Antiquité
Le concept d’« image » (grec : εἰκών, eikôn ; φάντασμα, phantasma ; latin : imago, species) est central dans la réflexion sur la perception, la mémoire, la représentation, l’art et la connaissance. L’« image » peut désigner la copie sensible d’un modèle, la trace laissée dans l’âme par la perception, ou la représentation mentale. Platon distingue l’image comme copie ou simulacre (eikôn) du modèle intelligible (idée), tandis qu’Aristote analyse l’image comme phantasma, support de la pensée et de la mémoire.
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Platon :
Il distingue le monde des Idées (eidos) du monde sensible, qui n’est qu’une image (eikôn) dégradée, une imitation imparfaite. L’image peut aussi être trompeuse, simple apparence (phantasma).
"La réalité sensible n’est qu’une image (eikôn) des Idées, un reflet imparfait." (La République, VI, 510a)
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Aristote :
Il fait du phantasma (image mentale issue de la sensation) un intermédiaire nécessaire entre la perception et la pensée. L’image est ce par quoi l’âme pense et se souvient.
"L’âme ne pense jamais sans image (aneu phantasmatos)." (De l’âme, III, 7, 431a15)
Usages et débats :
Débats sur la valeur cognitive de l’image, sa fidélité ou son caractère trompeur, sa place dans la connaissance et la mémoire, la distinction entre image, modèle, copie et simulacre.
Changements de signification :
L’image passe de la simple copie (eikôn) à la représentation mentale (phantasma) et à l’outil de la pensée.
Liens avec d'autres notions :
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Idée (eidos) :
L’image est la copie ou l’ombre de l’Idée chez Platon.
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Simulacre (phantasma) :
L’image peut être simple apparence ou illusion.
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Mémoire (mnêmê) :
L’image est le support du souvenir chez Aristote.
Moyen Âge
Le terme latin 'imago' désigne aussi bien l’image matérielle (icône, représentation artistique) que l’image mentale. La réflexion médiévale porte sur la valeur des images religieuses, leur rapport au modèle divin, ainsi que sur le rôle de l’image mentale dans la connaissance et la mémoire.
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Saint Augustin :
Il distingue l’image sensible (imago) de l’image mentale (species, phantasia), et analyse l’image de Dieu dans l’homme (imago Dei).
"L’homme est créé à l’image (imago) de Dieu." (De Trinitate, XIV, 12)
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Thomas d’Aquin :
Il distingue l’image comme représentation extérieure (imago) et comme espèce sensible/intellectuelle, support de la connaissance.
"Nous ne pouvons rien comprendre sans images (phantasmata)." (Somme théologique, I, q.84, a.7)
Usages et débats :
Débats sur le culte des images (iconoclasme), la médiation de l’image dans la connaissance, la différence entre image réelle et imaginaire.
Changements de signification :
L’image devient aussi médiation entre l’humain et le divin, support de la mémoire et de la pensée.
Liens avec d'autres notions :
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Imago Dei :
Image de Dieu dans l’homme, fondement de la dignité humaine.
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Espèce sensible/intellectuelle (species) :
Médiation mentale entre la chose et la connaissance.
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Icône :
Image religieuse, objet de vénération mais non d’adoration.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
Le concept d’image (latin : imago, species ; français : image ; anglais : image) désigne la représentation mentale, la copie des objets dans l’esprit, ou la représentation artistique. Les débats portent sur la nature des images mentales, leur rôle dans la connaissance, la distinction entre image sensorielle et idée pure.
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René Descartes :
Il distingue les idées claires et distinctes (pures) des images issues de l’imagination. Les images mentales (imagines) ne sont pas nécessaires à la pensée pure.
"Je puis penser un triangle même sans image corporelle de triangle." (Méditations métaphysiques, VI)
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John Locke :
Il considère que toutes nos idées dérivent de l’expérience sensible, sous forme d’images mentales, qui sont des copies des sensations.
"La mémoire est la conservation d’une perception, une idée ou une image." (Essai sur l’entendement humain, II, 10)
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David Hume :
Il distingue impressions (sensations vives) et idées (copies affaiblies de ces impressions, souvent images mentales).
"Toutes nos idées sont des copies de nos impressions, c’est-à -dire des images affaiblies." (Traité de la nature humaine, I, 1)
Usages et débats :
Débats sur l’origine des images mentales, leur fidélité, leur rôle ou leur nécessité pour la pensée abstraite.
Changements de signification :
L’image désigne surtout la représentation mentale individuelle, occasionnellement la représentation artistique.
Liens avec d'autres notions :
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Imagination :
Faculté de produire des images mentales.
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Idée :
Chez Locke et Hume, l’idée est une image mentale affaiblie.
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Perception :
Les images dérivent des perceptions sensibles.
Époque moderne (XIXe siècle)
L’image (allemand : Bild ; anglais : image) devient objet d’étude en psychologie, esthétique et sémiologie. On distingue image objective (tableau, photographie) et image subjective (représentation mentale), et on analyse la fonction symbolique, la mémoire et l’imagination créatrice.
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Sigmund Freud :
Il fait de l’image mentale (Bild, Vorstellung) un matériau du rêve, du symptôme et de l’imagination inconsciente.
"Le rêve est une réalisation (hallucinatoire) de désir, sous forme d’images." (L’interprétation du rêve, 1900)
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Charles Sanders Peirce :
Il distingue l’icône (image par ressemblance), le symbole (par convention) et l’indice (par contiguïté) dans sa théorie des signes.
"Un icône est un signe qui représente son objet principalement par sa similarité." (Collected Papers, 2.276)
Usages et débats :
Débats sur la fonction de l’image dans la mémoire, l’inconscient, la création artistique, la communication symbolique.
Changements de signification :
L’image prend une dimension psychologique, symbolique et sémiotique.
Liens avec d'autres notions :
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Signe :
L’image devient un type de signe (icône) dans la sémiologie.
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Rêve :
L’image est le matériau de l’activité onirique.
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Symbole :
L’image peut être investie d’une signification symbolique.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
Le concept d’image (anglais : image ; allemand : Bild) est central en phénoménologie, psychologie cognitive, sémiologie, et sciences sociales. On distingue image mentale, image médiatique, image numérique, image sociale, etc. L’image est analysée comme construction, médiation, code, et support d’interactions symboliques.
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Maurice Merleau-Ponty :
Il étudie la perception et l’image comme modalités du corps propre : l’image n’est pas simple copie mais expérience incarnée.
"L’image n’est pas une copie, mais une expérience vécue." (Phénoménologie de la perception, 1945)
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Roland Barthes :
Il analyse l’image photographique comme message codé, porteur de sens et de mythes sociaux.
"La photographie est un message sans code apparent, mais porteur de signification." (La Chambre claire, 1980)
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Jean-François Lyotard :
Il s’interroge sur la prolifération des images à l’ère numérique et leur rôle dans la société postmoderne.
"L’image n’est plus la copie d’un modèle, mais un flux, une multiplicité sans origine." (Le Postmoderne expliqué aux enfants, 1986)
Usages et débats :
Débats sur la fonction et le statut des images dans la culture de masse, la distinction entre image et réalité, la manipulation par l’image, la place de l’image dans la connaissance et l’action.
Changements de signification :
L’image devient un phénomène complexe, à la croisée du psychique, du social, du technique et du symbolique.
Liens avec d'autres notions :
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Médiation :
L’image est un intermédiaire entre la réalité et la représentation, entre l’individu et la société.
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Numérique :
L’image devient support d’information et de communication technique.
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Imagerie mentale :
Étude scientifique des images produites par la pensée.