Antiquité
Le concept (du latin conceptus, « ce qui est conçu ») n’est pas nommé en tant que tel, mais la réflexion sur l’idée, le genre, la définition, est centrale. Chez Platon, le concept se rapproche de l’Idée (eidos), réalité intelligible commune à plusieurs choses sensibles. Chez Aristote, on trouve la notion de concept comme ce qui est pensé dans l’esprit (noèma), lié à la définition de l’essence.
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Platon :
Il fonde la doctrine des Idées, modèles intelligibles permettant de penser les choses sensibles.
"L’Idée est ce que l’intelligence conçoit comme étant unique dans la diversité des choses."
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Aristote :
Il distingue le concept (ce qui est pensé) de la chose (ce qui est), et analyse la formation des concepts par abstraction.
"Le concept est dans l’âme, la chose est dans le monde."
Usages et débats :
Débats sur la réalité des concepts (réalisme vs nominalisme), sur leur origine (innée ou acquise), sur leur capacité à saisir l’essence.
Changements de signification :
Le concept est d’abord lié à l’essence, puis à la représentation mentale.
Liens avec d'autres notions :
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Idée :
Synonyme ou proche parent du concept chez Platon.
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Définition :
Le concept se précise par la définition.
Moyen Âge
Le concept (conceptus) est discuté dans le cadre du problème des universaux : les concepts généraux (animal, homme) existent-ils réellement (réalisme) ou seulement dans l’esprit (nominalisme, conceptualisme) ? Les scolastiques s’interrogent sur la nature des concepts et leur rapport au langage (termes) et à la réalité.
Usages et débats :
Débats sur l’universalité des concepts, leur statut ontologique, leur rapport au langage.
Changements de signification :
Le concept devient signe mental, distinct du mot (langage) et de la chose (réalité).
Liens avec d'autres notions :
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Universaux :
Le concept est au centre du débat sur les universaux.
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Langage :
Le concept précède et structure le langage.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
Le concept (français : concept ; latin : conceptus) désigne l’idée claire et distincte, objet de la pensée rationnelle. Chez Descartes, le concept est une idée évidente à l’intellect. Chez Locke, il s’agit d’une abstraction produite par l’esprit. Chez Kant, le concept est une règle de synthèse de la diversité des intuitions.
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John Locke :
Il analyse la formation des concepts par abstraction à partir des idées simples de sensation.
"Les concepts généraux sont des idées abstraites formées par l’esprit."
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Emmanuel Kant :
Il définit le concept comme une fonction de l’entendement, règle permettant de penser le divers de l’intuition.
"Le concept est une règle générale de la pensée, distincte de l’intuition."
Usages et débats :
Débats sur la formation des concepts (empirisme vs rationalisme), leur usage pour connaître la réalité.
Changements de signification :
Le concept devient structure de la pensée, règle ou fonction, non simple image mentale.
Liens avec d'autres notions :
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Abstraction :
Processus de formation des concepts généraux.
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Intuition :
Opposé au concept chez Kant.
Époque moderne (XIXe siècle)
Le concept est central dans la logique, l’épistémologie et la philosophie allemande. Hegel fait du concept (Begriff) le moteur du devenir dialectique et de la réalité. La logique formelle (Frege) distingue concept et objet, analyse la structure des jugements.
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Georg Wilhelm Friedrich Hegel :
Il fait du concept (Begriff) la réalité même du mouvement dialectique, instance vivante de la pensée et de l’être.
"Le concept est la réalité effective de l’esprit."
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Gottlob Frege :
Il distingue le concept (fonction) de l’objet, base de la logique moderne.
"Le concept n’est pas un objet, mais une fonction qui attribue une valeur de vérité."
Usages et débats :
Débats sur la réalité du concept, son rapport à l’objet, son rôle dans la logique et la dialectique.
Changements de signification :
Le concept devient opérateur logique, force dialectique ou fonction.
Liens avec d'autres notions :
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Dialectique :
Le concept est moteur du devenir chez Hegel.
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Logique :
Le concept structure les jugements et la connaissance.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
Le concept (français : concept ; anglais : concept, Begriff, notion) est au centre de la philosophie analytique, de la linguistique, des sciences cognitives. Il désigne une unité de sens, un schème de classement, une règle d’usage, un outil de la pensée et du langage. La philosophie contemporaine analyse la formation, l’usage, l’histoire, la performativité des concepts.
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Ludwig Wittgenstein :
Il analyse le concept comme usage dans le langage (jeux de langage), oppose l’essence fixe à la pluralité des usages.
"Le sens d’un concept, c’est son usage dans le langage." (Recherches philosophiques, §43)
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Gilles Deleuze :
Il définit le concept comme création philosophique, outil de pensée pour saisir des problèmes.
"Le concept est un outil, une création propre à la philosophie." (Qu’est-ce que la philosophie ?, 1991)
Usages et débats :
Débats sur la nature et la fonction du concept (représentation, usage, création), sur l’existence de concepts universels ou contextuels.
Changements de signification :
Le concept devient outil, règle, schème, usage, création, catégorie de pensée ou de langage.
Liens avec d'autres notions :
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Notion :
Terme souvent synonyme, parfois plus vague.
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Schème :
Structure cognitive ou de classement.
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Langage :
Le concept s’exprime et se forme dans le langage.