mal


Antiquité

La notion de mal (grec : kakon ; latin : malum) est d’abord comprise comme ce qui nuit, ce qui est contraire au bien, à l’ordre, à la nature. Pour Platon, le mal est lié à l’ignorance et à la privation de bien. Chez les stoïciens, le mal est ce qui s’oppose à la vertu, mais il n’a pas de réalité propre : seul le bien existe en soi.

  • Platon : Le mal n’a pas d’existence autonome, il est privation ou ignorance du bien.
    "Nul n’est méchant volontairement."
  • Épicure : Le mal est ce qui cause douleur et trouble, mais il est relatif aux sensations et aux jugements.
    "Le mal est facile à supporter, car il est soit bref, soit léger."
Usages et débats : Débats sur la réalité du mal : est-il une force, une absence, une illusion ? Sur l’origine du mal moral et du mal physique.
Changements de signification : Le mal passe d’une réalité quasi cosmique à un défaut ou une privation.
Liens avec d'autres notions :
  • Bien : Le mal est dĂ©fini par opposition au bien.
  • Ignorance : Le mal comme ignorance ou absence de connaissance.

Moyen Âge

Le mal est pensé à la fois comme mal physique (souffrance, maladie) et mal moral (péché, faute). Dans la tradition chrétienne, le mal est souvent conçu comme privation de bien (privationis boni), non comme substance. Le problème du mal devient une question majeure (théodicée) : comment concilier l’existence du mal avec celle d’un Dieu bon et tout-puissant ?

  • Augustin d’Hippone : Affirme que le mal n’est pas une substance, mais une privation de bien.
    "Le mal n’a pas de nature propre, mais il est la privation du bien."
  • Thomas d’Aquin : Distingue le mal physique (dĂ©faut dans la nature) et le mal moral (dĂ©faut dans la volontĂ©).
    "Le mal moral procède d’un défaut de la volonté."
Usages et débats : Débats sur la nature du mal, la responsabilité, le péché, la liberté, la providence.
Changements de signification : Le mal devient problème métaphysique et théologique (théodicée).
Liens avec d'autres notions :
  • PĂ©chĂ© : Le mal moral comme pĂ©chĂ© contre la loi divine.
  • ThĂ©odicĂ©e : Justification du mal dans un monde créé par Dieu.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

La question du mal oppose rationalistes (Leibniz) et sceptiques (Voltaire). Leibniz propose que le mal est nécessaire à l’ordre du monde (le « meilleur des mondes possibles »). Voltaire dénonce l’optimisme et insiste sur le scandale du mal (Candide).

  • Gottfried Wilhelm Leibniz : ThĂ©orie du mal comme composante nĂ©cessaire d’un ordre globalement bon.
    "Ce monde est le meilleur des mondes possibles."
  • Voltaire : Critique l’optimisme leibnizien, souligne l’absurditĂ© et la cruautĂ© du mal.
    "Tout est bien, disait-il, et il n’en croyait rien."
Usages et débats : Débats sur la justification du mal, la liberté, la responsabilité, la souffrance.
Changements de signification : Le mal devient scandale, énigme, problème moral et politique.
Liens avec d'autres notions :
  • Optimisme : L’optimisme de Leibniz face Ă  l’existence du mal.
  • LibertĂ© : Le mal, consĂ©quence possible de la libertĂ© humaine.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le mal (français : mal ; anglais : evil ; allemand : das Böse) est analysé sous ses formes extrêmes (mal radical, banalité du mal, mal social, mal psychique). Kant parle d’un « mal radical » enraciné dans la nature humaine. Arendt analyse la banalité du mal dans le contexte du totalitarisme. Freud étudie le mal comme pulsion destructrice.

  • Immanuel Kant : DĂ©veloppe la notion de mal radical, inscrit dans la libertĂ© humaine.
    "Le mal est un penchant naturel présent dans chaque homme."
  • Hannah Arendt : DĂ©crit la banalitĂ© du mal : le mal peut ĂŞtre commis sans haine, par conformisme et absence de pensĂ©e.
    "Le mal est banal, il peut être l’œuvre d’hommes ordinaires."
  • Sigmund Freud : Analyse le mal comme expression de pulsions destructrices (pulsion de mort, Thanatos).
    "L’homme n’est pas une créature douce, il porte en lui une forte part d’agressivité."
Usages et débats : Débats sur les formes du mal (radical, banal, systémique), sur le mal social, politique, psychique.
Changements de signification : Le mal est pluralisé, psychologisé, sociologisé, politisé.
Liens avec d'autres notions :
  • BanalitĂ© du mal : Concept d’Arendt sur le mal commis sans intention dĂ©moniaque.
  • Pulsion de mort : Chez Freud, le mal comme force psychique destructrice.