essence


Antiquité

L’essence (grec : ousia, latin : essentia) désigne ce qu’une chose est en elle-même, ce qui fait qu’elle est ce qu’elle est et non autre chose. Pour Platon, l’Essence se confond avec l’Idée, la réalité immuable derrière les apparences. Pour Aristote, l’essence est la forme spécifique d’un être, ce qui le définit au sein d’un genre.

  • Platon : Il identifie l’Essence Ă  l’IdĂ©e : modèle parfait, intelligible, immuable.
    "L’Idée du Bien est l’essence suprême."
  • Aristote : Il distingue essence (ce qu’est une chose) et existence (le fait d’être). L’essence est la forme qui dĂ©finit l’être.
    "L’essence est ce qu’une chose est en elle-même."
Usages et débats : Débats sur la réalité de l’essence : existe-t-elle indépendamment des choses (Platon) ou en elles (Aristote) ?
Changements de signification : Passage de l’essence comme réalité transcendante à réalité immanente.
Liens avec d'autres notions :
  • IdĂ©e : Chez Platon, essence et IdĂ©e sont synonymes.
  • Substance : Chez Aristote, la substance est ce qui possède une essence.

Moyen Âge

L’essence est au cœur de la métaphysique scolastique. Elle est distinguée de l’existence (ce qui est, le fait d’être là). L’essence est ce qui peut être pensé d’une chose sans qu’elle existe forcément (ex. : l’essence de l’homme est « animal raisonnable »).

  • Thomas d’Aquin : Il distingue essence et existence. Seul Dieu est son essence et son existence.
    "Ce que Dieu est, Il l’est par son essence même."
Usages et débats : Débats sur la distinction essence/existence, sur la connaissance de l’essence.
Changements de signification : L’essence devient objet de la définition et de la connaissance intellectuelle.
Liens avec d'autres notions :
  • Exister : L’essence peut ĂŞtre pensĂ©e sĂ©parĂ©ment de l’existence (sauf pour Dieu).
  • DĂ©finition : L’essence est ce que donne la dĂ©finition d’une chose.

Époque moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

L’essence est discutée par Descartes, Spinoza, Leibniz. Descartes distingue essence de la pensée et essence de l’étendue. Spinoza affirme que chaque chose a une essence éternelle, qui s’exprime dans l’existence. Leibniz parle d’essence comme possibilité complète d’un être.

  • RenĂ© Descartes : Il distingue l’essence de la substance (pensĂ©e/Ă©tendue).
    "L’essence de la matière est l’étendue ; l’essence de l’esprit est la pensée."
  • Baruch Spinoza : Il affirme que l’essence d’une chose est ce sans quoi elle ne peut ĂŞtre ni conçue ni exister.
    "L’essence d’une chose est ce qui constitue sa nature."
Usages et débats : Débats sur ce qui constitue l’essence, sur l’essence comme possibilité ou réalité.
Changements de signification : L’essence devient critère de distinction entre les types de réalités.
Liens avec d'autres notions :
  • Substance : La substance a une essence propre.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

L’essence (français : essence ; anglais : essence) est critiquée par l’existentialisme (Sartre : « l’existence précède l’essence » pour l’homme), remise en question par la phénoménologie (Husserl : recherche des essences dans l’expérience), et discutée dans les sciences (essence biologique, etc.).

  • Jean-Paul Sartre : Il inverse le rapport classique : l’homme n’a pas d’essence donnĂ©e, il la choisit par l’existence.
    "L’existence précède l’essence."
  • Edmund Husserl : Il fait de la saisie des essences l’objet de la phĂ©nomĂ©nologie (Ă©pochĂ©, intuition eidĂ©tique).
    "La phénoménologie vise l’intuition des essences pures."
Usages et débats : Débats sur l’essence de l’homme, sur l’essence comme construction ou comme réalité ; critiques de l’essentialisme.
Changements de signification : L’essence devient problématique, souvent opposée à l’existence et à la liberté.
Liens avec d'autres notions :
  • Existence : Chez Sartre, l’existence prĂ©cède l’essence.
  • PhĂ©nomĂ©nologie : Recherche des essences vĂ©cues dans l’expĂ©rience.