croyance


Antiquité

Le mot « croyance » (grec : doxa, latin : opinio) désigne d'abord l'opinion, la représentation commune, par opposition à la science ou à la connaissance (épistémè). Chez Platon, la doxa est une forme inférieure de rapport au vrai, par opposition à la connaissance des Idées. Chez Aristote, la croyance (pistis) est l'assentiment sans certitude démonstrative.

  • Platon : Il oppose doxa (opinion, croyance) à épistémè (science, savoir véritable).
    "L'opinion vraie sans raison n'est pas la science." (Ménon, 97b)
  • Aristote : Il analyse la croyance comme assentiment probable, intermédiaire entre savoir et ignorance.
    "La croyance est plus ferme que l'opinion, mais moins que la science." (Rhétorique, I, 1)
Usages et débats : Débats sur la valeur de la croyance par rapport à la science, sur les sources de la croyance (sensation, tradition, autorité).
Changements de signification : La croyance est d'abord pensée comme opinion commune, puis comme assentiment subjectif.
Liens avec d'autres notions :
  • Opinion : La croyance est souvent synonyme d'opinion, mais peut en être distinguée par sa force d'assentiment.
  • Science : La croyance s'oppose à la certitude scientifique.

Moyen Âge

La croyance (fides, credulitas) prend un sens religieux central. Elle désigne l'acte de foi, l'adhésion à des vérités révélées, distincte de la connaissance rationnelle. La foi (fides) est vertu théologale, don de Dieu.

  • Saint Augustin : Il distingue croire (fides) et savoir (scire). La foi est premier pas vers la connaissance de Dieu.
    "Croire, c'est penser avec assentiment." (De praedestinatione sanctorum, II)
  • Thomas d'Aquin : Il souligne l'accord possible entre foi (croyance religieuse) et raison.
    "Il n'y a pas de science de ce qui relève de la foi, mais la foi n'est pas contraire à la raison." (Somme théologique, I, q.1, a.5)
Usages et débats : Débats sur les rapports foi/raison, sur la certitude de la croyance religieuse, sur la possibilité de la preuve de Dieu.
Changements de signification : La croyance devient acte de foi, adhésion à une vérité transcendante.
Liens avec d'autres notions :
  • Foi : La croyance religieuse est la foi, vertu théologale.
  • Raison : La croyance peut être soutenue ou éclairée par la raison.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

La croyance est analysée dans ses rapports avec le doute, la connaissance et la certitude. Elle est parfois vue comme assentiment insuffisamment justifié, parfois comme confiance rationnelle (ex. Pascal, Descartes, Hume). Les Lumières critiquent la crédulité et affirment la primauté de la raison.

  • Blaise Pascal : Il pense la croyance comme pari rationnel, acte du cÅ“ur autant que de la raison.
    "Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point." (Pensées, 277)
  • David Hume : Il analyse la croyance comme sentiment vif, habitude de l'esprit, non comme certitude logique.
    "La croyance est une vive idée associée à une impression." (Enquête sur l'entendement humain, §V)
Usages et débats : Débats sur la justification des croyances, le rapport entre croyance, raison et sentiment.
Changements de signification : La croyance devient phénomène psychologique, non plus uniquement religieux ou philosophique.
Liens avec d'autres notions :
  • Certitude : La croyance cherche à se transformer en certitude, mais reste moins assurée.
  • Doute : La croyance s'oppose au doute.

Époque moderne (XIXe siècle)

La croyance est étudiée comme phénomène collectif (sociologie, psychologie sociale) ou individuel (psychologie). Auguste Comte distingue l'esprit scientifique de l'esprit de croyance. Nietzsche critique les croyances morales et religieuses comme illusions.

  • Friedrich Nietzsche : Il considère la croyance comme illusion nécessaire, mais aussi comme obstacle à la liberté de penser.
    "Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges." (Humain, trop humain, §483)
  • Émile Durkheim : Il définit la croyance religieuse comme représentation collective, fait social par excellence.
    "Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées." (Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912)
Usages et débats : Débats sur la fonction sociale, psychologique, politique des croyances, sur leur genèse et leur rôle dans la culture.
Changements de signification : La croyance est analysée comme fait social et psychologique.
Liens avec d'autres notions :
  • Représentation collective : Les croyances unissent les membres d'une société.
  • Idéologie : La croyance peut devenir idéologie, système de représentations.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

La croyance (français : croyance ; anglais : belief) est étudiée en philosophie analytique, psychologie, sciences sociales et cognitives. Elle désigne tout état mental d'assentiment ou de confiance, qu'il s'agisse de croyances religieuses, scientifiques, ordinaires. On distingue croyance vraie, justifiée, infondée. Les sciences cognitives analysent les mécanismes de formation, de transmission et de résistance des croyances.

  • Ludwig Wittgenstein : Il analyse la croyance comme attitude linguistique et pratique, non comme simple représentation.
    "La croyance se manifeste dans l’action, non seulement dans l’esprit." (Recherches philosophiques, §244)
  • Daniel Dennett : Il développe la notion de « stance intentionnelle » : attribuer des croyances pour expliquer les comportements.
    "Avoir une croyance, c’est être disposé à agir d’une certaine manière." (The Intentional Stance, 1987)
Usages et débats : Débats sur la nature de la croyance (disposition, état mental, acte), sur le rapport entre croyance et vérité, sur la manipulation des croyances (fake news, complotisme).
Changements de signification : La croyance devient un concept central en sciences cognitives, en philosophie du langage et de l’esprit.
Liens avec d'autres notions :
  • Connaissance : La croyance vraie et justifiée est la définition classique de la connaissance.
  • Action : La croyance oriente les comportements.