Antiquité
Le concept de « but » (grec : telos, Ď„Îλος ; latin : finis, scopus) dĂ©signe la fin, l’objectif ou la finalitĂ© vers laquelle tend une action ou un ĂŞtre. Chez Aristote, la notion de cause finale (aitia teleia) joue un rĂ´le central : toute chose, tout ĂŞtre vivant, tout acte a un but qui explique son existence ou son mouvement. Le but est liĂ© Ă la nature, Ă la rĂ©alisation de soi ou Ă la perfection.
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Aristote :
Il fait du but (telos) la cause ultime des actions et des êtres vivants. La finalité est constitutive de la nature.
"Le but, c’est ce pour quoi une chose est faite ou existe." (Physique, II, 3)
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Épicure :
Il définit le but de la vie comme le plaisir (hêdonê), conçu comme absence de trouble.
"Le plaisir est le but de la vie heureuse." (Lettre à Ménécée)
Usages et débats :
Débats sur la place de la finalité dans la nature (téléologie), sur le but suprême de la vie humaine (eudaimonia, ataraxie, plaisir).
Changements de signification :
Le but est d’abord pensé comme finalité intrinsèque (naturelle ou morale), puis comme objectif choisi ou fixé par la volonté.
Liens avec d'autres notions :
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Finalité :
Le but comme cause finale.
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Télos :
Le terme grec pour 'but', central chez Aristote.
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Eudaimonia :
Le bonheur comme but suprĂŞme de la vie humaine.
Moyen Âge
Le but (finis) est conçu comme la finalité naturelle ou surnaturelle de chaque être. Dans la théologie chrétienne, le but ultime de l’homme est la béatitude, l’union à Dieu. La scolastique distingue la fin prochaine (but immédiat) et la fin ultime (but suprême).
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Thomas d’Aquin :
Il distingue la fin ultime (union à Dieu) et les fins intermédiaires (biens terrestres).
"Toute chose agit en vue d’une fin, qui est son bien propre." (Somme théologique, I-II, q.1, a.2)
Usages et débats :
Débats sur le but naturel de l’homme, la hiérarchie des fins, la liberté du choix des buts.
Changements de signification :
Le but prend une dimension théologique, orientée vers le salut.
Liens avec d'autres notions :
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Béatitude :
But suprême de l’existence humaine chez les chrétiens.
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Fin ultime :
Le but suprême au sommet de la hiérarchie des finalités.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
Le but (français : but ; latin : finis) est analysé dans la philosophie morale, la science et la politique. La critique de la téléologie naturelle se développe avec la science mécaniste (Descartes), mais la notion de but subsiste dans l’analyse de l’action humaine (intention, projet, utilité).
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René Descartes :
Il critique la téléologie naturelle, mais reconnaît le rôle du but dans l’action volontaire humaine.
"Nous ne devons pas supposer des fins dans la nature, mais nous devons les reconnaître dans nos actions." (Principes de la philosophie, III, 2)
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John Locke :
Il analyse la volonté comme choix d’un but, la liberté comme capacité de déterminer ses propres fins.
"La liberté consiste à pouvoir suspendre l’exécution de ses désirs, pour examiner s’ils conduisent au véritable bien." (Essai sur l’entendement humain, II, XXI, §47)
Usages et débats :
Débats sur la place du but dans la nature (critique de la téléologie), sur la liberté de choisir ses buts.
Changements de signification :
Le but devient davantage objectif conscient, projet individuel ou collectif.
Liens avec d'autres notions :
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Intention :
Le but comme objet de la volonté consciente.
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Projet :
Le but comme orientation de l’action.
Époque moderne (XIXe siècle)
Le but (allemand : Zweck ; anglais : aim, goal) est discuté dans la philosophie de l’histoire (sens de l’histoire), en psychologie (motivation, pulsion de but), en sciences (biologie, téléonomie). La notion de but s’autonomise de la téléologie classique, devient une structure psychologique (conscience de but, projet) ou sociale (but collectif).
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Arthur Schopenhauer :
Il critique la téléologie, mais analyse la volonté comme tendance vers un but, sans finalité ultime.
"La volonté n’a pas de but en dehors d’elle-même, elle est aveugle et sans fin." (Le Monde comme volonté et comme représentation, I, §27)
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Charles Darwin :
Il remplace la finalité naturelle par la sélection naturelle, mais la biologie conserve la notion de but fonctionnel (téléonomie).
"La nature n’a pas de but, mais la sélection retient les traits adaptés à une fin fonctionnelle."
Usages et débats :
Débats sur la place du but en biologie, en psychologie, sur le sens de l’histoire et de l’existence.
Changements de signification :
Le but est pensé comme construction psychologique ou sociale, non comme finalité naturelle.
Liens avec d'autres notions :
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Motivation :
Le but comme moteur psychologique.
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Téléonomie :
Finalité fonctionnelle sans intention consciente.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
Le but (français : but ; anglais : goal, aim, purpose) est central en psychologie (motivation, orientation, sens de la vie), en philosophie de l’action, en éthique (choix des valeurs, construction de soi), en sciences sociales (projets collectifs, politiques publiques). On distingue but individuel, but collectif, but conscient ou inconscient. Le but est interrogé dans l’ère du pluralisme des valeurs et du relativisme culturel.
Usages et débats :
Débats sur la pluralité des buts, leur légitimité, l’absence de finalité absolue, la crise du sens.
Changements de signification :
Le but est une notion subjective, plurielle, au centre de la psychologie, de l’éthique, de la politique.
Liens avec d'autres notions :
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Sens :
Le but donne sens à l’existence.
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Projet :
Le but s’inscrit dans un projet de vie ou d’action.