Antiquité
Le terme « contrainte » (latin : coactio, necessitas ; grec : anankê, βια, bia) désigne d’abord la nécessité, la force ou la violence extérieure exercée sur un être ou une chose. La contrainte s’oppose à l’action volontaire ou libre. Chez les Stoïciens, la distinction entre ce qui dépend de nous (liberté) et ce qui ne dépend pas de nous (contrainte) structure la morale.
Usages et débats :
Débats sur la liberté, la fatalité, la nécessité, la place du destin et des contraintes extérieures.
Changements de signification :
La contrainte est d’abord extérieure (violence, nécessité), puis intériorisée (besoin, passion).
Liens avec d'autres notions :
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Liberté :
La contrainte est l’opposé de la liberté.
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Nécessité :
La contrainte comme forme de nécessité extérieure.
Moyen Âge
La contrainte (coactio) est pensée dans le cadre du droit, de la morale et de la théologie. On distingue l’acte accompli sous la contrainte (non libre) de l’acte volontaire (libre). En droit canon, la contrainte annule la validité d’un engagement (vœu, contrat, confession).
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Thomas d’Aquin :
Il distingue l’acte volontaire de l’acte accompli sous la contrainte, qui ne peut être imputé moralement.
"Ce qui est fait sous la contrainte n’est pas imputable à l’agent." (Somme théologique, I-II, q.6, a.7)
Usages et débats :
Débats sur la responsabilité morale, la validité des actes accomplis sous la contrainte, la liberté du vouloir.
Changements de signification :
La contrainte devient centrale dans la réflexion sur la liberté et la responsabilité.
Liens avec d'autres notions :
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Responsabilité :
La contrainte limite ou annule la responsabilité morale.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
La notion de contrainte s’approfondit dans la philosophie morale, politique et le droit. Elle désigne toute force, loi ou pression extérieure qui limite la liberté de l’individu. Hobbes et Rousseau analysent la contrainte sociale, la violence légitime et la distinction entre loi (contrainte légale) et liberté.
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Thomas Hobbes :
Il pense la société comme institution de contraintes réciproques pour éviter la violence.
"Là où il n’y a pas de pouvoir commun, il n’y a pas de loi, donc pas de justice." (Léviathan, XIII)
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Jean-Jacques Rousseau :
Il distingue la contrainte extérieure de l’obligation morale (loi qu’on se donne à soi-même).
"L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté." (Du Contrat social, I, 8)
Usages et débats :
Débats sur la légitimité des contraintes sociales, le contrat social, la frontière entre obligation et contrainte.
Changements de signification :
La contrainte devient concept clé de la politique, du droit et de l’éthique.
Liens avec d'autres notions :
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Obligation :
Différence entre obligation (auto-imposée) et contrainte (imposée de l’extérieur).
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Loi :
La loi est une contrainte légitime ou librement consentie.
Époque moderne (XIXe siècle)
La contrainte est analysée dans le contexte social, psychologique et biologique. Durkheim parle de contrainte sociale comme fait social objectif qui s’impose à l’individu. Freud évoque les contraintes pulsionnelles internes. Les sciences expérimentales étudient les contraintes physiques ou biologiques.
Usages et débats :
Débats sur la nature des contraintes sociales, psychologiques, biologiques ; sur la liberté individuelle.
Changements de signification :
La contrainte n’est plus seulement extérieure, elle peut être intériorisée (habitude, inconscient).
Liens avec d'autres notions :
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Fait social :
La contrainte comme marque du social.
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Inconscient :
La contrainte peut être d’origine psychique.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
La contrainte (français : contrainte ; anglais : constraint, compulsion) est centrale en philosophie, sociologie, droit, économie, sciences. Elle désigne toute limite (interne ou externe) imposée à l’action, à la pensée, à la création. On distingue contraintes sociales, économiques, psychiques, physiques, informatiques (programmation sous contrainte). La question de l’autonomie face aux contraintes est centrale dans l’éthique contemporaine.
Usages et débats :
Débats sur la gestion et la légitimité des contraintes, la possibilité de l’autonomie, la distinction entre contrainte, norme et pouvoir.
Changements de signification :
La contrainte prend une dimension systémique, plurielle, intériorisée comme extériorisée.
Liens avec d'autres notions :
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Norme :
La contrainte est souvent véhiculée par la norme.
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Pouvoir :
Le pouvoir s’exerce à travers une multiplicité de contraintes.