Antiquité
Le concept de « contraire » (latin : contrarius ; grec : enantios, áŒÎœÎ±ÎœÏÎŻÎżÏ) est central dans la pensĂ©e grecque, notamment chez HĂ©raclite, Aristote et les stoĂŻciens. Le contraire dĂ©signe ce qui est opposĂ© selon une relation de contradiction ou de diffĂ©rence extrĂȘme. Chez Aristote, le contraire est une des formes dâopposition : contradiction, privation, contrariĂ©tĂ©, relation.
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Aristote :
Il distingue la contradiction (affirmation/nĂ©gation), la privation (vue/cĂ©citĂ©), la contrariĂ©tĂ© (blanc/noir) et la relation (double/moitiĂ©). Les contraires sont deux extrĂȘmes dâun mĂȘme genre.
"Les contraires sont les extrĂȘmes entre lesquels se trouvent les choses susceptibles de plus ou moins." (CatĂ©gories, 10b11)
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Héraclite :
Il fait du conflit entre contraires le moteur de la réalité.
"La guerre est pĂšre de toutes choses ; tout naĂźt par le conflit des contraires." (Fragment 53)
Usages et débats :
DĂ©bats sur la nature de lâopposition, sur le rapport entre contraires et contradictoires, sur la possibilitĂ© dâunitĂ© des contraires (dialectique).
Changements de signification :
Le contraire est dâabord pensĂ© comme opposition rĂ©elle, puis comme structure logique.
Liens avec d'autres notions :
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Opposition :
Le contraire est une des formes dâopposition.
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Dialectique :
La dialectique naĂźt de la tension entre contraires.
Moyen Ăge
La notion de contraire structure la logique, la théologie (opposition bien/mal, Dieu/diable) et la physique scolastique (qualités contraires). On distingue contraires (potentiellement coexistants) et contradictoires (exclusifs).
Usages et débats :
DĂ©bats sur lâorigine du mal comme contraire du bien, sur la possibilitĂ© dâun intermĂ©diaire entre contraires.
Changements de signification :
Le contraire est lié à la dynamique du changement et à la structure du monde créé.
Liens avec d'autres notions :
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Changement :
Le changement est passage dâun contraire Ă lâautre.
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Bien/Mal :
Contraires structurants en théologie morale.
Ăge classique (XVIIe - XVIIIe siĂšcles)
Le contraire est analysé en logique (opposition des jugements), en physique (forces opposées), en morale (vertu/vice). On précise la différence entre contraire, contradictoire et subcontraires dans la logique des propositions.
Usages et débats :
DĂ©bats sur la nature logique vs physique de lâopposition, sur la structure du carrĂ© logique.
Changements de signification :
Le contraire devient catégorie logique et physique.
Liens avec d'autres notions :
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Contradiction :
DiffĂ©rence entre contraires (peuvent avoir un intermĂ©diaire) et contradictoires (sâexcluent totalement).
Ăpoque moderne (XIXe siĂšcle)
Le contraire devient catĂ©gorie centrale de la dialectique (Hegel) : la contradiction et lâopposition des contraires sont moteurs du devenir et du progrĂšs. En logique formelle, on distingue clairement contraires, contradictoires et subcontraires.
Usages et débats :
Débats sur la dialectique, la possibilité de synthÚse des contraires, la logique du devenir.
Changements de signification :
Le contraire perd son sens statique, devient dynamique, moteur du changement.
Liens avec d'autres notions :
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Dialectique :
La dialectique suppose lâopposition des contraires et leur dĂ©passement.
Ăpoque contemporaine (XXe-XXIe siĂšcles)
Le contraire (français : contraire ; anglais : contrary, opposite) est analysé en logique, en linguistique, en psychanalyse, en philosophie. On distingue contraires, contradictoires, complémentaires. En linguistique, le contraire structure le lexique (antonymes). En psychanalyse, le jeu des contraires structure le désir et le symbolique.
Usages et débats :
Débats sur la nature des oppositions (logiques, linguistiques, psychiques), sur la possibilité de dépasser les contraires.
Changements de signification :
Le contraire devient structure fondamentale du langage, de la pensée, du psychisme.
Liens avec d'autres notions :
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Antonymie :
Relation lexicale de contraire en linguistique.
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Complémentarité :
Opposé complémentaire, non strictement contraire.