cause


Antiquité

La notion de « cause » (grec : aitia, αἰτία ; latin : causa) est fondamentale dans la philosophie antique. Chez Aristote, la cause désigne tout ce qui concourt à la génération ou à l’explication d’une chose. Il distingue quatre types de causes : matérielle (ce dont la chose est faite), formelle (ce qu’est la chose), efficiente (ce qui produit la chose), finale (le but de la chose).

  • Aristote : Il systĂ©matise la doctrine des quatre causes, fondement de toute explication naturelle ou artificielle.
    "Nous pensons connaître une chose pleinement seulement lorsque nous connaissons ses quatre causes." (Physique, II, 3)
  • Platon : Il distingue les causes intelligibles (IdĂ©es) et les causes matĂ©rielles.
    "La cause véritable est l’Idée, principe de l’intelligibilité." (Timée, 28a)
Usages et débats : Débats sur le nombre et la nature des causes, leur rôle dans la science et la métaphysique, la distinction entre causes naturelles et causes intelligibles.
Changements de signification : La cause est d’abord principe d’explication universel, puis se spécialise selon les domaines (physique, morale…).
Liens avec d'autres notions :
  • Explication : La cause fonde la possibilitĂ© d’expliquer les phĂ©nomènes.
  • FinalitĂ© : La cause finale donne sens Ă  l’existence d’une chose.

Moyen Âge

La pensée médiévale reprend la théorie aristotélicienne des causes, l’appliquant à la nature, à la métaphysique et à la théologie (Dieu comme cause première). Les scolastiques discutent le statut des causes secondes (créatures) et la distinction entre cause nécessaire, occasionnelle, instrumentale.

  • Thomas d’Aquin : Il affirme que Dieu est la cause première de tout ce qui existe, les crĂ©atures Ă©tant causes secondes.
    "Dieu est la cause première, les créatures sont causes secondes." (Somme théologique, I, q.2, a.3)
Usages et débats : Débats sur la causalité divine, la liberté humaine, l’interaction entre causes premières et secondes.
Changements de signification : La cause est hiérarchisée : cause première (Dieu) et causes secondes (créatures, agents naturels).
Liens avec d'autres notions :
  • CausalitĂ© : Lien entre cause et effet dans l’ordre du monde.
  • Providence : Dieu comme cause finale et providentielle.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Le concept de cause se transforme avec la science moderne. La cause efficiente devient centrale, les causes finales sont rejetées dans la physique (Descartes, Newton). La causalité devient principe de connexion nécessaire entre les phénomènes, fondement de la science expérimentale.

  • RenĂ© Descartes : Il rĂ©duit la cause Ă  la cause efficiente, excluant la cause finale du domaine scientifique.
    "La connaissance des causes consiste à connaître les lois du mouvement."
  • David Hume : Il critique la notion de cause comme connexion nĂ©cessaire, n’y voyant qu’une habitude de l’esprit fondĂ©e sur la rĂ©pĂ©tition.
    "La causalité n’est qu’une conjonction constante, non une nécessité objective." (Enquête sur l’entendement humain, §VII)
Usages et débats : Débats sur la nature de la causalité (objective ou subjective), l’existence de causes finales en dehors de l’homme.
Changements de signification : La cause devient relation mécanique, parfois réduite à la succession régulière de phénomènes.
Liens avec d'autres notions :
  • Loi : La science cherche les lois causales.
  • NĂ©cessitĂ© : La cause implique une nĂ©cessitĂ© ou une rĂ©gularitĂ©.

Époque moderne (XIXe siècle)

La causalité est au centre de la science (physique, biologie, histoire). On distingue causalité mécanique, organique, historique. La critique de la causalité (positivisme, empirisme) se développe. L’idée de cause évolue vers celle de condition, de facteur, de corrélation.

  • Auguste Comte : Il rejette la recherche des causes ultimes au profit des lois des phĂ©nomènes.
    "La science ne cherche plus les causes, mais les lois des phénomènes." (Cours de philosophie positive, 1830-42)
  • Friedrich Nietzsche : Il critique la notion de cause unique, souligne la pluralitĂ© et la complexitĂ© des facteurs.
    "Il n’y a pas de cause, mais un faisceau de conditions." (Le Crépuscule des idoles, 1889)
Usages et débats : Débats sur la scientificité de la cause, la distinction entre causalité et corrélation, la multiplicité des causes.
Changements de signification : La cause devient concept opératoire, facteur ou condition parmi d’autres.
Liens avec d'autres notions :
  • Loi scientifique : Les lois remplacent parfois la recherche des causes.
  • Condition : La cause se dissout dans l’analyse des conditions.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

La cause (français : cause ; anglais : cause) est discutée en philosophie, en science, en droit. Elle désigne toute relation de production ou d’influence entre des phénomènes. Les sciences formalisent la causalité (relations causales, modèles statistiques, causalité probabiliste). En philosophie, la causalité est discutée comme concept logique, structure de l’expérience ou construction sociale.

  • Bertrand Russell : Il considère la cause comme notion dĂ©passĂ©e en science fondamentale, remplacĂ©e par des relations fonctionnelles ou des lois.
    "La cause a disparu de la physique avancée." (On the Notion of Cause, 1913)
  • Hans Reichenbach : Il dĂ©veloppe la causalitĂ© probabiliste en science.
    "La cause augmente la probabilité de son effet."
Usages et débats : Débats sur la causalité linéaire vs circulaire, la causalité probabiliste, la responsabilité, la construction sociale du lien de cause à effet.
Changements de signification : La cause devient relation fonctionnelle, facteur de probabilité ou construction interprétative.
Liens avec d'autres notions :
  • CorrĂ©lation : DiffĂ©rence entre causalitĂ© et simple corrĂ©lation.
  • ResponsabilitĂ© : La cause fonde la responsabilitĂ© en droit et en morale.