apprendre


Antiquité

Le concept d’« apprendre » (grec : μανθάνειν, manthanein ; latin : discere, apprendere) est pensé comme le processus par lequel l’âme acquiert un savoir, une habileté ou une vertu. Apprendre peut signifier découvrir ce que l’on ignorait, mais aussi se remémorer ce que l’âme savait avant (théorie de la réminiscence chez Platon). Chez Aristote, apprendre relève du passage de la puissance (dynamis) à l’acte (energeia) par l’expérience et la répétition.

  • Platon : Il conçoit l’apprentissage comme rĂ©miniscence (anamnesis) : apprendre, c’est se souvenir des IdĂ©es contemplĂ©es par l’âme avant l’incarnation.
    "Apprendre n’est jamais qu’un ressouvenir." (Ménon, 81d)
  • Aristote : Il pense l’apprentissage comme acquisition progressive de connaissances ou d’habiletĂ©s par l’expĂ©rience, l’imitation et la rĂ©pĂ©tition, passant de la puissance Ă  l’acte.
    "Nous apprenons en faisant, car c’est en construisant que l’on devient constructeur." (Éthique à Nicomaque, II, 1, 1103a32)
Usages et débats : Débats sur la nature de l’apprentissage : est-il acquisition de savoir nouveau (discere), retour à un savoir préexistant (anamnesis), ou formation de l’habitude (hexis) ?
Changements de signification : Apprendre oscille entre la découverte active, la transmission, la pratique et la remémoration.
Liens avec d'autres notions :
  • RĂ©miniscence (anamnĂŞsis) : Chez Platon, apprendre, c’est retrouver un savoir innĂ©.
  • Habitude (hexis) : Chez Aristote, l’apprentissage forme des habitudes stables.
  • Imitation (mimĂŞsis) : L’imitation est une voie naturelle de l’apprentissage selon Aristote.

Moyen Âge

L’apprentissage (latin : discere, apprendere) est pensé dans le cadre de la transmission du savoir, de la formation morale et religieuse, et de l’exercice des arts libéraux. Apprendre, c’est recevoir un enseignement (doctrina), mais aussi pratiquer, méditer et assimiler progressivement les vérités révélées ou naturelles.

  • Saint Augustin : Il distingue apprendre par enseignement humain (disciplina) et apprendre par illumination intĂ©rieure (doctrina divina). L’esprit apprend vraiment quand il entre en contact avec la vĂ©ritĂ© en lui-mĂŞme.
    "Nul n’enseigne vraiment, sinon celui qui éclaire intérieurement." (De magistro, 12, 40)
  • Thomas d’Aquin : Il pense l’apprentissage comme un processus graduel d’acquisition, qui commence par les sens, se poursuit par l’intellect, et culmine dans la contemplation.
    "La connaissance commence par les sens et s’achève dans l’intelligence." (Somme théologique, I, q.84, a.6)
Usages et débats : Débats sur la place de l’enseignant, la possibilité d’apprendre sans Dieu, la distinction entre savoir profane et savoir sacré.
Changements de signification : L’apprentissage est vu comme réception, assimilation et élévation de l’âme, dans un cadre hiérarchique et spirituel.
Liens avec d'autres notions :
  • Enseignement (doctrina) : Apprendre suppose souvent un maĂ®tre, un guide.
  • Illumination (illuminatio) : Apprendre, pour Augustin, est aussi recevoir une lumière intĂ©rieure.
  • Contemplation (contemplatio) : L’apprentissage s’achève dans la contemplation de la vĂ©ritĂ©.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Le terme 'apprendre' (latin : discere ; français : apprendre ; anglais : to learn) prend une dimension empirique et psychologique. L’apprentissage devient processus d’acquisition de connaissances, d’habiletés ou de comportements, par l’expérience, la réflexion ou l’éducation. Les débats opposent innéisme et empirisme.

