Antiquité
La mémoire (grec : mnêmê, latin : memoria) est considérée à la fois comme faculté naturelle de l’âme et comme technique (mnémotechnique) permettant de conserver et de rappeler le passé. Platon distingue la mémoire sensible (les souvenirs) et la réminiscence (mémoire des Idées de l’âme). Aristote analyse la mémoire comme faculté animale, liée à l’imagination.
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Platon :
Distingue la mémoire des choses sensibles et la réminiscence des Idées, mémoire de l’âme immortelle.
"Apprendre, c’est se ressouvenir."
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Aristote :
Voit la mémoire comme faculté de conserver les images du passé, propre aux animaux dotés de représentation.
"La mémoire est une disposition à conserver l’image du passé."
Usages et débats :
Débats sur les rapports entre mémoire, imagination et connaissance ; sur la distinction entre mémoire sensible et mémoire intellectuelle.
Changements de signification :
La mémoire oscille entre faculté naturelle et technique culturelle.
Liens avec d'autres notions :
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Réminiscence :
Chez Platon, mémoire originelle de l’âme.
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Imagination :
Lien entre mémoire et images mentales chez Aristote.
Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)
La mémoire est étudiée comme faculté psychologique fondamentale, condition de l’identité personnelle (Locke), de l’apprentissage (empiristes). Descartes la distingue de l’imagination et de l’entendement. Les philosophes s’interrogent sur la fidélité et les illusions de la mémoire.
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René Descartes :
Distingue la mémoire (conservation des idées) de l’imagination (création d’images nouvelles).
"La mémoire n’est qu’une conservation de l’idée."
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John Locke :
Fait de la mémoire le fondement de l’identité personnelle : le même individu est celui qui se souvient de ses actions passées.
"La conscience, unie à la mémoire, fait la même personne."
Usages et débats :
Débats sur la mémoire comme garantie de l’identité, sur la distinction entre souvenirs vrais et faux, sur l’oubli.
Changements de signification :
La mémoire devient critère d’identité et d’unité du sujet.
Liens avec d'autres notions :
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Identité :
La mémoire fonde la continuité de la personne.
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Conscience :
Lien entre mémoire et conscience de soi.
Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)
La mémoire (français : mémoire ; anglais : memory ; allemand : Gedächtnis) est analysée par la psychologie (mémoire individuelle, collective), la psychanalyse (souvenirs refoulés), la neurobiologie (mémoire cérébrale). Bergson distingue mémoire-habitude (corporelle, automatique) et mémoire pure (spirituelle, souvenir). Halbwachs fonde la notion de mémoire collective.
Usages et débats :
Débats sur la nature (individuelle, collective, inconsciente, biologique) et la fiabilité de la mémoire ; sur mémoire et histoire.
Changements de signification :
La mémoire devient objet d’étude pluridisciplinaire (psychologie, sociologie, neurosciences).
Liens avec d'autres notions :
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Souvenir :
Acte de remémoration individuelle.
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Oubli :
L’oubli, envers de la mémoire, est aussi étudié.
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Mémoire collective :
Notion centrale en sociologie contemporaine.