Antiquité
Le dialogue (grec : dialogos, διάλογος) est à la fois une forme littéraire et une méthode philosophique. Chez Platon, le dialogue est le mode privilégié d’investigation philosophique, mettant en scène des personnages qui confrontent leurs opinions afin de faire émerger la vérité. Le dialogue se distingue du simple débat ou de la dispute par sa visée de recherche commune et par la progression dialectique.
Usages et débats :
Débats sur la capacité du dialogue à conduire à la vérité, sur la différence entre dialogue, débat, dialectique et maïeutique.
Changements de signification :
Le dialogue devient méthode philosophique (maïeutique socratique), puis genre littéraire.
Liens avec d'autres notions :
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Dialectique :
Le dialogue est le support de la dialectique chez Platon.
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MaĂŻeutique :
La méthode de Socrate vise à faire accoucher l’esprit par le dialogue.
Moyen Âge
Le dialogue reste un genre littéraire et pédagogique, mais il devient aussi outil théologique (questions disputées, disputatio). Il sert à exposer différentes positions doctrinales et à trancher entre elles.
Usages et débats :
Débats sur l’usage du dialogue comme méthode d’enseignement, sur ses limites en matière de foi.
Changements de signification :
Le dialogue devient surtout outil pédagogique et apologétique.
Liens avec d'autres notions :
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Disputatio :
Prolongement scolastique du dialogue, dispute rationnelle.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
Le dialogue est utilisé par les philosophes et les moralistes (Fontenelle, Diderot, Hume) comme forme littéraire permettant d’exposer différents points de vue, souvent de manière critique ou ironique. Il devient aussi exercice de tolérance et de pluralisme.
Usages et débats :
Débats sur la sincérité du dialogue littéraire, sur les limites du dialogue face à l’intolérance.
Changements de signification :
Le dialogue devient moyen d’exposer la diversité des idées.
Liens avec d'autres notions :
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Tolérance :
Le dialogue suppose l’écoute de l’autre.
Époque moderne (XIXe siècle)
Le dialogue est étudié comme phénomène social, linguistique et philosophique. Il prend une dimension existentielle et devient outil de compréhension de l’altérité (Kierkegaard, Bakhtine). Il est aussi étudié en psychologie (dialogue intérieur) et en pédagogie.
Usages et débats :
Débats sur la possibilité d’un dialogue véritable, sur l’intercompréhension des consciences, sur le monologue vs le dialogue.
Changements de signification :
Le dialogue devient phénomène de langage, d’interaction, d’altérité.
Liens avec d'autres notions :
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Altérité :
Le dialogue suppose la reconnaissance de l’autre.
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Polyphonie :
La pluralité des voix dans le dialogue.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
Le dialogue (français : dialogue ; anglais : dialogue, dialog) est analysé en philosophie (Buber, Gadamer), en linguistique, en psychologie, dans la pédagogie et la politique. Il est vu comme mode de relation éthique (Buber), méthode herméneutique (Gadamer), outil de résolution des conflits. La démocratie suppose le dialogue. On distingue le dialogue authentique (ouvert à l’altérité) du pseudo-dialogue (fermé, manipulatoire).
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Martin Buber :
Il fait du dialogue la relation éthique fondamentale (je-tu).
"L’homme devient je dans la relation avec le tu." (Je et Tu, 1923)
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Hans-Georg Gadamer :
Il pense la compréhension comme dialogue infini entre interprètes.
"Être, c’est être en dialogue." (Vérité et méthode, 1960)
Usages et débats :
Débats sur les conditions du dialogue authentique, sur la manipulation, sur le dialogue interculturel et interreligieux.
Changements de signification :
Le dialogue devient enjeu éthique, politique, pédagogique et pratique sociale.
Liens avec d'autres notions :
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Éthique :
Le dialogue est fondement de la relation éthique (Buber).
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Herméneutique :
Le dialogue est méthode d’interprétation (Gadamer).