en-soi


Antiquité et Moyen Âge (notion préparée mais pas formulée)

La notion d’« en-soi » n’existe pas explicitement, mais on trouve des distinctions entre l’essence d’une chose (ce qu’elle est en elle-même) et ses apparences ou manifestations. Platon distingue le monde intelligible (ce que les choses sont en elles-mêmes) du monde sensible. Aristote parle de substance, ce qui existe par soi.

  • Platon : Il distingue l’être vĂ©ritable (ce qu’une chose est en elle-mĂŞme, son idĂ©e) de ses apparences.
    "Le Beau en soi, le Bien en soi, existent indépendamment des choses particulières."
  • Aristote : Il dĂ©finit la substance comme ce qui existe par soi, indĂ©pendamment des accidents.
    "La substance est ce qui existe en soi et non dans un autre."
Usages et débats : Débats sur la possibilité de connaître l’essence des choses indépendamment de leurs apparences.
Changements de signification : Préparation de la distinction entre l’être en soi et l’être pour nous.
Liens avec d'autres notions :
  • Essence : L’en-soi renvoie Ă  l’essence, ce qu’une chose est en elle-mĂŞme.
  • Substance : La substance existe en soi, par opposition aux accidents.

Époque moderne (Kant, Hegel)

Kant introduit la distinction entre la chose en soi (Ding an sich) et le phénomène. La chose en soi est ce que l’objet est indépendamment de notre expérience, mais elle nous est inconnaissable. Hegel critique cette notion comme abstraction vide.

  • Immanuel Kant : Il distingue le phĂ©nomène (ce qui apparaĂ®t Ă  nous) et la chose en soi (rĂ©alitĂ© indĂ©pendante de l’expĂ©rience).
    "Nous ne connaissons des choses que ce que nos sens et notre entendement nous en font connaître, non les choses en soi." (Critique de la raison pure)
  • Georg Wilhelm Friedrich Hegel : Il critique l’abstraction de la chose en soi, qui n’a de sens que dans le processus dialectique vers le pour-soi et l’en-soi-pour-soi.
    "L’en-soi est ce que la chose est immédiatement, mais elle doit devenir pour-soi, conscience d’elle-même."
Usages et débats : Débats sur la possibilité ou non de connaître l’en-soi, sur la valeur de la chose en soi.
Changements de signification : L’en-soi devient synonyme de réalité indépendante de la conscience.
Liens avec d'autres notions :
  • PhĂ©nomène : OpposĂ© Ă  l’en-soi chez Kant.
  • Dialectique : Chez Hegel, l’en-soi Ă©volue vers le pour-soi.

Époque contemporaine (Sartre, existentialisme)

L’« en-soi » (français : en-soi ; anglais : in-itself) est central dans la philosophie de Jean-Paul Sartre (L’Être et le Néant, 1943). L’en-soi désigne l’être des choses, fermé sur lui-même, sans conscience ni possibilité de se modifier. Il s’oppose au « pour-soi », l’être de la conscience, qui est ouverture, projet, néantisation.

  • Jean-Paul Sartre : Il dĂ©finit l’en-soi comme l’être massif des choses, qui n’a pas Ă  ĂŞtre ce qu’il est, par opposition au pour-soi (l’être de la conscience).
    "L’en-soi est ce qu’il est ; le pour-soi n’est pas ce qu’il est et est ce qu’il n’est pas." (L’Être et le Néant)
Usages et débats : Débats sur la liberté, la conscience, la facticité. L’en-soi est aussi discuté en phénoménologie et en psychanalyse.
Changements de signification : L’en-soi devient la catégorie de l’être-objet, opposé à l’être-sujet.
Liens avec d'autres notions :
  • Pour-soi : L’en-soi s’oppose au pour-soi, la conscience libre.
  • FacticitĂ© : L’en-soi dĂ©signe la facticitĂ©, ce qui est donnĂ© sans possibilitĂ© de changement.