Antiquité
Le terme « ego » (latin pour « je ») n’est pas utilisé comme concept en tant que tel, mais la question du sujet, de l’âme individuelle, du moi apparaît chez Platon, Aristote et surtout dans la philosophie stoïcienne. L’accent est mis sur l’âme rationnelle, l’identité et la maîtrise de soi.
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Platon :
Il pense l’âme comme principe d’identité personnelle, distincte du corps.
"L’âme est ce qui se meut soi-même."
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Épictète :
Il valorise la maîtrise de soi, la conscience de soi comme fondement de la liberté intérieure.
"Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses."
Usages et débats :
Débats sur l’identité du sujet, la distinction âme/corps, la maîtrise de soi.
Changements de signification :
Pas d’usage du terme « ego », mais émergence de la question du sujet.
Liens avec d'autres notions :
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Âme :
L’ego renvoie à la question de l’âme individuelle.
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Identité :
L’ego ou moi pose la question de la permanence du sujet.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
Le concept d’ego apparaît avec Descartes : le « cogito » (« je pense, donc je suis ») fonde la certitude du moi pensant. L’ego devient le point de départ de la philosophie moderne, comme sujet conscient, source de la pensée et de la connaissance.
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René Descartes :
Il fait du cogito (ego cogito) le fondement de la certitude et du savoir.
"Ego cogito, ergo sum." (Discours de la méthode, Méditations métaphysiques)
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John Locke :
Il analyse l’identité du moi dans la continuité de la conscience.
"C’est la conscience seule qui fait l’identité personnelle." (Essai sur l’entendement humain, II, 27)
Usages et débats :
Débats sur la nature du moi (substance ou mode ?), sur la relation entre âme, conscience et ego.
Changements de signification :
L’ego devient principe de certitude, sujet de la pensée et de l’expérience.
Liens avec d'autres notions :
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Cogito :
L’ego est au cœur du cogito cartésien.
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Conscience :
L’ego est identifié à la conscience de soi.
Époque moderne (XIXe siècle)
L’ego est analysé dans la philosophie idéaliste (Fichte, Hegel) comme principe créateur, sujet absolu. Il apparaît aussi en psychologie naissante comme instance de la personnalité.
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Johann Gottlieb Fichte :
Il fait de l’ego le principe de toute réalité (l’ego se pose lui-même).
"Le moi pose le moi, et le non-moi."
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Georg Wilhelm Friedrich Hegel :
Il analyse le devenir du moi (ego) dans la dialectique du maître et de l’esclave.
"La conscience de soi n’existe que dans la reconnaissance de l’autre."
Usages et débats :
Débats sur le statut de l’ego : source absolue ou illusion, subjectivité individuelle ou universelle.
Changements de signification :
L’ego devient principe dynamique, moteur de l’histoire et de la subjectivité.
Liens avec d'autres notions :
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Sujet :
L’ego est le sujet absolu ou l’autoconscience.
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Reconnaissance :
La formation de l’ego passe par l’altérité.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
L’ego (français : moi, anglais : ego) est central en psychanalyse. Freud distingue le ça (inconscient pulsionnel), le moi (ego, médiateur), et le surmoi (instance morale). L’ego est aussi critiqué en phénoménologie (Husserl : ego transcendantal), en philosophie (illusion du moi chez les bouddhistes, notion déconstruite chez les postmodernes).
Usages et débats :
Débats sur la nature de l’ego : illusion, construction sociale, instance psychique, pôle de l’expérience. Discussions sur la dissolution du moi (philosophie orientale, postmodernisme).
Changements de signification :
L’ego devient instance psychique, pôle phénoménologique, ou illusion à déconstruire.
Liens avec d'autres notions :
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Inconscient :
L’ego médiatise le rapport entre inconscient et conscience.
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Altérité :
L’ego se construit aussi par la relation à autrui.