appétit


Antiquité

Le concept d’« appĂ©tit » (grec : epithumia, ጐπÎčÎžÏ…ÎŒÎŻÎ± ; latin : appetitus) dĂ©signe le dĂ©sir naturel, l’inclination vers un objet perçu comme bon. Chez Platon, l’appĂ©tit (epithumia) est une des parties de l’ñme, siĂšge des dĂ©sirs corporels, opposĂ©e Ă  la raison et au courage. Chez Aristote, l’appĂ©tit (orexis, epithumia) est le principe du mouvement volontaire, commun Ă  tous les ĂȘtres vivants dotĂ©s de sensation. Il distingue l’appĂ©tit rationnel (bouleusis), l’appĂ©tit irascible (thumos) et l’appĂ©tit concupiscible (epithumia).

  • Platon : Il divise l’ñme en trois parties : raison, courage, appĂ©tit (dĂ©sir), ce dernier Ă©tant la source des passions et des plaisirs corporels.
    "L’appĂ©tit est la partie de l’ñme amie des plaisirs et des satisfactions corporelles." (La RĂ©publique, IV, 439d)
  • Aristote : Il fait de l’appĂ©tit le principe du mouvement animal, et distingue diffĂ©rents types d’appĂ©tits selon leur objet et leur rationalitĂ©.
    "Sans appĂ©tit, il n’y a ni mouvement ni action volontaire." (De l’ñme, III, 10, 433a15)
Usages et dĂ©bats : DĂ©bats sur la valeur morale de l’appĂ©tit, sa maĂźtrise par la raison, son rĂŽle dans la vie Ă©thique et politique.
Changements de signification : L’appĂ©tit passe d’une simple pulsion corporelle Ă  un principe gĂ©nĂ©ral du dĂ©sir et du mouvement vital.
Liens avec d'autres notions :
  • DĂ©sir : L’appĂ©tit est la forme la plus Ă©lĂ©mentaire du dĂ©sir.
  • Raison : La raison doit maĂźtriser l’appĂ©tit pour la vertu (Platon, Aristote).
  • Âme : L’appĂ©tit est une facultĂ© ou une partie de l’ñme.

Moyen Âge

L’appĂ©tit (latin : appetitus) est central dans la psychologie scolastique. Thomas d’Aquin distingue l’appĂ©tit naturel (inconscient, tendance de tout ĂȘtre vers sa fin), l’appĂ©tit sensible (dĂ©sirs des sens) et l’appĂ©tit rationnel (volontĂ©). L’appĂ©tit est principe de mouvement, de dĂ©sir, de tendance vers le bien.

  • Thomas d’Aquin : Il distingue l’appĂ©tit naturel, l’appĂ©tit sensible (concupiscible et irascible) et l’appĂ©tit rationnel, ce dernier correspondant Ă  la volontĂ© humaine.
    "L’appĂ©tit est l’inclination de tout ĂȘtre vers ce qui lui convient." (Somme thĂ©ologique, I, q.80, a.1)
Usages et dĂ©bats : DĂ©bats sur la libertĂ© de l’appĂ©tit, le rapport entre appĂ©tit et volontĂ©, la hiĂ©rarchie entre appĂ©tits corporels et spirituels.
Changements de signification : L’appĂ©tit devient une force universelle, instinctive ou consciente, orientĂ©e vers la fin propre de chaque ĂȘtre.
Liens avec d'autres notions :
  • VolontĂ© : L’appĂ©tit rationnel est la volontĂ©.
  • Nature : L’appĂ©tit naturel exprime la tendance de chaque ĂȘtre Ă  rĂ©aliser sa nature.
  • Bien : L’appĂ©tit vise toujours un bien, rĂ©el ou apparent.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siùcles)

L’appĂ©tit (français : appĂ©tit ; latin : appetitus) est analysĂ© dans la philosophie morale, la psychologie et la mĂ©decine. Il dĂ©signe le dĂ©sir spontanĂ©, souvent opposĂ© Ă  la raison ou Ă  la volontĂ©. Les moralistes et philosophes (Descartes, Spinoza, Locke) s’intĂ©ressent Ă  la dynamique des appĂ©tits, Ă  leur rĂŽle dans la motivation et l’action.

