contingence


Antiquité

Le terme « contingence » (du latin contingentia, grec : to endechomenon, το ενδεχόμενον) est peu utilisé comme tel, mais l’opposition entre ce qui est nécessaire et ce qui est possible ou accidentel est présente. Aristote distingue entre le nécessaire (anankê), le possible (dynamis), et le contingent (ce qui peut être autrement qu’il n’est). La contingence désigne ce qui pourrait ne pas être, ce qui existe sans nécessité.

  • Aristote : Il dĂ©finit la contingence comme ce qui n’est ni nĂ©cessaire ni impossible — ce qui peut ĂŞtre ou ne pas ĂŞtre.
    "Ce n’est pas parce qu’une chose arrive qu’elle doit arriver nécessairement ; il y a des choses qui arrivent par contingence." (De l’Interprétation, 19a)
Usages et débats : Débat sur la possibilité, la nécessité, le hasard, le destin.
Changements de signification : La contingence apparaît comme catégorie intermédiaire entre nécessité et impossibilité.
Liens avec d'autres notions :
  • NĂ©cessitĂ© : OpposĂ© de la contingence : ce qui ne peut pas ne pas ĂŞtre.
  • PossibilitĂ© : La contingence est une espèce de possibilitĂ©.

Moyen Âge

La contingence est centrale dans la théologie et la métaphysique médiévales. Dieu seul est nécessaire (nécessité absolue), tout le créé est contingent (il pourrait ne pas être). La contingence fonde la distinction entre Dieu et le monde.

  • Thomas d’Aquin : Il fonde la preuve de l’existence de Dieu sur la distinction entre les ĂŞtres contingents (qui commencent et cessent d’être) et l’Être nĂ©cessaire.
    "Dans la nature, il existe des choses qui peuvent être et ne pas être ; or tout ce qui est contingent suppose un être nécessaire." (Somme théologique, I, q.2, a.3)
Usages et débats : Débats sur la liberté divine, le hasard, la causalité, l’existence des possibles.
Changements de signification : La contingence devient caractéristique fondamentale de la création.
Liens avec d'autres notions :
  • NĂ©cessaire : Dieu est nĂ©cessaire, toute crĂ©ature est contingente.
  • CrĂ©ation : Le monde créé est contingent.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

La contingence désigne ce qui n’est pas déterminé par la raison ou la nécessité (Leibniz, Descartes). La distinction entre vérités nécessaires (de raison) et contingentes (de fait) structure la pensée philosophique. La question du hasard, de la liberté, du déterminisme est centrale.

  • Gottfried Wilhelm Leibniz : Il distingue les vĂ©ritĂ©s de raison (nĂ©cessaires) et les vĂ©ritĂ©s de fait (contingentes).
    "Les vérités nécessaires sont fondées sur le principe de contradiction, les vérités contingentes sur le principe de raison suffisante." (Monadologie, §33)
Usages et débats : Débats sur le déterminisme, la liberté, la raison suffisante, l’existence du hasard.
Changements de signification : La contingence est liée à la notion d’événement, de fait, d’histoire.
Liens avec d'autres notions :
  • VĂ©ritĂ© de raison : NĂ©cessaire, par opposition Ă  la vĂ©ritĂ© de fait, contingente.
  • Raison suffisante : Toute contingence suppose une raison, mĂŞme si elle n’est pas nĂ©cessaire.

Époque moderne (XIXe siècle)

La contingence prend une dimension existentielle et historique. Elle désigne ce qui est donné sans raison absolue, ce qui aurait pu être autrement (existence humaine, individualité, hasard historique). La philosophie allemande (Hegel, Kierkegaard) réfléchit sur la part du contingent dans l’histoire et l’existence.

  • Søren Kierkegaard : Il voit dans la contingence le propre de l’existence individuelle, opposĂ©e Ă  la nĂ©cessitĂ© rationnelle.
    "L’existence est précisément la contingence qui ne se laisse pas réduire à la nécessité."
Usages et débats : Débats sur la liberté individuelle, le hasard, l’histoire universelle vs singulière.
Changements de signification : La contingence devient synonyme de singularité, d’événement, de liberté.
Liens avec d'autres notions :
  • Existence : L’existence humaine est contingente, non nĂ©cessaire.
  • Hasard : La contingence inclut l’imprĂ©visible, l’accidentel.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

La contingence (français : contingence ; anglais : contingency) devient centrale en philosophie (Sartre, Heidegger), en sciences (physique quantique, biologie de l’évolution), en histoire (événementialité). Elle désigne ce qui n’a pas de fondement absolu, ce qui aurait pu ne pas être ou être autrement. La contingence est liée à la liberté, à l’absurde, à l’imprévisibilité.

  • Jean-Paul Sartre : Il fait de la contingence la caractĂ©ristique fondamentale de l’existence humaine : l’homme et le monde auraient pu ne pas ĂŞtre.
    "L’homme est une passion inutile, jeté dans la contingence." (L’Être et le Néant, 1943)
  • Jacques Monod : Il fait de la contingence le moteur de l’évolution biologique (hasard et nĂ©cessitĂ©).
    "Le hasard seul est à la source de toute nouveauté, de toute création dans la biosphère." (Le Hasard et la Nécessité, 1970)
Usages et débats : Débats sur le sens de l’existence, le hasard, la liberté, la science et l’événement.
Changements de signification : La contingence est valorisée comme ouverture, liberté, création, ou questionnée comme absurdité.
Liens avec d'autres notions :
  • LibertĂ© : La contingence fonde la possibilitĂ© de la libertĂ©.
  • Absurd : La contingence du monde, selon l’existentialisme.