identité


Antiquité

Le mot 'identité' n’existe pas, mais les philosophes s’interrogent sur ce qui fait qu’une chose reste la même à travers le changement, sur la permanence de l’âme, du corps ou de la cité. La question de l’identité est abordée à travers les notions d’être, de substance, de même et d’autre, de continuité.

  • ParmĂ©nide : Il pose l’idĂ©e d’un ĂŞtre immuable, identique Ă  lui-mĂŞme, sans changement ni altĂ©ration. Pour lui, le vrai ĂŞtre ne change jamais.
    "L’être est, le non-être n’est pas." (De la nature, fragment 2)
  • Platon : Il distingue le monde sensible (oĂą tout change) et le monde des IdĂ©es (oĂą chaque IdĂ©e est parfaitement identique Ă  elle-mĂŞme). Il s’interroge aussi sur ce qui fait la continuitĂ© de l’âme Ă  travers la vie.
    "Ce qui est toujours identique à soi, n’admet ni génération ni corruption." (Phédon, 78d)
  • Aristote : Il introduit la notion de substance : ce qui reste le mĂŞme Ă  travers les changements accidentels. Il s’intĂ©resse Ă  ce qui fait qu’un ĂŞtre est ce qu’il est et demeure le mĂŞme.
    "La substance est ce qui existe en soi et reste identique à travers les changements." (Métaphysique, VII, 3, 1029a)
Usages et débats : Débats sur la permanence et le changement, sur le même et l’autre, sur ce qui garantit la continuité d’un être ou d’une chose.
Changements de signification : L’idée d’identité reste principalement liée à la question de la stabilité de l’être au sein du changement.
Liens avec d'autres notions :
  • Substance : La substance est ce qui assure l’identitĂ© Ă  travers le changement.
  • MĂŞme et autre : Penser l’identitĂ©, c’est aussi penser l’altĂ©ritĂ©.
  • Ă‚me : L’âme est parfois vue comme le principe de l’identitĂ© de la personne.

Moyen Âge

L’identité est pensée dans le cadre du christianisme, surtout à propos de l’âme, du salut et de la personne. On réfléchit à la question de la résurrection : comment la même personne peut-elle persister à travers la mort ?

  • Saint Augustin : Il se demande ce qui fait que l’homme reste le mĂŞme malgrĂ© le temps : il met l’accent sur la mĂ©moire comme garant de l’identitĂ© personnelle.
    "C’est la mémoire qui fait de moi ce que je suis." (Les Confessions, X, 8)
  • Thomas d’Aquin : Il distingue l’identitĂ© de la substance (l’âme) et celle du corps. Pour lui, l’âme individuelle garantit l’identitĂ© de la personne, mĂŞme après la mort.
    "L’âme rationnelle subsiste après la mort, conservant l’identité de la personne." (Somme théologique, I, q.75, a.2)
Usages et débats : Débats sur la résurrection, la réincarnation, le rapport entre l’âme et le corps, la mémoire, la continuité du moi.
Changements de signification : L’identité prend une dimension spirituelle et personnelle, liée à la mémoire et à la survie de l’âme.
Liens avec d'autres notions :
  • Personne : L’identitĂ© est pensĂ©e Ă  travers la notion de personne individuelle.
  • MĂ©moire : La mĂ©moire devient principe de continuitĂ© du moi.
  • RĂ©surrection : DĂ©bat sur la persistance de l’identitĂ© après la mort.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

L’identité devient un problème philosophique majeur, notamment avec le développement de la réflexion sur le sujet, la conscience, le moi. On se demande ce qui fait qu’une personne reste la même à travers le temps, en dépit des changements de corps, de pensée, d’expériences.

  • RenĂ© Descartes : Il fonde l’identitĂ© du sujet sur la pensĂ©e : 'je pense, donc je suis'. La conscience de soi assure la permanence du moi.
    "Je suis, j’existe, toutes les fois que je pense." (Méditations métaphysiques, II)
  • John Locke : Il propose la thĂ©orie de l’identitĂ© personnelle comme continuitĂ© de la conscience : c’est la mĂ©moire qui fait que je suis le mĂŞme, et non la substance (âme ou corps).
    "La conscience qui accompagne la pensée fait l’identité personnelle." (Essai sur l’entendement humain, II, 27)
  • David Hume : Il critique l’idĂ©e d’un moi stable : l’identitĂ© personnelle n’est qu’une fiction produite par l’habitude de relier des perceptions diffĂ©rentes.
    "Le moi n’est qu’un faisceau ou une collection de perceptions différentes." (Traité de la nature humaine, I, IV, 6)
Usages et débats : Débats sur la réalité du moi, la continuité de la conscience, la mémoire, l’identité du corps et de l’âme.
Changements de signification : L’identité devient problème de la conscience, de la mémoire, et de la construction du sujet.
Liens avec d'autres notions :
  • Conscience : La conscience de soi est le critère moderne de l’identitĂ©.
  • MĂ©moire : La mĂ©moire relie les Ă©tats successifs du moi.
  • Fiction du moi : Pour Hume, l’identitĂ© personnelle est une construction, non une rĂ©alitĂ© substantielle.

