©rieure, rĂ©servĂ©e Ă  ceux ayant franchi des Ă©tapes de purification.
    "Il y a des vérités qui ne se dévoilent qu’aux initiés."
Usages et débats : Débats sur la nature du caché, sur la transmission du savoir, sur la différence entre mystère, secret et ignorance.
Changements de signification : Le mystère passe de rite ou savoir initiatique à une catégorie du caché.
Liens avec d'autres notions :
  • Initiation : Le mystère suppose un accès progressif par des rites ou un apprentissage.
  • Secret : Le mystère n’est pas toujours secret absolu, il est parfois dĂ©voilable.

Moyen Âge

Le mystère désigne le dogme religieux caché, au-delà de la raison humaine (mystères de la Trinité, Incarnation, etc.). Il est objet de foi, non de savoir rationnel. Le mystère devient central dans la théologie chrétienne.

  • Thomas d’Aquin : Affirme que certains vĂ©ritĂ©s (mystères) dĂ©passent la raison, sont accessibles seulement par la rĂ©vĂ©lation.
    "Le mystère ne contredit pas la raison, mais la dépasse."
Usages et débats : Débats sur la distinction entre mystère de foi et vérité rationnelle, sur l’intelligibilité du dogme.
Changements de signification : Le mystère devient ce qui doit être cru sans être compris entièrement.
Liens avec d'autres notions :
  • Foi : Le mystère est objet de foi et non de dĂ©monstration.
  • RĂ©vĂ©lation : Le mystère est rendu accessible par la rĂ©vĂ©lation divine.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

Le mystère est vu parfois comme obstacle à la raison, parfois comme horizon de la pensée. Les Lumières cherchent à dissiper les mystères par la raison, mais le romantisme valorise l’irréductible mystère du monde.

  • Voltaire : Critique les mystères religieux comme sources d’obscurantisme.
    "Ce que vous appelez mystère n’est souvent que l’ignorance."
  • Emmanuel Kant : ReconnaĂ®t que la raison rencontre des limites : le mystère devient ce qui excède la pensĂ©e humaine.
    "Deux choses remplissent le cœur d’admiration : le ciel étoilé au-dessus de moi, la loi morale en moi."
Usages et débats : Débats sur l’opposition raison/mystère, sur la légitimité de la croyance en des mystères.
Changements de signification : Le mystère passe d’objet de foi à limite de la raison, voire à expression poétique.
Liens avec d'autres notions :
  • Raison : La raison cherche Ă  dissiper le mystère, mais rencontre parfois ses propres limites.
  • Obscurantisme : Le mystère peut ĂŞtre vu comme obstacle Ă  la connaissance.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le mystère (français : mystère ; anglais : mystery ; allemand : Mysterium) désigne ce qui échappe à l’explication totale, ce qui demeure inépuisable, que ce soit dans la science, l’art, l’existence. Il est aussi valorisé dans la littérature (roman policier, fantastique) et en phénoménologie.

  • Gabriel Marcel : Distingue problème (rĂ©soluble) et mystère (irrĂ©ductible Ă  la solution, vĂ©cu existentiel).
    "Le mystère est ce dans quoi je suis impliqué, que je ne peux pas réduire à un objet."
Usages et débats : Débats sur le mystère en science, en art, dans la vie : doit-on chercher à toujours tout expliquer ?
Changements de signification : Le mystère devient ressource existentielle, esthétique, voire scientifique (mystère de la conscience, de la vie, etc.).
Liens avec d'autres notions :
  • Problème : Le mystère s’oppose au problème, qui admet une solution.
  • Existence : Le mystère est vĂ©cu, non seulement pensĂ©.