autonomie


Antiquité

Le terme « autonomie » (grec : autonomia, Î±áœÏ„ÎżÎœÎżÎŒÎŻÎ±, de autos « soi-mĂȘme » et nomos « loi ») dĂ©signe d’abord le statut d’une citĂ© qui se gouverne selon ses propres lois, par opposition Ă  l’hĂ©tĂ©ronomie (soumission Ă  des lois Ă©trangĂšres). Sur le plan individuel, l’idĂ©al du sage (chez les StoĂŻciens) est d’ĂȘtre une loi pour soi-mĂȘme, de vivre conformĂ©ment Ă  la raison propre.

  • StoĂŻciens : Le sage est autonome car il se gouverne par la raison et non par les passions ou les influences extĂ©rieures.
    "L’homme libre est celui qui obĂ©it Ă  la raison, non aux passions."
Usages et dĂ©bats : DĂ©bats sur l’autonomie des citĂ©s, la libertĂ© individuelle, la capacitĂ© Ă  se donner sa propre loi morale.
Changements de signification : L’autonomie passe du statut politique Ă  l’idĂ©al moral de l’individu maĂźtre de lui-mĂȘme.
Liens avec d'autres notions :
  • HĂ©tĂ©ronomie : OpposĂ© de l’autonomie : recevoir la loi d’un autre.
  • Raison : La raison permet Ă  l’individu d’ĂȘtre autonome.

Moyen Âge

Le concept d’autonomie individuelle est peu mis en avant : la loi morale et la loi divine sont considĂ©rĂ©es comme hĂ©tĂ©ronomes, donnĂ©es par Dieu ou la sociĂ©tĂ©. Cependant, la notion d’« autonomie » politique ou institutionnelle (d’une universitĂ©, d’une communautĂ©) existe.

  • UniversitĂ©s mĂ©diĂ©vales : Certaines institutions revendiquent une autonomie statutaire face au pouvoir royal ou ecclĂ©siastique.
    "L’universitĂ© de Paris revendique son autonomie face Ă  l’évĂȘque."
Usages et dĂ©bats : DĂ©bats sur l’autonomie des institutions, sur la source de la loi morale (Dieu ou raison ?).
Changements de signification : L’autonomie est surtout politique ou institutionnelle, rarement morale.
Liens avec d'autres notions :
  • Loi divine : La morale est hĂ©tĂ©ronome, donnĂ©e par Dieu.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siùcles)

Le concept d’autonomie prend une dimension morale et philosophique, en particulier chez Rousseau (autonomie de la volontĂ© gĂ©nĂ©rale) et surtout chez Kant, qui en fait le fondement de la morale. L’autonomie devient la capacitĂ© de se donner Ă  soi-mĂȘme sa propre loi morale, par la raison, indĂ©pendamment de toute autoritĂ© extĂ©rieure.

  • Jean-Jacques Rousseau : Il dĂ©finit la libertĂ© comme obĂ©issance Ă  la loi que l’on s’est prescrite Ă  soi-mĂȘme (volontĂ© gĂ©nĂ©rale).
    "L’obĂ©issance Ă  la loi qu’on s’est prescrite est libertĂ©." (Du Contrat social, I, 8)
  • Emmanuel Kant : Il fait de l’autonomie le principe de la moralitĂ© : l’homme moral est celui qui obĂ©it Ă  la loi qu’il se donne Ă  lui-mĂȘme par la raison.
    "L’autonomie de la volontĂ© est la propriĂ©tĂ© qu’a la volontĂ© d’ĂȘtre Ă  elle-mĂȘme sa loi." (Fondements de la mĂ©taphysique des mƓurs, II)
Usages et dĂ©bats : DĂ©bats sur le fondement de la morale, la possibilitĂ© d’une loi universelle issue de la raison individuelle.
Changements de signification : L’autonomie devient concept central de la morale moderne.
Liens avec d'autres notions :
  • VolontĂ© gĂ©nĂ©rale : L’autonomie collective chez Rousseau.
  • Devoir : L’autonomie fonde le devoir moral chez Kant.

Époque moderne (XIXe siùcle)

L’autonomie est questionnĂ©e dans la philosophie politique (autonomie des peuples, autodĂ©termination), la psychologie (autonomie du sujet), l’éducation. Elle devient valeur sociale et politique, associĂ©e Ă  l’émancipation individuelle ou collective.

  • John Stuart Mill : Il dĂ©fend la libertĂ© individuelle, le droit Ă  l’autonomie morale et politique de l’individu.
    "Sur soi-mĂȘme, sur son corps et son esprit, l’individu est souverain." (De la libertĂ©, 1859)
Usages et dĂ©bats : DĂ©bats sur les limites de l’autonomie (droit, sociĂ©tĂ©), sur la possibilitĂ© d’une autonomie totale.
Changements de signification : L’autonomie devient idĂ©al politique, psychologique et Ă©ducatif.
Liens avec d'autres notions :
  • LibertĂ© : L’autonomie est une forme supĂ©rieure de libertĂ©.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siùcles)

L’autonomie (français : autonomie ; anglais : autonomy) est un concept central en philosophie, Ă©thique, politique, mĂ©decine, psychologie, droit. Elle dĂ©signe la capacitĂ© d’agir selon sa propre loi, de se dĂ©terminer par soi-mĂȘme. On distingue autonomie individuelle, collective, institutionnelle. L’autonomie est au cƓur des dĂ©bats sur l’émancipation, la bioĂ©thique (consentement), l’éducation, le travail, le handicap.

  • Paul RicƓur : Il analyse l’autonomie comme capacitĂ© Ă©thique de se donner Ă  soi-mĂȘme une orientation de vie, dans le respect d’autrui.
    "L’autonomie Ă©thique suppose la reconnaissance de l’autre comme semblable et diffĂ©rent." (Soi-mĂȘme comme un autre, 1990)
Usages et dĂ©bats : DĂ©bats sur l’autonomie en bioĂ©thique (droit au consentement, fin de vie), en psychologie (autodĂ©termination), en politique (autonomie des peuples, des institutions).
Changements de signification : L’autonomie est dĂ©clinĂ©e dans de multiples domaines, mais toujours liĂ©e Ă  la capacitĂ© de se donner Ă  soi-mĂȘme ses rĂšgles.
Liens avec d'autres notions :
  • Consentement : L’autonomie fonde le droit au consentement en bioĂ©thique.
  • Émancipation : L’autonomie est condition de l’émancipation individuelle ou collective.