droit


Antiquité

Le mot 'droit' n’existe pas encore sous sa forme moderne, mais les civilisations grecque et romaine élaborent des règles, des lois et des coutumes qui organisent la vie collective. Chez les Grecs, c’est la 'dikè' (justice, ordre), et chez les Romains, le 'jus', ensemble de lois et de principes qui régissent les rapports entre citoyens. Le droit est surtout un ordre social, lié à la coutume, à la justice et à la loi écrite.

  • Platon : Il rĂ©flĂ©chit Ă  la justice ('dikè') et Ă  la lĂ©gislation comme fondements de la citĂ© idĂ©ale. Les lois doivent viser le bien commun et l’harmonie de la communautĂ©.
    "La loi doit être l’expression de la raison, ordonnée au bien de la cité." (Les Lois, IV, 715b)
  • Aristote : Il distingue la justice naturelle (valable partout) de la justice lĂ©gale (propre Ă  chaque citĂ©) et rĂ©flĂ©chit Ă  l’équitĂ© dans l’application des lois.
    "Le juste est ce qui est conforme à la loi, et le droit naturel ce qui est partout le même." (Éthique à Nicomaque, V, 7, 1134b)
  • CicĂ©ron : Il Ă©labore l’idĂ©e de 'droit naturel', supĂ©rieur aux lois humaines, fondĂ© sur la raison universelle.
    "Il existe une loi vraie, la droite raison conforme Ă  la nature, universelle et immuable." (Des lois, I, 6)
Usages et débats : Débats sur la juste loi, sur le conflit entre droit coutumier et droit écrit, sur la possibilité d’un droit universel.
Changements de signification : Le droit est d’abord un ordre social, fondé sur la coutume, la justice et la loi, mais la notion de droit naturel fait son apparition.
Liens avec d'autres notions :
  • Justice : Le droit vise Ă  rĂ©aliser la justice dans la citĂ©.
  • Loi : Le droit prend la forme de lois qui organisent la vie collective.
  • Droit naturel : IdĂ©e d’un droit fondĂ© sur la nature humaine, au-delĂ  des lois positives.

Moyen Âge

Le droit est pensé dans le cadre religieux et féodal. On distingue le droit divin, le droit canonique (de l’Église), et le droit coutumier ou féodal. L’idée de loi naturelle subsiste, mais le droit est souvent perçu comme expression de la volonté de Dieu ou de l’ordre social hiérarchisé.

  • Saint Augustin : Il distingue la loi humaine, qui peut ĂŞtre injuste, de la loi Ă©ternelle et divine, Ă  laquelle on doit toujours obĂ©ir.
    "Une loi injuste n’est pas une loi." (La Cité de Dieu, XIX, 21)
  • Thomas d’Aquin : Il systĂ©matise la thĂ©orie du droit naturel : la loi humaine doit ĂŞtre conforme Ă  la loi naturelle, qui procède de la raison et de la volontĂ© divine.
    "La loi humaine n’a de valeur que dans la mesure où elle dérive de la loi naturelle." (Somme théologique, I-II, q.95, a.2)
Usages et débats : Débats sur la hiérarchie des droits (divin, naturel, humain), sur la légitimité des lois humaines, sur la justice des ordres sociaux.
Changements de signification : Le droit devient un ordre complexe, à la fois humain et divin, où l’obéissance à la loi est subordonnée à la justice supérieure.
Liens avec d'autres notions :
  • Loi divine : Le droit humain doit ĂŞtre conforme Ă  la loi de Dieu.
  • Droit canonique : Ensemble des règles juridiques propres Ă  l’Église.
  • HiĂ©rarchie : Le droit reflète l’ordre social et religieux de l’époque.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Le droit se laïcise et s’universalise : on affirme l’existence de droits naturels, inhérents à toute personne, indépendants des lois positives. Les philosophes du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau) fondent la légitimité des lois sur la volonté générale et le respect des droits fondamentaux.

