discours


Antiquité

Le « discours » (grec : logos, latin : oratio, sermo, discursio) désigne à la fois la parole articulée, l’argumentation, l’exposé public et la raison. Chez Platon et Aristote, le discours rationnel (logos) s’oppose à la simple opinion (doxa) et à la parole irrationnelle. La rhétorique (art du discours persuasif) et la dialectique (art du discours démonstratif) sont des disciplines majeures.

  • Platon : Il distingue le discours vrai (fondĂ© sur la raison) du discours trompeur (rhĂ©torique des sophistes).
    "Le discours qui ne vise pas la vérité n’est qu’un jeu de mots."
  • Aristote : Il analyse les formes du discours (dĂ©libĂ©ratif, judiciaire, Ă©pidictique) et les modes de persuasion.
    "La rhétorique est la faculté de discerner, dans chaque cas, ce qui est propre à persuader." (Rhétorique, I, 2)
Usages et débats : Débats sur la légitimité de la rhétorique, la différence entre discours vrai et discours trompeur, la place du discours dans la cité.
Changements de signification : Le discours est d’abord parole rationnelle, puis devient aussi art de persuader.
Liens avec d'autres notions :
  • Logos : Le discours rationnel, principe fondateur chez les Grecs.
  • RhĂ©torique : L’art de composer et de prononcer des discours persuasifs.

Moyen Âge

Le discours conserve un sens rhétorique et théologique. La parole (verbum) devient médiation entre Dieu et les hommes (logos divin). La scholastique distingue les genres de discours (scientifique, théologique, littéraire) et impose des règles à l’argumentation.

  • Thomas d’Aquin : Il distingue le discours rationnel (ratio) du discours de foi (fides) et du discours mystique.
    "Le discours humain doit servir la recherche de la vérité."
Usages et débats : Débats sur la place de la raison dans le discours théologique, la valeur du discours mystique.
Changements de signification : Le discours prend une dimension spirituelle et argumentative.
Liens avec d'autres notions :
  • Verbum : La parole comme mĂ©diation divine.
  • Argumentation : Le discours doit suivre des règles rationnelles.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Le discours est au centre de la philosophie (Descartes, Pascal), de la science (exposé rationnel) et de la littérature (essai, discours moral, politique). Il devient modèle d’exposé rigoureux, clair et méthodique. La critique du discours (Montaigne, Pascal) porte sur ses limites et ses illusions.

  • RenĂ© Descartes : Il fait du 'Discours de la mĂ©thode' le modèle de l’exposĂ© rationnel.
    "Je pense, donc je suis." (Discours de la méthode, IV)
  • Blaise Pascal : Il distingue l’esprit de gĂ©omĂ©trie (rigueur du discours) de l’esprit de finesse (intuition).
    "Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point." (Pensées, 277)
Usages et débats : Débats sur la clarté du discours, ses limites, la place de l’intuition et de la subjectivité.
Changements de signification : Le discours devient synonyme d’exposé rationnel, mais aussi objet de critique.
Liens avec d'autres notions :
  • MĂ©thode : Le discours doit ĂŞtre ordonnĂ©, mĂ©thodique.
  • Critique : Le discours peut ĂŞtre objet de suspicion ou d’analyse critique.

Époque moderne (XIXe siècle)

Le discours est analysé comme phénomène social, politique et littéraire. Il devient objet d’étude (linguistique, sociologie, histoire). Marx, Nietzsche critiquent le discours dominant comme instrument de pouvoir ou d’idéologie. La littérature explore la polyphonie des discours.

  • Friedrich Nietzsche : Il analyse le discours comme expression de la volontĂ© de puissance, dĂ©masque les discours moraux.
    "Toute morale est un langage de signes et de symptômes." (Par-delà bien et mal, §187)
  • Karl Marx : Il voit dans le discours idĂ©ologique un instrument de domination.
    "Les idées dominantes d’une époque sont les idées de la classe dominante." (L’Idéologie allemande)
Usages et débats : Débats sur la fonction sociale et politique du discours, sur le rapport entre discours et pouvoir.
Changements de signification : Le discours devient pratique sociale, lié à l’idéologie et au pouvoir.
Liens avec d'autres notions :
  • Pouvoir : Le discours est vecteur de pouvoir social et politique.
  • IdĂ©ologie : Le discours exprime ou masque les idĂ©ologies.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

Le discours (français : discours ; anglais : discourse) est au cœur de la philosophie (Foucault), de la linguistique (Benveniste), des sciences humaines (analyse du discours, sémiotique, pragmatique). Il désigne tout ensemble structuré de paroles, textes ou énoncés régulés par des règles sociales ou institutionnelles. L’analyse du discours révèle ses fonctions (pouvoir, savoir, identité, exclusion).

  • Michel Foucault : Il analyse les discours comme formations historiques qui produisent du savoir et du pouvoir.
    "Ce n’est pas la conscience qui parle, c’est le discours qui parle, et c’est à travers lui que l’on se constitue comme sujet." (L’Archéologie du savoir)
  • Émile Benveniste : Il distingue entre discours (Ă©nonciation subjective) et histoire (rĂ©cit objectif).
    "Le discours implique la présence du locuteur et du destinataire."
Usages et débats : Débats sur la nature et la portée du discours, sur ses rapports avec le pouvoir, la vérité, l’identité. Multiplication des analyses du discours (politique, médiatique, scientifique, etc.).
Changements de signification : Le discours devient objet d’analyse, système de règles, instrument de pouvoir, construction de l’identité.
Liens avec d'autres notions :
  • Sujet : Le discours constitue et exprime le sujet parlant.
  • Norme : Le discours est rĂ©gi par des normes sociales et institutionnelles.