  • RenĂ© Descartes : Il identifie l’appĂ©tit comme une des passions fondamentales, fruit de l’union de l’ñme et du corps.
    "L’appĂ©tit de l’ñme n’est autre chose qu’une agitation causĂ©e par les esprits." (Les Passions de l’ñme, art. 138)
  • Baruch Spinoza : Il dĂ©finit l’appĂ©tit comme l’essence mĂȘme de l’homme, tendance Ă  persĂ©vĂ©rer dans son ĂȘtre (conatus).
    "L’appĂ©tit n’est rien d’autre que l’essence de l’homme, en tant qu’on la conçoit comme dĂ©terminĂ©e Ă  faire ce qui sert Ă  sa conservation." (Éthique, III, dĂ©f. 1-9)
Usages et débats : Débats sur la place des appétits dans la morale, leur maßtrise, leur rapport à la liberté et à la raison.
Changements de signification : L’appĂ©tit devient principe dynamique, moteur de l’action, parfois en conflit avec la raison.
Liens avec d'autres notions :
  • Passion : L’appĂ©tit comme passion fondamentale.
  • Conatus : Chez Spinoza, l’appĂ©tit est la tendance Ă  persĂ©vĂ©rer dans l’ĂȘtre.

Époque moderne (XIXe siùcle)

L’appĂ©tit (allemand : Appetit ; anglais : appetite) devient objet d’étude en physiologie, psychologie et philosophie. Il dĂ©signe le dĂ©sir naturel, notamment pour la nourriture, mais aussi les pulsions vitales gĂ©nĂ©rales. La distinction entre appĂ©tits naturels et artificiels, normaux et pathologiques, se dĂ©veloppe.

  • Arthur Schopenhauer : Il voit l’appĂ©tit comme manifestation de la VolontĂ©, force irrationnelle, source de souffrance et d’illusion.
    "La vie oscille, comme un pendule, de la souffrance Ă  l’ennui, sous l’empire de l’appĂ©tit jamais satisfait." (Le Monde comme volontĂ© et comme reprĂ©sentation, I, §57)
  • Claude Bernard : Il Ă©tudie l’appĂ©tit comme phĂ©nomĂšne biologique, signe de l’équilibre ou du trouble de l’organisme.
    "L’appĂ©tit est la manifestation du besoin organique." (Leçons sur les phĂ©nomĂšnes de la vie communs aux animaux et aux vĂ©gĂ©taux, 1878)
Usages et dĂ©bats : DĂ©bats sur la normalitĂ© de l’appĂ©tit, le rapport entre besoins naturels et dĂ©sirs sociaux, l’appĂ©tit comme force vitale ou pathologique.
Changements de signification : L’appĂ©tit s’inscrit dans la physiologie et la psychologie, perdant son exclusivitĂ© morale ou mĂ©taphysique.
Liens avec d'autres notions :
  • VolontĂ© : L’appĂ©tit peut ĂȘtre compris comme expression d’une volontĂ© fondamentale (Schopenhauer).
  • Besoin : L’appĂ©tit exprime le besoin vital.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siùcles)

L’appĂ©tit (français : appĂ©tit ; anglais : appetite) est un concept central en biologie, neurosciences, psychologie, psychanalyse et philosophie. Il dĂ©signe le dĂ©sir instinctif, souvent liĂ© Ă  la nourriture, mais aussi toute pulsion ou tendance vers un objet. On Ă©tudie ses dĂ©terminants biologiques, psychiques, sociaux et culturels, ainsi que ses troubles (anorexie, boulimie, addictions).

  • Sigmund Freud : Il fait de l’appĂ©tit une forme de pulsion (Trieb), moteur du comportement humain.
    "Les appétits sont des manifestations de la vie pulsionnelle inconsciente."
  • Jean-Pierre Changeux : Il Ă©tudie les bases neurobiologiques de l’appĂ©tit, les circuits cĂ©rĂ©braux du dĂ©sir et de la rĂ©compense.
    "L’appĂ©tit rĂ©sulte de l’intĂ©gration de signaux multiples dans le cerveau." (L’homme neuronal, 1983)
Usages et dĂ©bats : DĂ©bats sur la nature de l’appĂ©tit, ses dĂ©terminants biologiques et culturels, la distinction entre besoins et dĂ©sirs, les pathologies de l’appĂ©tit.
Changements de signification : L’appĂ©tit devient objet d’étude interdisciplinaire, reliant biologie, psychisme et culture.
Liens avec d'autres notions :
  • Pulsion : L’appĂ©tit comme manifestation des pulsions de vie.
  • Addiction : Les troubles de l’appĂ©tit relĂšvent des addictions et des troubles du comportement alimentaire.
  • Culture : L’appĂ©tit est aussi façonnĂ© par les normes sociales et culturelles.