  • John Locke : Il dĂ©fend l’idĂ©e de droits naturels (vie, libertĂ©, propriĂ©tĂ©) que la sociĂ©tĂ© doit garantir. Le pouvoir politique est lĂ©gitime s’il respecte ces droits.
    "Les hommes sont nés libres et égaux, possédant par nature la vie, la liberté et la propriété." (Second traité du gouvernement civil, II, 6)
  • Jean-Jacques Rousseau : Il fonde le droit sur la volontĂ© gĂ©nĂ©rale : la loi est l’expression de la volontĂ© de tous, et garantit l’égalitĂ© et la libertĂ©.
    "La liberté consiste à n’obéir qu’à la loi que l’on s’est prescrite à soi-même." (Du Contrat social, I, 8)
  • Montesquieu : Il analyse la sĂ©paration des pouvoirs, condition d’un droit juste et d’une sociĂ©tĂ© libre.
    "Il n’y a point encore de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice." (De l’Esprit des lois, XI, 6)
Usages et débats : Débats sur la source du droit (nature, contrat, coutume), sur les droits de l’homme, sur la légitimité des lois et du pouvoir.
Changements de signification : Le droit n’est plus seulement un ordre mais aussi un ensemble de droits subjectifs, inaliénables, universels.
Liens avec d'autres notions :
  • Contrat social : Le droit se fonde sur l’accord des individus libres.
  • Droits naturels : Droits inaliĂ©nables, antĂ©rieurs Ă  toute loi positive.
  • SĂ©paration des pouvoirs : Principe garant d’un droit juste et non arbitraire.

Époque moderne (XIXe siècle)

Le droit s’institutionnalise comme discipline autonome (science juridique), codifie les lois (Code civil, Code pénal), et s’étend à de nouveaux domaines (droit du travail, droit social, droits politiques). On débat sur la place du droit positif (loi effective) face au droit naturel et sur la fonction sociale du droit.

  • Georg Wilhelm Friedrich Hegel : Il voit le droit comme rĂ©alisation de la libertĂ© dans l’histoire, passant du droit abstrait au droit moral puis Ă  l’éthique concrète.
    "Le droit est la réalité de la liberté." (Principes de la philosophie du droit, §29)
  • Rudolf von Jhering : Il conçoit le droit comme rĂ©sultat d’un combat pour la reconnaissance des intĂ©rĂŞts sociaux.
    "Le droit n’est pas une idée, mais une force vivante." (L’Objet du droit et la lutte pour le droit, 1872)
  • LĂ©on Duguit : Il insiste sur la fonction sociale du droit : le droit doit garantir la solidaritĂ© et l’ordre social.
    "Le droit n’existe que par sa fonction sociale." (Le Droit social, le droit individuel et la transformation de l’État, 1911)
Usages et débats : Débats sur le positivisme juridique, la codification, la justice sociale, la tension entre individu et société.
Changements de signification : Le droit devient science, institution, et outil de transformation sociale, mais la question de sa légitimité reste ouverte.
Liens avec d'autres notions :
  • Droit positif : Le droit effectif, Ă©crit et appliquĂ© par les institutions.
  • Fonction sociale : Le droit organise la sociĂ©tĂ© et garantit la solidaritĂ©.
  • LibertĂ© : Le droit est pensĂ© comme condition et rĂ©alisation de la libertĂ©.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

Le droit se mondialise, se complexifie, s’ouvre à de nouveaux champs (droit international, droits humains, bioéthique, droit de l’environnement). On interroge l’universalité des droits, la justice des lois, la protection des minorités, et la tension entre droit et pouvoir. Les droits subjectifs (droit à l’identité, à la vie privée, à l’environnement) se multiplient.

  • Hans Kelsen : Il fonde le positivisme juridique : le droit est un système de normes hiĂ©rarchisĂ©es, indĂ©pendantes de la morale ou de la politique.
    "Le droit est un ordre normatif, non un ordre de valeurs." (Théorie pure du droit, 1934)
  • Hannah Arendt : Elle rĂ©flĂ©chit Ă  la fragilitĂ© des droits de l’homme et Ă  leur rapport Ă  l’appartenance Ă  une communautĂ© politique.
    "Le droit d’avoir des droits." (Les Origines du totalitarisme, 1951)
  • John Rawls : Il dĂ©veloppe la notion de justice comme Ă©quitĂ©, fondement de droits justes et universels dans une sociĂ©tĂ© pluraliste.
    "Chaque personne a un droit égal au système le plus étendu de libertés fondamentales." (Théorie de la justice, 1971)
Usages et débats : Débats sur les droits fondamentaux, la justice des lois, la protection des minorités, la tension entre droit international et souveraineté, le rapport entre droit et éthique.
Changements de signification : Le droit se pluralise, devient enjeu mondial, support de nouvelles revendications et sujet Ă  la critique citoyenne et morale.
Liens avec d'autres notions :
  • Droits de l’homme : Reconnaissance universelle de droits fondamentaux Ă  chaque individu.
  • Justice : La question de la justice des lois reste centrale dans l’évaluation du droit.
  • BioĂ©thique : Le droit s’étend aux questions de vie, de mort, de santĂ© et de dignitĂ© humaine.
  • MinoritĂ© : Les droits des groupes minoritaires deviennent un enjeu majeur contemporain.