Antiquité
Le terme « empathie » n’existe pas dans l’Antiquité, mais des idées proches apparaissent chez les philosophes grecs, notamment dans la capacité à se mettre à la place d’autrui (sympathie, compassion). Les stoïciens prônent la compréhension universelle et la fraternité humaine. Aristote parle de la pitié (eleos) comme émotion morale.
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Aristote :
Il analyse la pitié (eleos) comme capacité à ressentir la douleur d’autrui, condition de la catharsis.
"La pitié est une douleur causée par le malheur d’autrui." (Rhétorique, II)
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Épictète :
Il insiste sur la compréhension des autres comme base de la fraternité.
"Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses."
Usages et débats :
Débats sur la valeur morale de la compassion, sur la possibilité de vraiment comprendre autrui.
Changements de signification :
La sympathie et la pitié sont les notions les plus proches de l’empathie.
Liens avec d'autres notions :
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Sympathie :
Proche de l’empathie, c’est la participation affective à la joie ou à la peine d’autrui.
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Pitié :
Sentiment de tristesse face au malheur d’autrui.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
La notion de sympathie prend une grande importance (Hume, Rousseau, Smith). Elle désigne la capacité à ressentir les émotions des autres, base de la morale et de la vie sociale.
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David Hume :
Il fait de la sympathie le fondement de la morale : nous sommes naturellement portés à ressentir ce que vivent les autres.
"La sympathie est ce principe qui nous porte à entrer dans les sentiments d’autrui."
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Adam Smith :
Dans la Théorie des sentiments moraux, il analyse la sympathie comme capacité à se mettre à la place d’autrui.
"Nous ne pouvons former aucune idée de la souffrance d’un autre sans, en quelque mesure, l’éprouver nous-mêmes."
Usages et débats :
Débats sur l’origine de la morale : instinct de sympathie ou raison ?
Changements de signification :
La sympathie est vue comme processus psychologique naturel, préfigurant l’empathie.
Liens avec d'autres notions :
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Morale :
La sympathie fonde le jugement moral chez Hume et Smith.
Époque moderne (XIXe siècle)
Le terme allemand Einfühlung (« ressentir en ») apparaît en esthétique pour décrire la capacité à comprendre de l’intérieur une œuvre d’art ou l’état d’autrui. Cette notion sera traduite au XXe siècle par « empathie ».
Usages et débats :
Débats sur l’empathie comme phénomène esthétique ou psychologique.
Changements de signification :
L’empathie passe de l’esthétique à la psychologie.
Liens avec d'autres notions :
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Projection :
L’empathie implique une forme de projection affective.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
L’empathie (français : empathie ; anglais : empathy) est centrale en psychologie, neurosciences, philosophie morale. Elle désigne la capacité à comprendre et à ressentir ce que vit autrui, sans confusion avec ses propres sentiments. L’empathie est étudiée dans ses dimensions cognitive (comprendre) et affective (ressentir). Elle est essentielle à la relation d’aide, à l’éthique, à la vie sociale.
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Edith Stein :
Elle théorise l’empathie comme accès direct à l’expérience de l’autre, condition de l’intersubjectivité.
"L’empathie est l’intuition de la vie d’autrui comme vie étrangère à la mienne, mais présente à ma conscience." (Le problème de l’empathie, 1917)
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Jean Decety :
Neuroscientifique, il distingue l’empathie émotionnelle et cognitive, et étudie ses bases neuronales.
"L’empathie engage à la fois la compréhension intellectuelle et le partage émotionnel."
Usages et débats :
Débats sur la différence entre empathie, compassion, sympathie ; sur les limites et les dangers de l’empathie (fatigue, manipulation).
Changements de signification :
L’empathie devient une compétence sociale, une valeur morale, un objet d’éducation et de recherche scientifique.
Liens avec d'autres notions :
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Intersubjectivité :
L’empathie rend possible la relation entre consciences.
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Compassion :
La compassion suppose l’empathie, mais y ajoute le désir d’aider.