Antiquité
Le concept d’« idée » (grec : idea, eidos ; latin : idea) occupe une place centrale chez Platon, qui en fait le principe de l’intelligible et du réel véritable. Chez Aristote, le terme eidos prend un sens différent, plus proche de forme ou essence. L’« idée » désigne alors tantôt le modèle éternel, tantôt la structure ou la forme d’une chose.
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Platon :
Il fait des Idées (ideai, eidè) des réalités immuables, éternelles et intelligibles, modèles parfaits des choses sensibles. Le monde sensible n’est qu’une copie imparfaite du monde des Idées.
"Il existe une réalité éternelle, l’Idée, dont les choses sensibles ne sont que des images." (Phédon, 100a)
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Aristote :
Il critique la théorie platonicienne des Idées et ramène eidos (forme) à ce qui constitue l’essence individuelle d’une chose. Pour lui, la forme n’existe pas séparément mais dans la substance.
"L’eidos n’est pas séparé, il est ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est." (Métaphysique, VII, 1032a15)
Usages et débats :
Débats sur la réalité des Idées platoniciennes, leur rapport au monde sensible, la distinction entre Idée, forme (eidos) et essence (ousia).
Changements de signification :
L’Idée passe de modèle transcendant (Platon) à principe immanent (Aristote).
Liens avec d'autres notions :
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Forme (eidos) :
Chez Aristote, correspond à la structure ou essence d’un être.
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Essence (ousia) :
L’Idée, chez Platon, est une essence éternelle ; chez Aristote, l’essence s’incarne dans la substance.
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Sensible/intelligible :
L’Idée appartient au monde intelligible, distinct du monde sensible.
Moyen Âge
Le concept d’« idée » (idea) est intégré à la pensée chrétienne, notamment comme modèle dans l’esprit divin (idéa exemplaris). Les idées sont alors les archétypes divins selon lesquels Dieu crée le monde.
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Saint Augustin :
Il identifie les idées à des archétypes éternels présents dans l’esprit de Dieu, modèles de toutes les créatures.
"Les idées sont les raisons principales des choses, contenues dans l’intelligence divine." (De diversis quaestionibus, 46, 2)
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Thomas d’Aquin :
Il reprend la doctrine des idées exemplaires, mais affirme que les idées n’existent qu’en Dieu en tant que modèles de la création.
"Dieu possède en lui-même les idées de toutes choses créées." (Somme théologique, I, q.15, a.1)
Usages et débats :
Débats sur la nature des idées, leur rôle comme modèles divins, leur rapport à la connaissance humaine.
Changements de signification :
L’idée devient archétype divin (idéa exemplaris) et perd sa réalité autonome pour n’exister que dans l’intellect divin.
Liens avec d'autres notions :
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Archétype :
L’idée est le modèle originel dans l’esprit de Dieu.
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Création :
Les idées divines servent de plans à la création.
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Intellect divin :
Lieu où résident les idées éternelles.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
Le terme 'idée' (latin : idea, anglais : idea) prend une importance nouvelle en philosophie moderne. Il devient le nom de toute représentation mentale (Descartes, Locke), de contenu de la pensée (Malebranche), ou d’innéité (Leibniz). Les débats opposent innéisme et empirisme.
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René Descartes :
Il appelle 'idée' tout contenu de la pensée, qu’il soit imaginaire, factice, adventice ou inné. Il distingue idées innées, adventices et factices.
"Par le nom d’idée, j’entends l’image de quelque chose qui est dans la pensée." (Méditations métaphysiques, III)
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John Locke :
Il définit l’idée comme tout objet de l’entendement, niant l’existence des idées innées : toutes les idées viennent de l’expérience.
"L’idée est tout ce que l’esprit perçoit en lui-même ou ce qui est l’objet immédiat de la perception, de la pensée ou de la compréhension." (Essai sur l’entendement humain, II, 8)
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Gottfried Wilhelm Leibniz :
Il défend l’existence d’idées innées, principes ou dispositions inscrites dans l’âme, qui se manifestent à l’occasion de l’expérience.
