attribut


Antiquité

Le concept d’« attribut » (latin : attributum ; grec : symbebêkos, accident, mais aussi parfois idiôma, propriété) n’est pas formalisé comme dans la philosophie moderne, mais la pensée grecque distingue déjà entre ce qui appartient essentiellement à une chose (essence) et ce qui s’y ajoute (attributs, accidents, propriétés). Chez Aristote, l’attribut (symbebêkos) est ce qui appartient à un sujet sans en constituer l’essence.

  • Aristote : Il distingue l’essence (to ti ên einai) des propriétés accidentelles (symbebêkota), qui sont des attributs non nécessaires.
    "Est attribut ce qui appartient à un sujet, mais ni toujours ni nécessairement." (Catégories, 4b20)
Usages et débats : Débats sur la distinction entre essence et attribut, entre propriété essentielle et accidentelle.
Changements de signification : L’attribut est pensé comme propriété non essentielle, opposé à l’essence.
Liens avec d'autres notions :
  • Essence : Ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, opposé à l’attribut.
  • Accident : Propriété contingente, synonyme d’attribut chez Aristote.

Moyen Âge

Dans la philosophie scolastique, l’attribut (attributum) désigne une qualité ou une propriété qui s’ajoute à l’essence d’un être sans en constituer la nature profonde. En théologie, on parle d’« attributs divins » pour désigner les perfections de Dieu (omnipotence, éternité, etc.), distinctes de son essence mais inséparables d’elle.

  • Thomas d’Aquin : Il distingue l’essence divine et ses attributs (perfections). Les attributs divins expriment la même réalité selon des perspectives différentes.
    "En Dieu, les attributs ne sont pas des réalités distinctes, mais nous les distinguons selon notre manière de concevoir." (Somme théologique, I, q.13, a.4)
Usages et débats : Débats sur la multiplicité apparente des attributs divins, sur la distinction entre attributs essentiels et accidentels.
Changements de signification : L’attribut prend une dimension théologique, lié aux perfections de Dieu.
Liens avec d'autres notions :
  • Perfection : Attribut comme perfection divine.
  • Essence divine : Les attributs sont distincts de l’essence selon la raison, non dans la réalité.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

L’attribut (français : attribut ; latin : attributum) devient un concept majeur en métaphysique, notamment chez Descartes et Spinoza. Chez Descartes, l’attribut est ce qui constitue l’essence d’une substance (la pensée pour l’âme, l’étendue pour la matière). Chez Spinoza, l’attribut est ce que l’intellect perçoit comme constituant l’essence d’une substance ; Dieu a une infinité d’attributs.

  • René Descartes : Il définit l’attribut comme la propriété essentielle d’une substance (ex. : l’étendue pour la matière).
    "Par attribut, j’entends ce qui constitue l’essence de la substance." (Principes de la philosophie, I, 53)
  • Baruch Spinoza : Il définit l’attribut comme ce que l’intellect perçoit de la substance comme constituant son essence.
    "Par attribut, j’entends ce que l’intellect perçoit comme constituant l’essence de la substance." (Éthique, I, déf. 4)
Usages et débats : Débats sur la pluralité des attributs, leur rapport à la substance, distinction entre attribut et mode.
Changements de signification : L’attribut devient propriété essentielle, non plus seulement accidentelle.
Liens avec d'autres notions :
  • Substance : L’attribut exprime l’essence d’une substance.
  • Mode : Chez Spinoza, le mode est une modification d’un attribut.

Époque moderne (XIXe siècle)

L’attribut est repris dans la philosophie allemande (Hegel, Schelling), et dans la logique formelle où il désigne une propriété ou une qualité attribuée à un sujet. En grammaire, l’attribut devient une fonction syntaxique (ex. : « Pierre est intelligent », « intelligent » est attribut du sujet).

  • Georg Wilhelm Friedrich Hegel : Il analyse le passage du prédicat accidentel à l’attribut essentiel dans la dialectique du jugement.
    "L’attribut exprime le contenu essentiel du sujet dans le jugement." (Science de la logique, II, 1816)
Usages et débats : Débats sur la distinction entre attribut logique, grammatical, métaphysique.
Changements de signification : L’attribut prend une dimension logique et linguistique.
Liens avec d'autres notions :
  • Prédicat : L’attribut est une forme particulière du prédicat du sujet.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

L’attribut (français : attribut ; anglais : attribute) est utilisé en logique, en linguistique, en informatique, en psychologie. Il désigne une propriété, une caractéristique ou un paramètre associé à un objet, un sujet, une classe, un concept. En informatique, c’est une donnée associée à un objet ou à une entité.

  • Logique et informatique contemporaines : L’attribut désigne une propriété ou un champ de données, servant à décrire ou à qualifier un objet ou une entité.
    "L’attribut est une propriété caractérisant un objet dans une base de données ou un langage de programmation."
Usages et débats : Débats sur la nature des attributs (essentiels, accidentels, techniques), leur rôle dans la structuration des données, du savoir, du langage.
Changements de signification : L’attribut devient tout élément de description ou de qualification, du concept métaphysique à la donnée informatique.
Liens avec d'autres notions :
  • Propriété : Synonyme d’attribut dans de nombreux domaines techniques et scientifiques.
  • Classe (informatique) : L’attribut qualifie les objets d’une classe.