Moyen Âge
L’eccéité (du latin haecceitas, de haec, « ceci ») désigne, dans la philosophie scolastique, le principe de singularité d’un être, ce qui fait qu’il est précisément cet individu et pas un autre. Le concept est surtout développé par Jean Duns Scot (XIIIe-XIVe siècles). L’eccéité est ce qui fait que Socrate est Socrate, indépendamment de son humanité commune à tous les hommes. Elle s’oppose à la quiddité (quidditas), qui est l’essence générale.
Usages et débats :
Débats sur la possibilité de concevoir l’individuation : qu’est-ce qui fait qu’un être est cet être-là et non un autre ? Comment penser la singularité hors de l’essence ?
Changements de signification :
L’eccéité marque le passage de la réflexion sur l’essence à celle sur l’existence individuelle.
Liens avec d'autres notions :
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Quiddité :
Opposée à l’eccéité : la quiddité est ce que l’être est (son essence), l’eccéité est le fait qu’il est ce-ci (cet être singulier).
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Individuation :
L’eccéité est le principe d’individuation ultime.
Époque contemporaine
L’eccéité (ou haecceitas, en anglais thisness) est reprise en philosophie contemporaine pour désigner la singularité irréductible d’un individu, indépendamment de toute propriété générale. Elle intéresse la métaphysique analytique (particularité, identité), la phénoménologie (singularité vécue), mais aussi la littérature (G. Deleuze, Borges).
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Gilles Deleuze :
Il utilise le concept d’eccéité pour penser la singularité d’un événement, d’une rencontre, d’un moment, au-delà de l’essence.
"Une heure du jour, une saison, un événement, une rencontre, ont leur eccéité, leur mode d’être singulier." (Différence et répétition)
Usages et débats :
Débats sur la possibilité de penser le singulier sans le réduire au général ; sur l’importance de l’expérience individuelle, de l’événement.
Changements de signification :
L’eccéité quitte la métaphysique scolastique pour devenir une catégorie de la singularité existentielle, de l’événement.
Liens avec d'autres notions :
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Singularité :
L’eccéité désigne la singularité radicale et non reproductible.
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Identité :
Elle fonde l’identité de l’individu, au-delà des propriétés communes.