"Rien n’est dans l’intellect qui n’ait d’abord été dans les sens, sauf l’intellect lui-même." (Nouveaux essais sur l’entendement humain, II, 1, 2)
Usages et débats :
Débats sur l’origine des idées (innées ou acquises), sur leur statut (représentation, contenu de conscience, disposition), sur leur rôle dans la connaissance.
Changements de signification :
L’idée passe de modèle transcendant (Platon, Moyen Âge) à contenu de la pensée individuelle.
Liens avec d'autres notions :
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Innéisme :
Doctrine selon laquelle certaines idées sont présentes dans l’esprit dès la naissance.
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Empirisme :
Doctrine selon laquelle toutes les idées proviennent de l’expérience.
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Représentation :
L’idée devient synonyme de représentation mentale chez les Modernes.
Époque moderne (XIXe siècle)
Le terme 'idée' (allemand : Idee, anglais : idea) se complexifie avec l’idéalisme allemand et les débuts de la psychologie. On distingue entre idée subjective (représentation individuelle) et idée objective (principe universel ou historique).
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Georg Wilhelm Friedrich Hegel :
L’Idée (Idee) est la réalité ultime, le principe de l’histoire et de la logique, qui se réalise à travers la dialectique.
"L’Idée est la réalité véritable, le but de toute évolution." (Encyclopédie des sciences philosophiques, § 213)
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Auguste Comte :
Il réduit les idées à des phénomènes mentaux et souligne leur lien avec le développement social et scientifique.
"Chaque idée correspond à un état social déterminé." (Discours sur l’esprit positif, 1844)
Usages et débats :
Débats sur la fonction de l’idée comme moteur de l’histoire (Hegel) ou comme phénomène psychique (psychologie empirique).
Changements de signification :
L’idée devient à la fois structure universelle de l’esprit (idéalisme) et fait psychologique étudié scientifiquement.
Liens avec d'autres notions :
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Dialectique :
Chez Hegel, l’Idée se déploie dans le processus dialectique.
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Phénomène psychique :
L’idée devient objet d’étude pour la psychologie.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
La notion d’idée (anglais : idea) est analysée dans la phénoménologie, la psychologie cognitive, la philosophie analytique et les sciences sociales. On insiste sur la pluralité des formes d’idées : concept, schème, représentation, image mentale, projet.
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Edmund Husserl :
Il distingue l’idée comme éidos (essence idéale) de la simple image mentale. L’idée est la structure essentielle captée par l’intuition eidétique.
"L’éidos est l’essence idéale, l’Idée pure accessible à l’intuition eidétique." (Idées directrices pour une phénoménologie, 1913)
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Gilles Deleuze :
Il repense l’idée comme multiplicité, problème, schème de différenciation, et non simple représentation.
"L’Idée est un problème, un ensemble de relations différentielles." (Différence et répétition, 1968)
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Ludwig Wittgenstein :
Il critique l’usage imprécis du mot 'idée' et analyse la diversité des jeux de langage où le terme apparaît.
"La signification d’une idée dépend de son usage dans le langage." (Recherches philosophiques, § 43)
Usages et débats :
Débats sur le statut épistémologique et ontologique de l’idée, sur sa diversité (concept, image, intuition, schème), sur ses usages en sciences, art, politique.
Changements de signification :
L’idée n’est plus un modèle unique mais une multiplicité de formes intellectuelles, conceptuelles, perceptives, pratiques.
Liens avec d'autres notions :
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Concept :
Forme abstraite et générale d’idée, centrale en philosophie analytique et sciences.
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Schème :
Structure cognitive organisant l’expérience (Kant, Piaget, psychologie cognitive).
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Représentation mentale :
L’idée est une forme de représentation, mais pas réductible à l’image.