chose


Antiquité

Le terme « chose » (latin : res ; grec : pragma, chrema) désigne tout ce qui existe ou peut être pensé comme un objet distinct, réel ou possible. Chez Aristote, la chose renvoie à la substance individuelle (ousia), porteuse d’accidents et de qualités. Dans la philosophie stoïcienne et épicurienne, la chose désigne tout ce qui a une réalité physique ou matérielle.

  • Aristote : Il identifie la chose à la substance individuelle, support des propriétés.
    "La substance première est la chose qui existe en soi." (Catégories, 2a11)
Usages et débats : Débats sur la distinction entre chose et être, chose et substance, chose et qualité.
Changements de signification : La chose est d'abord pensée comme réalité concrète, individuelle, matérielle.
Liens avec d'autres notions :
  • Substance : La chose est prise comme réalité substantielle.
  • Accident : La chose porte des accidents, qui ne sont pas sa réalité première.

Moyen Âge

La « chose » (res) est comprise à la fois comme réalité matérielle (chose corporelle) et réalité immatérielle (chose spirituelle, Dieu, âme, etc.). Dans la scolastique, la res peut désigner toute entité réelle ou pensable. En théologie, Dieu est parfois nommé 'chose suprême', bien que ce langage soit limité par respect.

  • Thomas d’Aquin : Il distingue la chose réelle (res) de la chose conçue par l’intellect (ens rationis).
    "Est chose ce qui est en soi, réellement ou intellectuellement."
Usages et débats : Débats sur la réalité des choses, matérielles ou immatérielles, sur la res extensa et la res cogitans.
Changements de signification : La chose s’étend au-delà du matériel, recouvrant aussi les réalités spirituelles ou conceptuelles.
Liens avec d'autres notions :
  • Res extensa : Chose étendue, matière chez Descartes.
  • Res cogitans : Chose pensante, esprit chez Descartes.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

La « chose » prend un sens technique chez Descartes : il distingue la res extensa (chose étendue, matière) et la res cogitans (chose pensante, esprit), fondant ainsi le dualisme. La chose devient concept philosophique permettant d’opposer matière et pensée, objet et sujet.

  • René Descartes : Il fonde la distinction entre la chose étendue (corps) et la chose pensante (âme).
    "Par le nom de chose, j’entends tout ce qui existe réellement ou seulement par la pensée." (Méditations, II)
Usages et débats : Débats sur le dualisme, la nature des choses, la réalité de la matière et de l’esprit.
Changements de signification : La chose devient concept générique, englobant aussi bien le physique que le mental.
Liens avec d'autres notions :
  • Dualisme : Distinction entre deux types de choses : l’étendue et la pensée.
  • Objet : La chose comme objet de connaissance.

Époque moderne (XIXe siècle)

La notion de chose évolue avec la philosophie allemande (Kant, Hegel). Chez Kant, la 'chose en soi' (Ding an sich) désigne la réalité indépendante de notre expérience, inaccessible en elle-même. La chose devient aussi objet d’étude des sciences naturelles et humaines.

  • Immanuel Kant : Il introduit la distinction entre la chose en soi (ce qui existe indépendamment de nous) et le phénomène (ce qui nous apparaît).
    "Nous ne connaissons que les phénomènes, non les choses en soi." (Critique de la raison pure, Bxxvi)
Usages et débats : Débats sur la possibilité de connaître la chose en soi, sur la réalité objective, sur la distinction sujet/objet.
Changements de signification : La chose devient problématique : est-elle connaissable, ou seulement pensable ?
Liens avec d'autres notions :
  • Chose en soi : Ce qui existe indépendamment de la perception.
  • Phénomène : Ce qui apparaît à la conscience, par opposition à la chose en soi.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

La « chose » (français : chose ; anglais : thing) est interrogée dans la phénoménologie, la philosophie analytique, la sociologie. Heidegger distingue la 'chose' (das Ding) de l’objet technique. Les sciences humaines analysent la chose comme construction sociale, ou comme support matériel des relations symboliques.

  • Martin Heidegger : Il étudie la chose comme ce qui se manifeste dans l’usage, l’expérience pré-théorique, opposée à l’objet calculable.
    "La chose est ce qui rassemble, ce qui fait tenir ensemble le monde." (La chose, 1950)
  • Bruno Latour : Il analyse la chose comme nÅ“ud de relations, acteur dans les réseaux sociaux et techniques.
    "Les choses sont au centre des collectifs humains et non-humains."
Usages et débats : Débats sur la différence entre chose et objet, la construction sociale des choses, la réalité matérielle vs symbolique.
Changements de signification : La chose devient concept relationnel, parfois opposé à l’objet technique ou au simple produit de la pensée.
Liens avec d'autres notions :
  • Objet : La chose comme objet d’usage ou de science.
  • Réseau : La chose comme acteur dans un réseau de relations.