Antiquité
Le terme « divertissement » n’existe pas en tant que tel, mais la notion de loisir, de jeu, d’occupation permettant de détourner l’esprit des préoccupations sérieuses (otium, ludos, paideia) est présente. Chez les Grecs et les Romains, le loisir a une valeur positive : il permet la culture de soi, la philosophie, mais aussi la détente et le jeu.
Usages et débats :
Débats sur la place du jeu, de l’amusement dans une vie bonne ; tension entre loisir éducatif et amusement futile.
Changements de signification :
Le loisir est valorisé comme temps de culture, mais l’amusement est parfois vu comme secondaire.
Liens avec d'autres notions :
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Loisir :
Le divertissement est un usage possible du loisir.
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Jeu :
Le jeu est une forme de divertissement.
Moyen Âge
Le divertissement est souvent suspect : il détourne de Dieu, de la prière, de la vie spirituelle. Le rire, le jeu, la fête sont parfois tolérés, mais doivent rester mesurés. Les clercs condamnent l’excès d’amusement comme risque de perte de l’âme.
Usages et débats :
Débats sur la légitimité du divertissement, sur son rôle dans la vie chrétienne.
Changements de signification :
Le divertissement devient objet de méfiance morale et religieuse.
Liens avec d'autres notions :
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Péché :
Le divertissement excessif est parfois vu comme péché.
Âge classique (XVIIe siècle)
Le divertissement est conceptualisé par Pascal comme une activité qui détourne l’homme de lui-même, de la pensée de sa condition, de Dieu. Le divertissement est tout ce qui occupe l’esprit pour éviter l’ennui, l’angoisse, la réflexion sur la mort.
Usages et débats :
Débats sur la valeur du divertissement : nécessaire pour supporter la vie ou obstacle à la vérité ?
Changements de signification :
Le divertissement est vu comme fuite, illusion, mais aussi comme nécessité psychologique.
Liens avec d'autres notions :
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Ennui :
Le divertissement sert à fuir l’ennui.
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Condition humaine :
Le divertissement révèle la misère et la grandeur humaine selon Pascal.
Époque moderne (XIXe siècle)
Le divertissement prend un sens plus neutre, lié à la culture de masse, à l’industrialisation des loisirs (cirque, théâtre, roman populaire). Il devient objet d’étude sociologique et psychologique : besoin de s’évader, de se distraire de la routine et des difficultés de la vie.
Usages et débats :
Débats sur la fonction émancipatrice ou aliénante du divertissement.
Changements de signification :
Le divertissement devient un phénomène social, parfois critiqué comme aliénant.
Liens avec d'autres notions :
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Aliénation :
Le divertissement peut détourner de la prise de conscience sociale.
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Industrie culturelle :
Le divertissement devient produit industriel.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
Le divertissement (français : divertissement ; anglais : entertainment) désigne l’ensemble des activités destinées à distraire, à amuser (cinéma, télévision, jeux vidéo, spectacles). Il est au centre de la société de consommation, analysé comme vecteur de normes, d’émotions, de socialisation, mais aussi de manipulation ou d’aliénation (école de Francfort, Debord).
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Guy Debord :
Il critique la société du spectacle, où le divertissement devient instrument de domination et de passivité.
"Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images." (La Société du spectacle, §4)
Usages et débats :
Débats sur la fonction du divertissement : évasion nécessaire ou manipulation ? Place de la culture, du loisir, du numérique.
Changements de signification :
Le divertissement est omniprésent, valorisé comme plaisir, mais aussi soupçonné de manipuler les désirs.
Liens avec d'autres notions :
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Consommation :
Le divertissement est devenu un produit de consommation de masse.
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Spectacle :
Le divertissement s’identifie à la société du spectacle.