bien


Antiquité

Le concept de « bien » (grec : agathón, αγαθόν ; latin : bonum) est central dans la philosophie antique. Chez Platon, le Bien est une Idée suprême, cause de l’être et de la connaissance, principe transcendant de toute valeur. Chez Aristote, le bien est ce vers quoi tend toute chose (télos), le but ultime étant le bonheur (eudaimonia) pour l’homme. Les Stoïciens identifient le bien à la vertu et à la vie conforme à la raison.

  • Platon : Le Bien est l’Idée suprême, source de l’intelligibilité et de la valeur de toutes choses.
    "Le Bien est ce que tous les êtres recherchent." (République, VI, 505d)
  • Aristote : Le bien est ce vers quoi tend toute action ; pour l’homme, le bonheur est le souverain bien.
    "Le bien est ce à quoi toute chose aspire." (Éthique à Nicomaque, I, 1, 1094a3)
Usages et débats : Débats sur la nature du bien : transcendant (Platon) ou immanent (Aristote), bien moral ou bien naturel.
Changements de signification : Le bien est tantôt principe métaphysique, tantôt but moral ou naturel.
Liens avec d'autres notions :
  • Idée du Bien : Le Bien suprême chez Platon.
  • Télos : Le bien comme fin ultime.
  • Vertu : Le bien moral chez les Stoïciens.

Moyen Âge

Le bien (latin : bonum) prend une dimension théologique : il est identifié à Dieu, source de toute bonté et perfection. La scolastique distingue le bien en soi (bonum in se), le bien utile, le bien agréable, et le bien moral. Thomas d’Aquin affirme que le bien est ce que tous les êtres désirent, et que Dieu est le Bien suprême.

  • Augustin d’Hippone : Le bien véritable est Dieu, tout bien créé participe du Bien suprême.
    "Dieu est le bien suprême, cause de tout bien." (De natura boni, 1)
  • Thomas d’Aquin : Il distingue différents genres de biens et affirme l’identification de l’être et du bien.
    "Tout être est bon en tant qu’il est." (Somme théologique, I, q.5, a.3)
Usages et débats : Débats sur l’origine du bien, sa relation avec Dieu, la distinction entre bien naturel et bien moral.
Changements de signification : Le bien s’identifie à l’être et à Dieu ; toute créature participe du Bien suprême.
Liens avec d'autres notions :
  • Dieu : Bien suprême et cause de toute bonté.
  • Participation : Le bien créé participe du Bien divin.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Le bien (français : bien ; latin : bonum) est analysé dans le cadre de la morale, de la métaphysique et de la politique. On distingue le bien commun, le bien individuel, le bien moral. Descartes, Spinoza, Leibniz réfléchissent sur la nature du bien, sa relation à la raison, à Dieu ou à la nature.

  • René Descartes : Il identifie le bien à la clarté de la raison, au choix de la volonté droite.
    "Le bien consiste à suivre la raison." (Lettre à Élisabeth, 1645)
  • Baruch Spinoza : Il définit le bien comme ce que nous savons avec certitude nous être utile.
    "Est bien ce que nous savons avec certitude nous être utile." (Éthique, IV, déf. 1)
Usages et débats : Débats sur la définition du bien moral, le rapport entre bien et raison, entre bien et nature.
Changements de signification : Le bien devient notion relative à la nature humaine, à la raison, à l’utilité ou à la loi.
Liens avec d'autres notions :
  • Raison : Le bien comme conformité à la raison.
  • Utilité : Le bien selon Spinoza.

Époque moderne (XIXe siècle)

Le bien est discuté dans le cadre de l’utilitarisme, des philosophies sociales, de l’éthique laïque. Le bien est identifié au bonheur, à l’utilité collective ou à la réalisation de soi. Les philosophies idéalistes (Hegel) ou matérialistes (Marx) redéfinissent le bien par rapport à l’histoire, à la société ou à l’émancipation.

  • John Stuart Mill : Il identifie le bien à l’utilité, au plus grand bonheur du plus grand nombre.
    "Le critère du bien, c’est le bonheur de tous." (L’Utilitarisme, 1861)
  • Georg Wilhelm Friedrich Hegel : Il voit le bien comme réalisation de la liberté dans l’histoire.
    "Le bien est l’effectivité de l’idée morale." (Principes de la philosophie du droit, §129)
Usages et débats : Débats sur la définition du bien (plaisir, utilité, liberté), sur l’éthique individuelle et sociale.
Changements de signification : Le bien devient critère d’action sociale, politique, économique ou subjective.
Liens avec d'autres notions :
  • Utilitarisme : Le bien défini par l’utilité collective.
  • Liberté : Le bien comme réalisation de la liberté.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

Le concept de bien (français : bien ; anglais : good) est au centre de l’éthique, de la philosophie politique et de la philosophie du langage. Il est discuté dans le cadre du pluralisme des valeurs, des droits de l’homme, des débats bioéthiques. On distingue les biens matériels, moraux, sociaux, collectifs. Les théories contemporaines interrogent la possibilité d’un bien universel face à la diversité des cultures et des valeurs.

  • Emmanuel Lévinas : Il fonde le bien sur la relation éthique à autrui, au-delà de toute loi universelle.
    "Le Bien, c’est la responsabilité pour autrui." (Totalité et Infini, 1961)
  • John Rawls : Il définit le bien à partir de la justice comme équité, principe d’organisation sociale.
    "Chaque personne possède un droit inviolable au bien fondamental de la justice." (Théorie de la justice, 1971)
Usages et débats : Débats sur le relativisme des valeurs, le bien commun, le pluralisme moral, la justice, la bioéthique.
Changements de signification : Le bien devient notion pluraliste, souvent discutée à l’aune des droits, de la justice ou de la responsabilité.
Liens avec d'autres notions :
  • Valeur : Le bien comme critère des valeurs.
  • Justice : Le bien dans l’organisation sociale équitable.