athéisme


Antiquité

Le terme « athéisme » (grec : atheos, ἄθεος) n’existe pas comme doctrine formalisée mais désigne l’absence de croyance aux dieux traditionnels ou le rejet des cultes officiels. Chez certains philosophes présocratiques, chez les atomistes (Démocrite, Épicure), le monde est expliqué sans recours aux dieux. Socrate est accusé d’athéisme, bien qu’il invoque un dieu intérieur. L’athéisme est alors perçu comme transgression sociale plus que comme position philosophique.

  • Épicure : Il nie l’intervention des dieux dans le monde, fondant une physique et une Ă©thique sans providence divine.
    "Les dieux existent, mais ils ne s’occupent pas des affaires humaines." (Lettre à Ménécée)
  • Protagoras : Il adopte l’agnosticisme, dĂ©clarant l’incapacitĂ© de savoir si les dieux existent.
    "Je ne puis savoir si les dieux existent ou n’existent pas." (DK 80B4)
Usages et débats : Débats sur la piété, le rôle des dieux, la possibilité d’une morale sans religion.
Changements de signification : L’athéisme désigne d’abord le rejet ou la critique des cultes traditionnels, plus que la négation de toute divinité.
Liens avec d'autres notions :
  • Agnosticisme : Suspension du jugement sur l’existence des dieux.
  • MatĂ©rialisme : Explication du monde sans recours au divin.

Moyen Âge

L’athéisme est largement condamné comme hérésie ou impiété. Il est assimilé à la négation de Dieu, souvent confondu avec d’autres crimes religieux. Le terme désigne plus une insulte qu’une position philosophique. Certains penseurs, comme Averroès, sont accusés à tort d’athéisme en raison de leur rationalisme.

  • Thomas d’Aquin : Il rĂ©fute l’athĂ©isme en dĂ©montrant rationnellement l’existence de Dieu.
    "Celui qui nie Dieu contredit la raison naturelle." (Somme théologique, I, q.2, a.3)
Usages et débats : Débats sur la foi, la raison, la place de Dieu dans la pensée et la société.
Changements de signification : L’athéisme reste une accusation infamante, non revendiquée publiquement.
Liens avec d'autres notions :
  • HĂ©rĂ©sie : L’athĂ©isme est assimilĂ© Ă  l’hĂ©rĂ©sie la plus grave.
  • Foi : Opposition entre foi religieuse et absence de foi.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Le terme 'athéisme' (français : athéisme ; anglais : atheism ; latin : atheismus) prend son sens moderne. Il désigne la négation de l’existence de Dieu. Les Lumières voient émerger des penseurs matérialistes ou déistes qui critiquent la religion révélée. L’athéisme devient une option intellectuelle débattue, mais reste souvent clandestin.

  • Baron d’Holbach : Il dĂ©fend un matĂ©rialisme athĂ©e, niant toute rĂ©alitĂ© surnaturelle.
    "L’univers n’a point eu de créateur, il existe par lui-même." (Système de la nature, 1770)
  • Voltaire : DĂ©iste, il critique l’athĂ©isme mais aussi le fanatisme religieux.
    "Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer." (Épître à l’auteur du Livre des Trois imposteurs, 1768)
Usages et débats : Débats sur la morale sans Dieu, sur le matérialisme, la tolérance, la place de la religion dans la société.
Changements de signification : L’athéisme devient une position philosophique explicite, liée au matérialisme et à la critique sociale.
Liens avec d'autres notions :
  • DĂ©isme : Affirme un Dieu crĂ©ateur sans rĂ©vĂ©lation ; voie mĂ©diane entre thĂ©isme et athĂ©isme.
  • MatĂ©rialisme : Doctrine selon laquelle seule la matière existe.

Époque moderne (XIXe siècle)

L’athéisme (allemand : Atheismus ; anglais : atheism) se répand dans la philosophie, la littérature et la politique. Il devient une position assumée, parfois militante. Les penseurs matérialistes, les socialistes et certains scientifiques défendent l’autonomie de la raison, sans recours au divin.

  • Ludwig Feuerbach : Il voit Dieu comme projection des dĂ©sirs humains ; l’athĂ©isme consiste Ă  reconnaĂ®tre l’humanitĂ© comme seule rĂ©alitĂ©.
    "L’homme fait Dieu à son image." (L’Essence du christianisme, 1841)
  • Karl Marx : Il critique la religion comme 'opium du peuple', instrument d’aliĂ©nation.
    "La religion est l’opium du peuple." (Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843)
Usages et débats : Débats sur la laïcité, l’émancipation de la pensée, le rôle social de la religion, l’athéisme politique.
Changements de signification : L’athéisme devient position sociale, politique et philosophique ouverte, liée à l’émancipation.
Liens avec d'autres notions :
  • LaĂŻcitĂ© : SĂ©paration de la religion et de l’État.
  • AliĂ©nation : La religion comme forme d’aliĂ©nation dĂ©noncĂ©e par l’athĂ©isme.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

Le concept d’athéisme (français : athéisme ; anglais : atheism) est reconnu et revendiqué comme position philosophique, scientifique, politique ou existentielle. On distingue athéisme méthodologique (science), athéisme militant, agnosticisme, indifférence religieuse. L’athéisme est discuté à l’échelle mondiale, avec ses enjeux philosophiques, sociaux et politiques.

  • Jean-Paul Sartre : Il fait de l’athĂ©isme la condition de la libertĂ© et de la responsabilitĂ© humaine.
    "L’homme est condamné à être libre." (L’Existentialisme est un humanisme, 1946)
  • Richard Dawkins : Il dĂ©fend l’athĂ©isme scientifique, critique les arguments en faveur de Dieu.
    "Dieu n’est qu’une hypothèse parmi d’autres, dont la probabilité est très faible." (The God Delusion, 2006)
Usages et débats : Débats sur la coexistence des convictions, la laïcité, la morale sans dieu, la critique des religions, le nouvel athéisme.
Changements de signification : L’athéisme devient une option culturelle, sociale, scientifique, défendue publiquement.
Liens avec d'autres notions :
  • Agnosticisme : Suspension du jugement sur Dieu, distinction de l’athĂ©isme fort (nĂ©gation) et faible (absence de croyance).
  • Existentialisme : Philosophie qui fonde la libertĂ© humaine sur l’absence de Dieu.