immanent


Antiquité

Le terme « immanent » (du latin immanere : « demeurer dans ») n’est pas explicitement utilisé, mais la distinction entre immanence et transcendance apparaît dans la philosophie grecque. Chez Aristote, la forme est immanente à la matière : elle existe dans les choses elles-mêmes, contrairement à Platon pour qui les Idées sont transcendantes, séparées du monde sensible.

  • Aristote : Il affirme que les causes et les formes sont immanentes, c’est-Ă -dire prĂ©sentes dans la rĂ©alitĂ© concrète.
    "La forme n’est pas séparée de la matière, elle est dans la chose."
Usages et débats : Débats sur la présence du principe dans la chose (immanence) ou hors de la chose (transcendance).
Changements de signification : Première opposition entre ce qui est « dans » (immanent) et « au-delà » (transcendant) du monde.
Liens avec d'autres notions :
  • Transcendance : L’immanence s’oppose Ă  la transcendance (principe extĂ©rieur ou supĂ©rieur Ă  la rĂ©alitĂ©).
  • Forme : La forme est immanente Ă  la matière chez Aristote.

Moyen Âge

Dans la théologie chrétienne, Dieu est le plus souvent conçu comme transcendant (au-delà du monde), mais certains courants (panthéisme, mystique) insistent sur l’immanence divine : Dieu est présent dans toutes choses.

  • MaĂ®tre Eckhart : DĂ©veloppe l’idĂ©e d’une prĂ©sence immanente de Dieu dans l’âme.
    "Dieu est plus intime Ă  moi que moi-mĂŞme."
Usages et débats : Débats entre théologies de la transcendance (Dieu séparé du monde) et de l’immanence (Dieu présent dans le monde).
Changements de signification : L’immanence prend un sens spirituel, lié à la présence de Dieu dans l’être humain.
Liens avec d'autres notions :
  • Mystique : La mystique chrĂ©tienne insiste sur l’immanence divine.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

Avec Spinoza, la philosophie de l’immanence s’affirme radicalement : Dieu ou la Nature est cause de soi, tout est en Dieu, il n’y a pas de principe extérieur au monde.

  • Baruch Spinoza : Élabore une philosophie de l’immanence absolue : Dieu est la Nature, il n’y a rien en dehors.
    "Deus sive Natura" (Dieu ou la Nature).
Usages et débats : Débats sur le panthéisme, l’immanence contre la transcendance, la cause de soi.
Changements de signification : L’immanence devient le principe d’unité du monde, sans intervention extérieure.
Liens avec d'autres notions :
  • PanthĂ©isme : L’immanence radicale s’exprime dans le panthĂ©isme spinoziste.
  • Cause de soi : La substance spinoziste est cause immanente d’elle-mĂŞme.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

L’immanence (français : immanence ; anglais : immanence ; allemand : Immanenz) désigne ce qui appartient à un ordre, une réalité, sans faire appel à un principe extérieur ou transcendant. En philosophie contemporaine (Bergson, Deleuze), l’immanence s’oppose à toute hiérarchie, à toute transcendance ; elle signifie l’autonomie et l’autoproduction du réel.

  • Henri Bergson : DĂ©fend une philosophie de l’immanence du temps et de la vie.
    "Il n’y a rien en dehors du mouvement de la vie elle-même."
  • Gilles Deleuze : Fait de l’immanence un plan d’existence pure, sans transcendance, sans extĂ©rioritĂ©.
    "Un seul et même plan d’immanence pour tout ce qui existe."
Usages et débats : Débats sur l’immanence en métaphysique, en éthique, en politique (immanence de la loi, de la vie).
Changements de signification : L’immanence devient principe d’autonomie, de création interne, d’égalité ontologique.
Liens avec d'autres notions :
  • Autonomie : L’immanence implique l’autonomie du rĂ©el.
  • CrĂ©ation : L’immanence dĂ©signe la capacitĂ© de crĂ©er Ă  partir de soi.