Époque moderne (XIXe siècle)

L’identité est explorée sous l’angle de la psychologie, de l’histoire, de la société. On insiste sur la formation de l’identité à travers la reconnaissance, le langage, l’inconscient, les structures sociales. L’identité devient aussi un enjeu social et collectif.

  • Georg Wilhelm Friedrich Hegel : Il pense l’identitĂ© du sujet Ă  travers la dialectique de la reconnaissance : le moi se constitue dans sa relation Ă  autrui et Ă  l’histoire.
    "La conscience de soi n’atteint sa vérité que dans la reconnaissance d’une autre conscience." (Phénoménologie de l’esprit, IV)
  • Sigmund Freud : Il introduit la notion d’inconscient : l’identitĂ© n’est plus transparente Ă  elle-mĂŞme, elle est traversĂ©e par des dĂ©sirs, des conflits inconscients.
    "Le moi n’est pas maître dans sa propre maison." (Introduction à la psychanalyse, 1916)
  • Émile Durkheim : Il pense l’identitĂ© comme fait social : l’individu se construit Ă  travers l’intĂ©gration dans des groupes, des rĂ´les, des normes.
    "La société façonne l’individu comme elle façonne les choses." (L’éducation morale, 1902)
Usages et débats : Débats sur la reconnaissance, l’aliénation, la formation de l’identité sociale, les identités collectives, l’influence de l’inconscient.
Changements de signification : L’identité devient dynamique, relationnelle, traversée par la société, l’histoire et l’inconscient.
Liens avec d'autres notions :
  • Reconnaissance : L’identitĂ© se construit dans le regard et l’estime d’autrui.
  • Inconscient : La part obscure de soi trouble l’unitĂ© de l’identitĂ©.
  • IdentitĂ© sociale : L’appartenance Ă  un groupe façonne l’identitĂ© individuelle.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

L’identité est pensée comme construction, pluralité, processus : on parle d’identités multiples, mouvantes, intersectionnelles. On explore la dimension narrative, la construction de soi par le récit, la reconnaissance, la différence, la diversité culturelle et sexuelle. L’identité devient aussi enjeu politique et revendication de droits.

  • Paul RicĹ“ur : Il distingue l’identitĂ©-idem (mĂŞme) et l’identitĂ©-ipse (soi-mĂŞme, fidĂ©litĂ© Ă  soi). Il met l’accent sur l’identitĂ© narrative : se raconter, c’est se construire.
    "L’identité personnelle est une identité narrative, toujours en construction." (Soi-même comme un autre, 1990)
  • Judith Butler : Elle pense l’identitĂ© (notamment de genre) comme performative : on devient ce que l’on fait, l’identitĂ© est un effet d’actes rĂ©pĂ©tĂ©s, non une essence fixe.
    "Le genre est une identité instituée par la stylisation répétée du corps." (Trouble dans le genre, 1990)
  • Stuart Hall : Il analyse l’identitĂ© comme processus culturel, mobile, marquĂ© par l’histoire, le mĂ©tissage, la diversitĂ©.
    "Les identités sont toujours en devenir, jamais totalement achevées." (Cultural Identity and Diaspora, 1990)
Usages et débats : Débats sur la multiplicité des identités (genre, culture, sexualité), sur la reconnaissance, l’authenticité, la narration de soi, l’identité numérique et virtuelle.
Changements de signification : L’identité n’est plus conçue comme essence stable, mais comme processus, pluralité, narration, enjeu de pouvoir et de reconnaissance.
Liens avec d'autres notions :
  • IdentitĂ© narrative : L’identitĂ© se construit par le rĂ©cit et la mĂ©moire de soi.
  • PerformativitĂ© : L’identitĂ© rĂ©sulte d’actes et de pratiques rĂ©pĂ©tĂ©es, non d’une essence.
  • IntersectionnalitĂ© : Les identitĂ©s s’entrecroisent selon le genre, la race, la classe, etc.
  • Reconnaissance : L’identitĂ© se forge dans la relation Ă  autrui et la validation sociale.