je


Antiquité

La notion de « je » (sujet, ego, moi) n’est pas explicitement formulée, mais la question de la subjectivité et de l’identité personnelle apparaît chez les philosophes grecs. Platon et Aristote parlent de l’âme (psychè) comme principe d’individuation, mais sans faire du « je » un sujet réflexif autonome.

  • Platon : L’âme est principe de vie et d’unité du sujet, mais le « je » conscient n’est pas au centre.
    "L’âme, tant qu’elle est en elle-même, considère ce qui est en elle-même."
  • Plotin : Développe la notion de subjectivité intérieure, l’Un comme source du moi.
    "Rentre en toi-même ; au-dedans de l’homme habite la vérité."
Usages et débats : Débats sur l’identité, la conscience, la permanence de l’âme.
Changements de signification : Le « je » reste un principe implicite, lié à la psychè.
Liens avec d'autres notions :
  • Âme : Le « je » est lié à l’existence de l’âme individuelle.
  • Individu : Le « je » comme principe d’individuation.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

Le « je » devient notion centrale avec Descartes, qui fait de la subjectivité le fondement de la certitude : « Je pense, donc je suis ». Le « je » est le sujet de la pensée, conscience réflexive, point d’origine de toute certitude (Descartes, Kant).

  • René Descartes : Fonde la philosophie sur la certitude du « je » pensant (cogito).
    "Je pense, donc je suis."
  • Immanuel Kant : Distingue le « je » empirique (moi vécu) et le « je » transcendantal (condition de possibilité de l’expérience).
    "Le ‘je pense’ doit pouvoir accompagner toutes mes représentations."
Usages et débats : Débats sur la nature du « je » : substance, acte, structure. Sur la distinction entre « je » empirique et transcendantal.
Changements de signification : Le « je » devient le sujet de la connaissance, point de départ de la philosophie moderne.
Liens avec d'autres notions :
  • Cogito : Le « je » comme sujet de la certitude cartésienne.
  • Transcendantal : Chez Kant, le « je » comme condition de possibilité de l’expérience.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Le « je » (français : je ; allemand : Ich ; anglais : I) devient objet de débats en phénoménologie (Husserl), psychologie (Freud), philosophie de la subjectivité (Sartre). On distingue le « je » comme acteur conscient, le « moi » psychologique, et l’inconscient.

  • Edmund Husserl : Le « je » pur est le pôle de la conscience, source de constitution du sens.
    "Le ‘je’ transcendantal est le centre d’orientation de tous les vécus."
  • Sigmund Freud : Le « je » (das Ich) est une instance psychique, médiateur entre le Ça et le Surmoi.
    "Où était le Ça, le je doit advenir."
  • Jean-Paul Sartre : Le « je » est acte de liberté, sujet projetant ses choix.
    "Le ‘je’ n’est rien d’autre que ce qu’il se fait."
Usages et débats : Débats sur l’unité du « je », sur la division interne (inconscient), sur l’authenticité et la liberté du sujet.
Changements de signification : Le « je » se pluralise (moi, soi, inconscient), devient problématique et non transparent à lui-même.
Liens avec d'autres notions :
  • Moi : Différence entre ‘je’ sujet et ‘moi’ objet de la psychologie.
  • Inconscient : Le ‘je’ n’est pas maître dans sa propre maison (Freud).