  • John Locke : Il affirme que l’esprit est une 'tabula rasa' Ă  la naissance, et que tout apprentissage vient de l’expĂ©rience, par la sensation et la rĂ©flexion.
    "L’esprit n’est qu’une page blanche, jusqu’à ce que l’expérience y écrive." (Essai sur l’entendement humain, II, 1, 2)
  • Jean-Jacques Rousseau : Il insiste sur l’apprentissage naturel, par l’expĂ©rience personnelle, l’observation et la libertĂ© de l’enfant, contre l’apprentissage imposĂ© et artificiel.
    "L’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt : il faut apprendre par soi-même." (Émile, I)
Usages et débats : Débats sur l’origine des connaissances (expérience, raison, innéité), sur la pédagogie, sur la formation du jugement et de la moralité.
Changements de signification : Apprendre devient un processus individualisé, expérimental, centré sur l’élève, l’expérience et l’éducation.
Liens avec d'autres notions :
  • Tabula rasa : L’esprit humain est une table rase, tout vient de l’apprentissage.
  • ExpĂ©rience : L’apprentissage dĂ©coule de l’expĂ©rience vĂ©cue.
  • Éducation : Le rĂ´le du maĂ®tre, de l’école, de la sociĂ©tĂ© devient central.

Époque moderne (XIXe siècle)

L’apprentissage devient objet d’étude de la psychologie expérimentale, de la pédagogie et des sciences sociales. On distingue apprentissage par essais/erreurs, par imitation, par conditionnement. L’école et la formation professionnelle structurent les modalités d’apprentissage.

  • Ivan Pavlov : Il thĂ©orise l’apprentissage par conditionnement (rĂ©flexe conditionnĂ©), montrant que l’association rĂ©pĂ©tĂ©e de stimuli produit de nouveaux comportements.
    "Le chien apprend à saliver au son d’une cloche associée à la nourriture." (Le conditionnement, 1903)
  • Émile Durkheim : Il analyse l’apprentissage comme processus de socialisation et d’intĂ©gration des normes collectives.
    "L’éducation est l’action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale." (L’éducation morale, 1902)
Usages et débats : Débats sur la nature biologique, sociale ou cognitive de l’apprentissage, sur la liberté ou la contrainte, sur l’efficacité des méthodes pédagogiques.
Changements de signification : Apprendre devient un objet d’expérimentation, de mesure, de normalisation sociale.
Liens avec d'autres notions :
  • Conditionnement : L’apprentissage peut ĂŞtre le fruit d’automatismes acquis.
  • Socialisation : L’apprentissage permet l’intĂ©gration du sujet Ă  la sociĂ©tĂ©.
  • PĂ©dagogie : Science et art d’organiser l’apprentissage.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

Le concept d’apprentissage (français : apprentissage ; anglais : learning) s’étend à la psychologie cognitive, aux neurosciences, à l’intelligence artificielle et à l’éducation permanente. On distingue apprentissage explicite/implicite, formel/informel, individuel/collectif, humain/machine. L’apprentissage est vu comme transformation, adaptation et interaction avec l’environnement.

  • Jean Piaget : Il analyse l’apprentissage comme processus de construction active des structures cognitives par assimilation et accommodation.
    "L’intelligence se construit en s’exerçant, par une suite d’équilibres et de déséquilibres." (La naissance de l’intelligence chez l’enfant, 1936)
  • Lev Vygotski : Il insiste sur la dimension sociale et culturelle de l’apprentissage, soulignant le rĂ´le de la mĂ©diation et du langage.
    "Ce que l’enfant peut faire aujourd’hui avec l’aide d’autrui, il pourra le faire seul demain." (Pensée et langage, 1934)
  • Marvin Minsky : Il fonde les bases de l’apprentissage automatique (machine learning) en intelligence artificielle.
    "L’apprentissage automatique consiste à améliorer la performance d’un programme par l’expérience." (Perceptrons, 1969)
Usages et débats : Débats sur la part de l’inné et de l’acquis, sur la plasticité cérébrale, sur l’apprentissage collaboratif, sur les limites de l’apprentissage machine, sur l’éducation tout au long de la vie.
Changements de signification : L’apprentissage devient un concept transversal : biologique, psychologique, social, technique, collectif, continu.
Liens avec d'autres notions :
  • Constructivisme : L’apprentissage est une construction active du sujet.
  • Zone proximale de dĂ©veloppement : Vygotski thĂ©orise l’espace oĂą l’apprentissage est rendu possible par autrui.
  • Apprentissage automatique : CapacitĂ© d’une machine Ă  apprendre par l’expĂ©rience et l’adaptation.