devenir


Antiquité

Le « devenir » (grec : genesis, gignesthai, devenir, naître, se produire) est une notion centrale chez les présocratiques, Héraclite et Parménide. Il désigne le changement, le passage de l’être à une autre forme, la transformation perpétuelle du réel. Héraclite affirme l’omniprésence du devenir (« tout coule »), tandis que Parménide critique l’idée même de devenir au profit de l’être immuable.

  • HĂ©raclite : Il fait du devenir la loi universelle du monde (panta rhei, tout s’écoule).
    "On ne se baigne jamais deux fois dans le mĂŞme fleuve."
  • ParmĂ©nide : Il nie le devenir rĂ©el et affirme l’être immuable.
    "L’être est, le non-être n’est pas."
Usages et débats : Débats sur la réalité du changement : le devenir est-il illusoire (Parménide) ou fondamental (Héraclite) ?
Changements de signification : Le devenir est d’abord pensé comme opposition à l’être fixe.
Liens avec d'autres notions :
  • ĂŠtre : Le devenir s’oppose ou se rapporte Ă  l’être.
  • Changement : Le devenir est la manifestation du changement.

Moyen Âge

Le devenir est intégré à la cosmologie chrétienne : le monde est créé, il a un commencement et une histoire. Le devenir du monde est ordonné par Dieu, la création et la fin des temps encadrent le processus.

  • Saint Augustin : Il pense le devenir comme histoire orientĂ©e, linĂ©aire, sous la Providence divine.
    "Le temps n’existerait pas s’il n’y avait pas de créature pour changer." (Confessions, XI)
Usages et débats : Débats sur la création, la Providence, la temporalité, la possibilité d’un devenir sans Dieu.
Changements de signification : Le devenir est orienté, finalisé, inscrit dans un dessein providentiel.
Liens avec d'autres notions :
  • CrĂ©ation : Le devenir du monde commence avec la crĂ©ation.
  • Providence : Le devenir se dĂ©roule sous le regard de Dieu.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Le devenir est pensé dans le cadre des lois de la nature, du progrès, et de l’histoire. La nature change selon des lois fixes (Descartes, Newton). L’idée de progrès introduit un devenir orienté vers un perfectionnement de l’humanité.

  • G.W. Leibniz : Il pense le devenir comme dĂ©veloppement harmonieux selon un plan divin (préétablissement).
    "Tout se fait selon un ordre parfait, mĂŞme si le devenir nous semble chaotique."
Usages et débats : Débats sur le déterminisme, la liberté, le progrès, la place du hasard dans le devenir.
Changements de signification : Le devenir est rationalisé, soumis à des lois, ou à une finalité (progrès).
Liens avec d'autres notions :
  • Progrès : Le devenir humain peut ĂŞtre pensĂ© comme progrès.
  • Loi naturelle : Le devenir de la nature obĂ©it Ă  des lois.

Époque moderne (XIXe siècle)

Le devenir devient concept central de la philosophie de l’histoire, de la dialectique (Hegel), de la biologie (évolution de Darwin). Hegel fait du devenir la synthèse de l’être et du néant, moteur de la dialectique. Nietzsche et Bergson valorisent le devenir comme flux créateur, puissance de vie.

  • G.W.F. Hegel : Il fait du devenir la rĂ©alitĂ© fondamentale, rĂ©sultat de la dialectique de l’être et du nĂ©ant.
    "Le devenir est l’unité de l’être et du néant." (La Science de la Logique)
  • Henri Bergson : Il pense le devenir comme durĂ©e, crĂ©ation continue, Ă©lan vital.
    "La réalité est un flux, une création perpétuelle." (L’Évolution créatrice)
Usages et débats : Débats sur la nature du devenir : dialectique, évolution, création, hasard, nécessité.
Changements de signification : Le devenir est valorisé comme mouvement, création, histoire.
Liens avec d'autres notions :
  • Dialectique : Le devenir est moteur de la dialectique chez Hegel.
  • Évolution : Le devenir est processus Ă©volutif.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

Le devenir (français : devenir ; anglais : becoming) est central en philosophie du temps, de la vie, de l’histoire. Il s’oppose à la fixation de l’être, valorise le processus, le changement, l’ouverture de la réalité. Deleuze insiste sur le devenir comme multiplicité, transformation, différence (devenir-animal, devenir-femme, etc.). En sciences, le devenir est lié à l’irréversibilité, à la complexité.

  • Gilles Deleuze : Il pense le devenir comme processus, multiplicitĂ©, diffĂ©rence, toujours inachevĂ©.
    "Le devenir n’est pas imiter ni identifier, mais extraire une ligne de fuite dans un agencement." (Mille Plateaux, avec Guattari)
Usages et débats : Débats sur la place du devenir face à l’être, sur la possibilité de penser la réalité comme processus sans essence fixe.
Changements de signification : Le devenir est valorisé comme ouverture, multiplicité, créativité, irréversibilité.
Liens avec d'autres notions :
  • Processus : Le devenir est un processus ouvert.
  • DiffĂ©rence : Le devenir produit de la diffĂ©rence.