dieu


Antiquité

Dans l’Antiquité, la notion de Dieu (grec : theos, latin : deus) est plurielle (polythéisme grec et romain). Dieu ou les dieux sont des êtres supérieurs, immortels, puissants, mais souvent anthropomorphiques. La philosophie grecque élabore progressivement des concepts de Dieu unique, principe suprême (chez Platon, Aristote, les stoïciens).

  • Platon : Il évoque le Démiurge, artisan du monde, cause ordonnatrice mais non créatrice ex nihilo.
    "Dieu est la cause du bien dans tout ce qui est." (Timée, 29e)
  • Aristote : Il pense Dieu comme « Premier moteur immobile », cause première, pur acte, pensée de la pensée.
    "Il existe une substance éternelle, immobile, cause de tout mouvement." (Métaphysique, Λ7)
Usages et débats : Débats sur la nature des dieux (anthropomorphisme vs abstraction), sur l’unicité/diversité du divin.
Changements de signification : Dieu passe de figure mythologique à principe philosophique.
Liens avec d'autres notions :
  • Démiurge : Chez Platon, Dieu est un artisan, pas un créateur.
  • Premier moteur : Chez Aristote, Dieu est cause première immobile.

Moyen Âge

Dieu occupe la place centrale dans la pensée médiévale (monothéisme : christianisme, judaïsme, islam). Il est l’Être parfait, créateur ex nihilo, tout-puissant, omniscient, source du bien et du sens. La théologie rationnelle (Saint Anselme, Thomas d’Aquin) cherche à prouver rationnellement l’existence de Dieu.

  • Saint Anselme : Il propose la preuve ontologique : Dieu est « ce dont on ne peut concevoir rien de plus grand ».
    "Dieu est celui dont rien ne peut être pensé de plus grand." (Proslogion, II)
  • Thomas d'Aquin : Il élabore les 'cinq voies', arguments rationnels pour démontrer l’existence de Dieu.
    "Il est nécessaire d’arriver à un premier moteur, que tous appellent Dieu." (Somme théologique, I, 2, 3)
Usages et débats : Débats sur la connaissance de Dieu (foi/raison), sa nature (transcendance, immanence), les preuves de son existence.
Changements de signification : Dieu devient Absolu, créateur, cause première, objet de foi et de raison.
Liens avec d'autres notions :
  • Création : Dieu est l’auteur de la création ex nihilo.
  • Foi : La connaissance de Dieu passe par la foi.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Dieu est au cœur des débats entre foi et raison, religion et science. Descartes place Dieu comme garant de la vérité. Spinoza identifie Dieu et la Nature ('Deus sive Natura'). Les Lumières critiquent les dogmes religieux, le déisme voit Dieu comme horloger du monde.

  • René Descartes : Il fait de Dieu l’être parfait, créateur, garant de la certitude.
    "Je conçois Dieu comme un être absolument parfait." (Méditations métaphysiques, III)
  • Baruch Spinoza : Il identifie Dieu à la Nature, substance unique, immanente.
    "Dieu, c’est-à-dire la Nature." (Éthique, I, déf. 6)
Usages et débats : Débats sur la compatibilité de Dieu avec la science, sur le déisme, l’athéisme, le panthéisme.
Changements de signification : Dieu devient concept rationnel, parfois impersonnel (Spinoza), objet de critique (Lumières).
Liens avec d'autres notions :
  • Déisme : Dieu comme horloger, non interventionniste.
  • Panthéisme : Dieu s’identifie à la Nature.

Époque moderne (XIXe siècle)

La question de Dieu est radicalement remise en cause. Feuerbach, Marx, Nietzsche critiquent le concept de Dieu comme projection, illusion, ou obstacle à l’autonomie humaine. D’autres (Kierkegaard) mettent l’accent sur la foi subjective.

  • Ludwig Feuerbach : Il voit Dieu comme projection des aspirations humaines.
    "La théologie est une anthropologie secrète." (L’Essence du christianisme)
  • Friedrich Nietzsche : Il proclame 'la mort de Dieu', c’est-à-dire la fin de la croyance traditionnelle.
    "Dieu est mort. Dieu reste mort. Et c'est nous qui l'avons tué." (Le Gai Savoir, §125)
Usages et débats : Débats sur l’athéisme, la fonction psychologique, sociale, politique de Dieu.
Changements de signification : Dieu devient objet de critique, voire d’abandon, mais la question du sens demeure.
Liens avec d'autres notions :
  • Athéisme : Refus de toute transcendance divine.
  • Projection : Dieu comme projection des besoins humains.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

Dieu (français : Dieu ; anglais : God) est au centre de la philosophie de la religion, de la théologie, mais aussi de la critique (existentialisme, psychanalyse, postmodernisme). La question de Dieu devient celle du sens, de l’altérité, du fondement, du Mal, du silence. Certains (Levinas) pensent Dieu comme Autre absolu.

  • Emmanuel Levinas : Il pense Dieu comme transcendance, altérité absolue, éthique.
    "Dieu s’introduit dans la pensée à partir de la relation à autrui." (Totalité et Infini)
  • Paul Ricoeur : Il réfléchit sur le symbolisme de Dieu, l’herméneutique du sacré.
    "Dieu n’est pas un objet, mais un symbole d’espérance et d’interprétation du monde."
Usages et débats : Débats sur le silence de Dieu, la pluralité religieuse, la mort de Dieu, la spiritualité sans religion.
Changements de signification : Dieu devient question du sens, de l’éthique, de la transcendance, ou de l’absence.
Liens avec d'autres notions :
  • Altérité : Dieu comme Autre absolu (Levinas).
  • Sens : Dieu comme quête ou symbole du sens.